Voyage en Chine, septembre –octobre 2010

 

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Voyage en Chine, septembre –octobre 2010

Participants

Emmanuel Aggletiner ,(Manu)  concepteur, interprète du voyage, sinologue, adepte très avancé.

Mario et Dominique Calabretto,  élèves d’Atemi Mont d’or

Jean Claude Richard, adepte indépendant, de Grenoble

Patrick Tsatsara , adepte indépendant, de Paris

Jean Claude Guillot , enseignant à Atemi Mont d’or

Pourquoi ce  nouveau voyage

Le voyage en Chine de l’été 2009 nous avait permis d’établir des contacts avec Maitre  Wang Shang Wen,  un des  héritiers de la pure  tradition du Da Cheng Chuan, parmi les plus compétents

Ce second voyage avait pour objectif de consolider ces liens, de vérifier notre progression sur la base de ses indications de 2009, dans la perspective du devenir de notre association, qui a pris l’an dernier un virage radical en matière de référencement technique.

Ce voyage va également nous permettre de rencontrer Maitre Li Jian Yu, autre Maitre célébrissime, qui est le dernier  disciple vivant à avoir connu le fondateur,   auquel Manu semble très attaché.

La décision de Mario et Dom Calabretto, élèves fidèles et sérieux,  de m’accompagner dans ce périple m’a encouragé à partir, édulcorant la somme de fatigue en perspective que génère ce type de déplacement

Je me sens heureux de partager ces moments avec eux, déjà proches..

Le voyage aller.

Mercredi 22 septembre

Après un voyage en Tgv depuis Lyon part Dieu,  pour une fois sans retard, le groupe se constitue à Roissy.

J’ai plaisir à retrouver le vieux grognard Jean- Claude Richard ( derrière , au centre)  , ex président du dojo Tokitsu de Grenoble, parti sous d’autres cieux, pour les mêmes raisons que nous  . Nous faisons la connaissance de Patrick, (derrière, à gauche)  adepte  indépendant de Yi chuan, de Paris. Le vol s’effectue en airbus A380, soit  le plus gros avion passager jamais conçu à ce jour ; il s’agit d’un véritable immeuble volant, dans lequel les décollages et atterrissages nous font ressentir l’immense puissance  des réacteurs ; l’intérieur ne diffère pas beaucoup des autres avions, si ce n’est qu’il comporte plusieurs niveaux qu’il ne nous a pas été possible de visiter ; après un vol plutôt confortable, au cours duquel il nous est inexpliquablement servi à manger plusieurs fois,  l’escale  à l’aéroport de Dubaï , puisque nous volons avec la compagnie « Emiraties air « , ne nous permet meme  pas, étant en transit, de visiter la capitale de cet émirat ; nous devons prendre notre mal en patience, en   nous installant  à terre, dans un coin de l’aéroport pour nous y reposer, la faste  hyper luxueux du lieu n’étant apparemment pas   suffisant pour procurer des sièges ou couchettes d’attente à chacun.  Le vol pour Pékin  nous semble à tous interminable ; nous avons en fait le sentiment que nous avons enchainé deux vols intercontinentaux de suite ; nous arrivons tous épuisés à Pékin, dans  un aéroport géant, fluide et super bien organisé.

Jeudi 23 septembre

Nous sommes, en principe, attendus   par Wang Shang Wen  et ses élèves dans ce meme aéroport ; mais, il y manifestement eu incompréhension entre Manu et la délégation chinoise, car personne n’est là pour nous accueillir. Il se passe bien deux heures, avant que Manu, grâce à son téléphone chinois et sa patience angélique,  puisse entrer en conct avec Jiang Nan, l’habituel responsable des voyages, avec qui j’ai sympathisé l’an passé

Le moment ressemble en tout point à celui de l’an passé, lors des retrouvailles à Hangzhou, ou Shang Wen nous attendait dans un hôtel, nous dans un autre. La connexion finit par se faire, alors que plusieurs d’entre vous se sont abandonnés dans les fauteuils de l’aéroport ; les retrouvailles avec Jiang Nan son plutôt cordiales, alors que les chinois sont par  définition peu expansifs   , réservés quant aux effusions.

Nous nous engouffrons tous , avec les valises, les sacs, , les chinois et leurs bagages, dans la navette urbaine  rapide qui relie l’aéroport à une des deux grands gares de la ville ;  nous transperçons à grande vitesse Pékin la gigantesque,  toutefois plus chinoise que Shanghai la britannique ; nous traversons un nombre impressionnant  de banlieues  interminables , avant de parvenir au terminus de la ligne ; nous nous arrêtons pour dévorer une soupe de pates,  dans un petit restaurant populaire ou les soupeurs nous dévisagent  comme si nous descendions de la troisième nébuleuse d’Aldébarante …nous n’avons rien avalé de chaud ni  de consistant depuis le vol de Dubaï….je m’essaie à communiquer en mandarin avec l’un  des membres de la délégation chinoise,  un jeune , élève de Shang Wen…la réussite n’est pas au rendez vous, meme si je connais maintenant  davantage de vocabulaire, l’accent apposé, apparemment incorrect,  ne me permet pas de me faire comprendre !!

Nous devons encore subir deux longues  heures d’attente pour le train de nuit à destination de Linzi  ,  obscure bourgade sise  au cœur  de la province du Shantoung, elle meme  située à environ 600 km au sud est, ou doit avoir lieu le stage et l’entrainement ; le Shantoung est celle des 22 provinces chinoises réputées pour être la plus commerçante  , selon une énorme concentration d’exportateurs spécialisés dans le textile et bien d’autres denrées ; c’est là ou se décide une grosse part des affaires à l’international.

Nous réussissons à obtenir des places assises  dans le brouhaha de la gare,  en squattant les chaises et fauteuils d’un salon de thé  interne, non sans devoir nous acquitter d’une dime et avaler quelques litres d’eau chaude en contrepartie  ;  des centaines de chinois, aussi bruyants que ceux de Shanghai l’an passé, caquetant, crachant, téléphonant, dormant, ou devisant bruyamment,  n’attendent que le  signal du haut parleur pour se ruer vers les portillons d’accès au train, en piétinant allègrement  autrui .

Nous accédons facilement à nos places , pour une fois non investies par des parasites ; le confort est des plus spartiates ; chaque compartiment est composé de deux fois  trois couchettes dures superposées, dont la plus haute  échoue à quelques  centimètres  du plafond du train , juste de quoi caser une personne, à condition que celle-ci ne présente pas les mensurations d’un bouddha local .

Toutes sont’ occupées, par des gens de tous âges, avec leurs nombreux bagages qu’ils ne quittent pas des yeux.

L’hygiène est redoutable, les fenêtres du train n’ouvrant pas, …quelques contrevenants  ne se gênent pas pour transgresser l’interdiction de fumer ; les latrines à la turque, sont prises d’assaut, laissant s’exhaler  un fumet prégnant. Nous dormons peu, et mal ; le matin venu, nous dévorons des saletés, croquets ou brioches sèches sous blisters,   achetées au préposé du wagon .  Installé sur une des couchettes du bas, un os de cuisse de poulet, puis une peau de banane, enfin un reste de patte de canard  rebondissent sur ma tête ou les épaules, avant d’échoir au sol ou ils seront abandonnés  ; les occupantes édentées des couchettes supérieures ont terminé leur « zaofan «ou, petit déjeuner ;elles  le font savoir en rotant bruyamment puis  en éclatant de rire devant nos mines pour le moins déconfites . .La délégation chinoise, soigneusement groupée de son coté, comporte WsW, Jian Nan, Lian Zhao,  autre disciple, dont nous  avons faire aussi la connaissance l’an passé, plus  le jeune du restaurant.

Vendredi 24 septembre

Le train ne nous emmène pas jusqu’à notre destination finale supposée, soit Linzi ,  province du Chantoung,  bourgade  inconnue, meme de Manu….Nous nous arrêtons, quelque peu interdits, dans une minuscule gare de campagne dont nous n’avons meme pas eu le loisir de voir le nom …L’organisation à la chinoise réserve à tout visiteur son lot d’incertitudes, de surprises, et d’incompréhensions …..Nous y sommes accueillis et scrutés  comme des extra terrestres par des groupes de badauds , jeunes et moins jeunes, ; ils nous dévisagent sans aucune gène, s’esclaffant et nous montrant du doigt,  juchés sur de curieux triporteurs à moteur, pleins de légumes, de fruits,  de volailles, ou remplis par  d’autres types à la mine aussi effarée ….les longs nez , comme nous appellent le chinois, débarquent !!  il m’a semblé que nous étions tombés sur la fin d’un marché, dont les exposants remballaient leur reliquat de marchandise , se consolant de leur méventes par un spectacle inattendu et inédit ; le chef de gare, casquette et fanal en batterie,   élève de Wang Shang Wen, nous invite  spontanément à petit déjeuner dans un restaurant voisin ; il nous y accompagne, délaissant apparemment sans le moindre souci  son service et peut être quelques convois au départ…. nous y dégustons  avec grand appétit de délicieuses  galettes aux légumes et au  bœuf, arrosé d’une soupe au pates…. de quoi bien nous caler l’estomac ; le fait de nous avoir offert à manger est un acte de prime importance pour les chinois ; ils ont tous en tête la terrible famine qui ravageât leur pays au début des années soixante . Manu me dit, juste avant de pénétrer dans le restaurant, qu’il retrouve là  le parfum si typique  de Sa Chine, pour moi indécelable tant je l’ai peu pratiquée, pour lui familière tant il y passé de temps, malgré son jeune âge.

Nous sommes  ensuite, après un première séance photo avec le chef de gare, d’autres types sortis du néant, et la délégation  chinoise,  immédiatement répartis avec sacs et valises dans plusieurs voitures grand modèles, conduites par encore d’autres chinois qui semblent également connaitre Shang Wen ; nous serpentons dangereusement en convoi  , avec force klaxons,  sur de petites routes de campagne de la  Chine profonde, jusqu’ à une ferme auberge que notre chauffeur semble avoir du mal à trouver, tant elle est retirée de la circulation. L’endroit est idéal ; j’ignore qui l’a dégotté, mais il correspond parfaitement au lieu revé pour mener une semaine d’entrainement intensif, dans un endroit typiquement chinois, avec d’authentiques chinois, et leur maitre. Il s’agit d’un groupe de bâtiment   en rez  de chaussée, répartis en fer à cheval, la partie ouverte surplombant  une petite rivière formant une charmante cascade  chutant sur d’énormes rochers, assurant un chant d’eau  continu et apaisant. La cour qui relie les bâtiments contenant les chambres  est  vaste, spacieuse, en terre battue, plantée ca et là de gros arbres dont des plaqueminiers, ou arbres à kakis, offrant ainsi un dôme de verdure assurant ombre et fraicheur ; une lignée exotique  de petites rotondes à toits de chaume pointus, sises en surplomb de la  rivière servent de salle à manger ; des tables rondes et des tabourets en bois y accueillent  jusqu’à huit personnes ; les cotés sont protégés par des moustiquaires. Tous les repas nous y seront servis, l’endroit faisant office d’hôtel restaurant .Nous partageons  ce centre  avec un groupe d’une vingtaine de lycéens  et leur professeur,  engagés dans un stage d’art pictural ; nous les  nous retrouverons occupés à reproduire sur leur tréteaux dressés au quatre coins du site,  la cascade, les arbres ou les rochers environnants, tout au long de notre séjour, en cet endroit bucolique et champêtre , dont  les circonstances à venir ne nous permettront pas de profiter comme nous l’aurions tous souhaité. Nous prenons deux par deux, possession de ce qui  sera notre lieu d’habitation au cours de cette semaine . Je partage avec plaisir ma chambre avec Manu ; le confort et l’hygiène ne sont pas idéaux , tout juste meme acceptables ; il n’y a pas de serviettes dans les salles da bain, la douche se trouve placée au dessus de la cuvette des WC, qui comportent eux meme des traces suspectes ….mais nous sommes tous disposés à passer là-dessus, tant la perspective de travailler sous la direction de Wsw nous excite .Nous nous installons pour notre  premier repas dans notre rotonde privative ; des mets simples nous ont servis tous à la fois, en abondance, à la chinoise ; la délégation de l’empire du milieu s’est regroupée dans une rotonde voisine. ou elle mange en fumant, à moins qu’elle ne fume en mangeant…. Wang Shang Wen nous présente  encore d’autres types qui viennent d’arriver ; tous ont entre trente et cinquante ans, et nous sont présentées comme étant des experts d’arts martiaux dans leur discipline respective, ; il ne nous a  pas été possible de connaitre leur nom ; l’un est expert en lutte chinoise, petite râblé, ressemblant à un mongol des steppes ; il éructe et fume d’abondance ; la rumeur  dit qu’un  jour, il aurait jeté un défi à WsW , et  qu’il aurait reçu là  la plus grosse correction de sa vie …  depuis, il est devenu  élève ;

 

Un autre plus petit, plus distingué, calme , aux mains longilignes  soigneusement peigné , est maitre de tai chi dans  le style rare du Wutang, et aussi de Chen ; un troisième ,  encore plus petit, malingre, gominé d’importance  au point de ressembler   à un garçon coiffeur en mal de client, nous fait , à la demande de Shang wen, à froid   une démonstration impressionnante de fa- li (explosion de force) ;  un autre, un peu plus âgé , sans cesse  vociférant ,un peu rustaud,  est lui maitre de Tombei - chuan, une discipline interne moins connue ; tous semblent en tout cas reconnaitre WsW comme leur maitre. Nous ne savons pas pourquoi ils sont là, mais ils manifestent tous beaucoup de plaisir à se retrouver et à échanger bruyamment ensemble, sans malheureusement qu’il me soit possible de saisir un traitre mot de ce qu’ils se racontent gutturalement, parfois en hurlant ; je suis  toutefois rassuré, car Manu me confie ne pas capter grand-chose, lui non plus !! Nous sollicitons une sieste réparatrice, car le décalage horaire fait encore des ravages dans nos petits organismes malmenés ensuite par le trajet inconfortable en train. Nous retrouvons en fin d’après midi, en tenue pour un premier entrainement, avec les chinois occupant la place, comme d’habitude cigarette au bec, les mains dans le dos, assis, ou occupés à s’engueuler violement sur portable, avec un mystérieux correspondant auquel ils semblent jeter toute l’opprobre du monde.

Premier entrainement sous la direction de WSW.

Pas de cérémonie, de présentation ; simple,  direct, le maitre, toujours vêtu d’une de ses chemises de bucheron canadien à la poche pectorale garnie de réserve de cigarettes blondes, souriant, affable, nous présente le projet pédagogique qu’il a concocté pour nous. Les disciples  et élèves, au nombre d’une dizaine, donc, se tiennent à proximité, semblant distraits et absents , mais en réalité,  buvant ses paroles ; l’entrainement à la chinoise est ainsi conçu que les élèves écoutent, pour aller pratiquer seuls de leur coté, revenant  voir le maitre pour se réajuster, se faire corriger. Manu est aux manettes, à la traduction, fidèle , disponible et efficace.

WsW  désire que nous soyons en mesure d’utiliser les diverses techniques de déplacement et de frappe qu’il compte nous faire travailler tout au long de ce séjour .Il déclare aussi ne pas vouloir passer trop de temps sur les postures, qu’il estime que nous connaissons déjà,  qu’il corrigera ca et là, au gré des plages libres pendant le stage . Il insiste, en préambule sur quatre  points :

1- Il convient de travailler les postures, quelle qu’elles soient, en position basse, fléchie de manière à solliciter le plus possible les plis de l’aine, (cua) ; il estime ceci primordial et basique.

2- Unir le haut et le bas du corps, de manière à ce qui il n’y ait pas de scissions entre ces deux parties du corps, et que la force, ou énergie y circule librement afin de mobiliser le corps entier comme étant un seul muscle

3- Travailler quoique l’on fasse (posture, essais de force, explosion de force, déplacement, pousse main ou combat, avec le YI, ou intention, afin de charger son geste de présence  tout en visualisant l’adversaire

4- Il insiste ensuite sur l’extrême importance du travail en triangle, selon le déplacement santiaobu, porteur potentiel de toutes les techniques possibles , tout en visualisant la position d’un adversaire imaginaire ; ce type de déplacement a ceci d’important qu’il permet d’ouvrir des angles dans l’approche de la garde de l’adversaire , en prenant sa place , ou en l’approchant de si près que tout devient alors possible ; ceci a l’air simple à comprendre …. le faire est d’un autre ressort.

Nous travaillons intensément jusqu’à la tombée  de la nuit, sous sa direction, l’exercice sélectionné ce soir là portant sur l’exécution du shi li multidirectionnel (liant 1 selon Calam ), qu’il nous demande de pratiquer , sur place ou en déplacement santiobu, de façon à ce que le  doigt majeur soit replié en griffe, pointant systématiquement et soigneusement sur le centre de l’adversaire, tout  en veillant bien à ce que le coude soit replié dans l’axe de l’épaule, afin de former à la fois protection et force , défense et attaque..

La posture n’est qu’une base de départ. Nous terminons cet entrainement par quelques enchainements personnels sur base de ce shi li (essai de force), en y ajoutant selon notre spontanéité, des coups de poings, d’autres shi li, et quelques exposions de force .

Un diner rapidement expédié nous amène tous à très rapidement nous précipiter vers une nuit enfin complète et réparatrice.

Suite….

Samedi 25 septembre 2010.

La nuit a été courte pour chacun d’entre nous, le décalage horaire nous ayant à peu près tous réveillé vers les deux heures du matin ; peu ont réussi à s’endormir ; d’autres ont attendu le matin, d’autres, comme Jean Claude et Patrick, sont sortis dès potrons -  minet pour courageusement exécuter quelques exercices de posture ou d’autres. Le petit déjeuner dans la rotonde, sans l’ombre du moindre grain de café qui aurait peut être contribué à me réveiller, ne me semble pas plus roboratif, avec leur soupe de pates salées, dont la dernière est servie alors que le premier ’a englouti la sienne depuis  belle lurette. Nous nous retrouvons avec le maitre vers les huit heures trente (ba dian ban) .

Deuxième entrainement avec Wang Shang Wen

WsW nous demande de passer les différentes postures en revue afin de nous aider à  les mieux  ressentir.

Il corrige notamment, au niveau du port des bras, la posture de mao tun Zhang, soit celle de la  lance bouclier, en nous expliquant qu’il convient avec les deux mains proches du buste, de travailler davantage l’enveloppement, comme si on voulait tenir quelque chose en cercle  ; il recommande de changer de jambe autant de fois qu’il nous semble que nous dussions le faire, ce qui tranche très nettement avec les conseils de maitre Guo , lors de son stage à Lyon en Mars (, voir notes à cet effet )  , qui, lui,  recommande de prendre sur soi et de tenir le plus longtemps possible ; pour ma part, ayant déjà beaucoup de mal à diriger mon intention adéquatement (Yi)  pendant tous le laps de temps que dure ma posture sur un appui,  je deviens inconsistant  si l’exercice se prolonge trop, mes problèmes de genoux s’imposant ;  je me sens plus à l’aise avec cette approche à propos de laquelle il nous affirme que nous pouvons également progresser, sous réserve de la pratiquer régulièrement et surtout correctement . Il pense toutefois qu’il n’est pas recommandé de mélanger lors du meme entrainement toutes les postures sur un appui, celles - ci relevant d’intention directionnelles différentes

Nous travaillons beaucoup, ce matin là, la posture sur un appui de tuo baobe, en essayant de relier les plis de l’aine avec la pliure des coudes, puis en exploitant ce ressenti sur l’essai de force  correspondant (shi li), en déplacement santiaobu ; la répétitivité de l’exercice me permet de constater le trop grand décalage qui existe entre l’assise  insuffisante de mon déplacement et les mouvements directionnels en hachoir de mes bras

…. Il ya là du pain sur la planche…..Une séance de tui shou (pousse mains )  à une main ponctue cette séance , nous permettant de tourner avec chacun des assistants chinois du maitre ; cet exercice, que je considère comme un juge de paix, me permet de vérifier encore combien je suis coupable et condamnable au vu du peu de coordination haut bas que je suis en mesure de fournir, malgré mes longues années de pratique et d’efforts ; le premier partenaire avec qui il m’est donné » d’échanger » est Lian zhao ; son niveau est , malgré sa lointaine trentaine,  aux antipodes du mien ; ceci l’amène à procéder à quelques corrections  et ajustement sur ma manière de faire ; tout d’abord, il me recommande, comme lors du stage de Guo :

-1, de fermer les poings sans les serrer , de façon à ce que le poignet puisse faire crochet sur le poignet de l’autre, de façon aussi à ce que les doigts soient systématiquement et soigneusement protégés d’une saisie et d’une torsion.( shina)

2- Lors de la phase défensive, ne pas ramener le bras en arrière vers l’épaule, plus vite que ne bouge le buste ou la partie base du corps

3- S’écraser sur les plis de l’aine pour absorber et défendre, base de départ accumulative pour la phase attaque.

4- Attaquer  avec le doigt  majeur pointant vers le centre de l’adversaire

5- Neutraliser son bras en le sortant du centre, avant que d’initier la phase rentrée et attaque avec le doigt.

Je note que la position des pieds par rapport à celle de l’adversaire est indifférente, en tout cas pas pied contre pied, comme l’exige maitre Guo .Ces indications correspondent en tous points avec ceux recueillis cet été à Calam . Ma pratique n’est en tout cas pas assez efficiente, et encore prodiguée trop avec la force du dos, ce  qui me semble gommer la réceptivité subtile des intentions de l’autre lors de ce dialogue tactile   au cours duquel il faut lui  faire ressentir la force inexorable  de sa base, et sa mobilité pelvienne.

Mon second partenaire n’est autre que Jiang Nan; il a dû prendre une dizaine de kilos depuis l’an passé, et son contact n’en est que plus préjudiciable pour autrui ; son niveau excelle, aussi bien en puissance qu’en finesse, et je me sens quelque  peu découragé d’avoir tant de retard sur de si jeunes gens.

Nous terminons la séance par des séries sur place de zhai shui, soit la technique de poing écrasant qui consiste à menacer le centre de  l’adversaire avec  une main en approche pas glissé investissant le centre et la vision de l’adversaire, , et le frapper avec l’autre main, selon un poing vrillé amené par le meme coté du buste ; Wsw nous fait quelques  démonstrations et applications de cette redoutable technique, dont le pauvre Mario deviendra, tout au long du stage, le récipiendaire universel et systématique, au point qu’il terminera le séjour avec des bleus énormes, dont un au dessus du sein qui tourne, à l’heure ou vous lisez ces lignes, au jaune  citron écœurant.

Il est manifeste que WSW contrôle ses coups, qui sont d’une telle puissance, que même lorsqu’il  frappe sur son méga assistant, Huang Po, (110 kg) , celui-ci effectue plusieurs mètres en arrière, pliant sous le choc ; il ne s’agit manifestement pas d’un déploiement de violence, mais d’un coup porté de façon à rassemble en un seul instant et sur un meme point, toutes les forces potentielles du même corps. ; c’est en voyant cela que je me conforte dans l’idée selon laquelle il est impensable de pratiquer avec des gens comme cela des exercices de combat libre , Nous terminons cet entrainement  pour nous jeter sur un repas de midi comme à l’accoutumé varié et délicieux ;  d’autres chinois sont arrivés  dans de grosses voitures chères, semblant connaitre tous ceux déjà présents ; ils nous sont présentés tous comme étant enseignants , experts ou maîtres, amis ou élèves de Wang Shang Wen, qui confie d’ailleurs en aparté à Manu, à propos d’une paire d’entre eux , bruyants et familiers, qu’il aurait préféré qu’il n’y ai pas autant de monde, que beaucoup trop d’entre eux ne viennent le voir que par intérêt prospectif sur le rejaillissement médiatique que cela pourrait avoir sur leur école

Une sieste réparatrice, éponge jusqu’ vers 15h 30 notre déficit de sommeil du à la fois au décalage horaire, et à notre trop long voyage en train

L’entrainement de l’après midi sera plus bref, reprenant sensiblement les mêmes préceptes.

La soirée sera également écourtée du fait de notre fatigue.

Troisième entrainement avec Wang Shang Wen.

8 h 30 …Nous nous retrouvons , les uns après les autres, au gré de notre temps choisi de repos sur la placette ou WSw fait travailler un de ses assistants avec beaucoup d’implication  et de proximité ; malgré notre intention affichée de discrétion et de distance afin de respecter ce qui pourrait constituer la confidentialité d’une transmission spécifique,  il nous invite pourtant  à le rejoindre,  à  nous installer dans une posture de notre choix, puis se lance, comme au début de tous ses cours, dans de longues explications traduites par Manu

Il nous explique ainsi que la posture ne sert à rien en tant que telle pour le combat, si elle n’est pas agrémentée de la capacité de se bien déplacer , notamment selon la technique en triangle de San tiao bu, qui permet cette approche oblique de l’adversaire ; il émet la meme opinion à propos de shi li , puis de toutes les techniques en général, notamment  celles  de poing qu il  nous demande d’exécuter en effectuant des petits  fa li (explosion de force )  avec son, qu’il recommande , comme Maitre Guo, d’expirer du tréfonds de notre abdomen, sans pour autant crier et forcer la voix. Plusieurs de ses élèves effectuent une démonstration saisissante d’enchainement de techniques variées, avec fa li, qui me donnent à  penser que le chemin est encore plus long que je ne l’avais pressenti le  matin meme  pour parvenir à accéder à un niveau,  qui, à défaut d’être décent, soit  parvenu au minimum syndical … présentable  .Puis WsW, directif mais obéi  à la lettre sans discussion , invite tous les chinois présents à donner un aperçu de leur travail respectif, dans leur art respectif .

Le premier à passer , Li Yun Long, maitre de Tombei chuan, la cinquantaine banale, en vêtement de ville, comme tous les autres chinois présents,  nous fait une démonstration brillante de frappes en déplacement, puis un autre enchainement libre avec un crochet attaché au bout d’une ficelle, un peu à la manière du nun cha ku ;

Sa maitrise est stupéfiante  !! Le maitre de lutte chinoise,  puis les deux nouveaux venus, exécutent à leur tour des enchainements, dont certains, me semble t’il de Hsing Yi chuan et peut être de Pakua ; Manu lui, est en mesure d’identifier tous ces styles, sans coup férir !!  Le maitre de tai chi exécute alors son enchainement de wu tong, avec une légèreté et une disponibilité corporelle générale contrastant avec la force d’esprit et de Yi qui s’en dégage. Il ressort de cette démonstration, de ces démonstrations, que la détente et la disponibilté dans la mobilté constituent, pour illustrer le propos de Shang wen, le facteur principal, de l’art interne, quelle que soit sa forme ou son école. Ce dont tous semblent définitivement et culturellement  imprégnés et surtout convaincus. Shang Wen conclue cet entrainement important par des propos à la fois rassurants et inquiétants, selon lesquels il estime que l’art martial chinois interne,  ne comporte  absolument aucun secret, que seul le travail individuel répétitif paye sur le long terme, selon une permanente volonté de se réajuster par une écoute logique du fonctionnement biomécanique de son propre corps,  au prix  de laisser de coté tout aspect ludique ou tout repère compétitif susceptible, croit on, de baliser notre progression. Il nous rappelle, avant de nous faire comprendre qu’il était largement temps de manger, que le tui shou, (pousse main)  repère possible mais pas complet,  n’existe  que dans l’objectif d’étalonner  notre progression, en évaluant notre propre force sur celle de l’adversaire, , ce qui selon lui remplace avantageusement et économiquement les confrontations guerrières  traumatisantes, stériles et invalidantes, surtout à un âge avancé, , au cours desquelles il n’est pas possible d’exprimer  d’une manière spontanée l’entièreté et l’étendue de nos sorties de force  (fa li) , justement par ceque le débat est faussé par des conventions et des limites. Les entrainements à la chinoise sont, je vous le rappelle, ainsi fait qu’ils autorisent tout un chacun à pratiquer selon la fréquence et l’intensité à laquelle il le désire ;

je choisis pour ma part de faire un maximum d’exercices, en sollicitant auprès de Shang wen ou des ses deux assistants, un maximum de critiques de conseils et de corrections qu’ils me délivrent avec un empressement qui me fait regretter de ne pas être venus les voir plus tôt, comme cela me démangeait depuis quelques années…

Je m’efforce de bien m’appliquer sur le shi li consécutif à la posture tuo bao be (tenir le petit trésor ou le bébé), en essayant de synchroniser technique, force, relâchement, déplacement et concentration ou intention.

Le repas du soir, pris  au sein de notre rotonde privative dans l’ambiance cordiale et plutôt rigolarde d’un groupe qui a plaisir à cohabiter, est animé par les plaisanteries de Mario, par la voix de Jean Claude  Richard qui aime à  faire porter ses moindres propos par des airs connus , opéra ou variétés  voire  chansons gaillardes  qu’il nous est impunément  permis d’entonner devant les chinois hilares. !!  Une once d’inquiétude envahit toutefois le groupe selon de propos alarmistes de Manu, selon lesquels il se murmure que nous quitterions  très prochainement  ce lieu paradisiaque   , pour rallier une destination lointaine encore indéfinie, plus au sud…

Des camelots du coin, ayant oui dire que des occidentaux s’étaient t’installés dans l’hôtel, sont venus déballer leur trésors , dehors sur une natte …, bracelets en bois » rare », colliers en jade de «  l’époque Ming » ,, parchemins anciens imprimés par milliers la veille, jouets mécaniques, et bien d’autres  attrapes couillons pour touriste en mal d’exotisme ;  en « chinant » auprès d’une d’entre eux, une vielle chinoise édentée , souriante , fripée comme ses parchemins , refusant d’être photographiée, nous fait un discours passionné et véhément dans un dialecte que personne ne  semble comprendre . Malgré l’ heure peu avancée, la nuit, tombante nous incite à rejoindre nos chambres, la récupération n’étant décidément pas au rendez vous .

Dimanche 26 septembre 2010.

Nous avons tous bien dormi…. mais seulement jusqu’à deux ou trois heures du matin….Meme scenario que la veille… nous nous retrouvons tous très tôt, à partir de cinq  ou six heures,  les uns après les autres, sur le terre plein, en posture ou en promenade, attendant, avec des cernes sous les yeux,  dans l’expectative du petit déjeuner, premier motif de ralliement social face à la solitude éveillée dans laquelle nous plonge un sommeil fuyant….Une fois celui-ci expédié, nous nous retrouvons avec les chinois, sur la place, entre les plaqueminiers, pour le 4e entrainement avec Wang Shang Wen : thème  frappes avec les poings (chuan fa) .

Celui-ci  commence par un discours théorique, portant cette fois sur la prépondérance de la réussite de ses déplacements, dans l’approche d’un combat. ; Le Maitre nous propose des séries d’aller retour tout d’abord très linéaires , avec celles des techniques de poing que nous choisissons ; ses assistants viennent nous aider, passant de l’une à l’autre, commentant notre travail par des mimiques , des moues  grimaçantes, …ou, selon,  des pouces levés avec enthousiasme, …Je sélectionne ,  pour mon part, pour commencer,  le coup de poing circulaire,  crochet  ou  chuan xue ,  que WsW s’empresse de venir rectifier radicalement, me le faisant exécuter selon une ouverture préalable du bras avant sur un pas glissé, puis d’une amenée du buste très circulaire  pour frapper de l’autre bras, à la façon de Zai- shui .avec ramené de la jambe arrière en san tiao bu., Je note ainsi qu’il est préférable de travailler les techniques  de coups de poing en bras  opposé à la jambe avancée lorsqu’on avance, avec un pas glissé, et en jambe et bras coordonné sur pas marché lorsqu’on recule ceci dans un objectif de logique du combat.

Je note également, et avec étonnement, les conseils de Wsw en ce qui concerne la manière de fermer le poing, soit comme si tenait un oisillon, sans serrer les phalanges, le pouce posé sans dureté sur la première phalange reliée ; percevant notre doute quant à la  force de percussion potentielle avec un poing ainsi fermé, Wsw nous démontre son efficacité d’une manière tonitruante, sans toutefois  trop appuyer ses coups,  sur son sac de frappe préféré  ; Mario accuse le coup mais pourra ainsi se targuer d’avoir un autre hématome qui fera stéréo avec celui de la veille. Pour ce qui est de  Zhuan chuan, le coup de poing remontant, ou uppercut, il convient de créer une force contraire (tenségrité) en la remontant du cua (pli del’aine), qui lui, au contraire emmené notre buste vers le bas et en arrière ; cet exercice doit être pratiqué jusqu’à ce la sensation adéquate s’installe, logiquement, insidieusement, d’elle-même selon, dit il ,  la grande logique du corps

C’est ainsi que le coup de poing droit, zhi chuan, doit lui être compensé par le tiré concomitant  du bras arrière, avec son poing en protection sur la ligne de centre.

Le coup avec la paume, ou Pi chuan, peut s’effectuer de manière droite ou de manière circulaire, selon la protection ou la position de l’adversaire   .

L’entrainement de l’après midi, après une longue sieste réparatrice, est rempli  par une longue séance individuelle, puis par deux, mais à distance,  de pakua bu, soit marche en cercle du pakua chuan, au cours de la quelle WSw nous enseigne que la principale erreur effectué lors de l’accomplissement de cet exercice consiste à bouger les mains, alors que c’est le tronc qui les porte et leur donne la force de déracinement recherchée ;

le buste, ainsi porté par la fermeté et la lourdeur, mais aussi la justesse en écart et en rythme des pas circulaires, confère aux mains  une énergie transposable lors des retournements et des changements de direction, au cours desquels il est également hors de question de bouger les bras et les mains.

WSw  nous dit son étonnement au vu de la manière dont nous le pratiquons, soit bras contre bras, en essayant de communiquer sa force spirale à l’autre, jusqu’à lui prendre sa place en le rattrapant par derrière, comme je l’ai appris dans ma précédente école ; il dit trouver cet exercice intéressant, mais ne le pratique pas.

Le temps est doux, propice à des activités  d’extérieur ;  notre lieu d’entrainement est constamment traversé par les co- occupants du centre , étudiantes en dessin , plantant leur tréteaux au quatre coins du site pour en reproduire le charme, ou ponctué par leur ricanements au vu de nos postures, ce dont WSw et ses assistants semblent se moquer totalement . Le diner pris sous notre rotonde nous amène dans des récits et, discussions, passionnées relatives à nos parcours et expériences  respectives, dont les références historiques ou chronologiques sont souvent rectifiées et ajustées par Manu, véritable encyclopédie des arts martiaux en général, pas seulement chinois, d’ailleurs !!

Nous passons une demie-nuit semblable aux autres, avec un réveil prématuré qui nous jette tôt sur la place du site

Lundi 27 septembre 2010

8h 30… après le petit déjeuner. Nous nous retrouvons tous, les yeux en «  matrice de souris », las,  mais contents. L’entrainement réunit à nouveau tout le monde, délégation française et délégation chinoise, forte  des nouveaux venus

.5e entrainement avec WsW

WSw nous demande de nous placer dans la cour,  un  cran à l’écart de l’agitation créée par la classe de  dessin   fort bruyante ce matin là  . Certains élèves nous regardent travailler, non sans parfois de plus belle, singer de loin,  nos postures, s’esclaffant bruyamment.  Nous consacrons la matinée à l’étude des différents coups de poing (chuan fa) , droit, circulaires et remontants, sur place, puis en déplacement, avec ou sans explosion de force. Les chinois nous aident en passant de l’un à l’autre, pour nous aider, nous soutenir  ; Wsw se multiplie pour montrer lui-même comment procéder , corrigeant nos postures , nos mains , notre coordination, notre déplacement, notre rythme, notre force, s’adressant à nous en mandarin, mais avec des mimiques  explicites, sous tendues par  une volonté de communication qui nous le font comprendre  sans trop interpréter son message ; j’ai le sentiment d’avoir progressé après cette séance au demeurant très éprouvante, dans la mesure ou je m’y suis livré avec beaucoup de cœur, après une  nuit incomplète , venant s’ajouter à la  fatigue due au voyage ; je suis bien heureux que des exercices de combat libres avec plusieurs partenaires n’aient pas  à compléter  cette séance, car  je  me rends bien compte de l’étendue des  problèmes de récupération inhérents à mon âge, incompatibles avec la recherche de santé, d’efficacité, de bien être qui caractérise le Da Chen chuan. Nous arrêtons cet entrainement vers 11 h 30 ; il nous  est, en dernier scoop, demandé de vite préparer nos bagages pour un départ  vers une nouvelle destination lointaine, programmé vers 15 h 00, après le repas pour lequel nous apprenons que nous sommes tous invités à déjeuner  par les deux professeurs chinois arrivés la veille.  Nous apprenons ainsi que nous allons reprendre un train de nuit en direction de la province   plus au sud, du Zhejiang, proche de l’enclave provinciale de Shanghai, ou nous nous trouvions déjà lors du voyage de 2009. Les informations nous sont délivrées au compte goutte par Manu, que je sens embarrassé au plus haut point  . En effet, il est lui aussi on ne peut plus conscient de notre état de  fatigue, encore trop prégnante,

De plus,  nous nous sommes installés, et nous sentons bien  dans cet endroit qui semble convenir à tous, dans l’espoir d’y travailler, de nous poser, mais aussi de nous y reposer ; or, 10 nouvelles  heures spartiates  de train de nuit  nous sont encore annoncés  dans le but obscur de rallier une destination vers laquelle nous ne comprenons pas que nous devions obtempérer contre notre gré et notre choix, et qui plus est. À nos frais !! .

Nous sommes  installés dans la salle de restaurant privative  du complexe, avec quatre personnes de cette délégation de professeurs dont nous sommes, ce jour, les invités d’honneur. Une table ronde nous réunit tous les six, en compagnie de deux profs, de la compagne de l’entre eux, et d’une quatrième personne, plus jeune, qui, tout au long du repas, n’ouvrira la bouche que pour dévorer tout ce qui passera à sa portée

Le prof principal, un quadragénaire massif au facies de mongol, taillé comme un pilier de mêlée, sympathique ,  souriant et affable,  nous fait beaucoup parler, semblant réellement s’intéresser à nos parcours respectifs

son collègue, sensiblement du meme âge , plus svelte, volubile lui aussi,  ne sourit qu’avec la bouche … ses yeux traduisent ,  selon mon ressenti, une méfiance et une dureté  sous jacente  qui me met mal à l aise.

Un lourd cérémonial spontané mais itératif ponctura  ce repas , avec force libation et cul secs debout (gan bei )  à la bière chinoise , non  sans omettre  de taper ensemble  sur la table avec le verre vide afin de bien prouver aux autres qu’on a bien tout dument  absorbé .  WsW  a  préalablement confié à Manu qu’il ne participerait pas au festin,  étant semble t-il agacé par l’opportunisme de ces deux enseignants, selon lui essentiellement  attiré par le perspective de notoriété que peut conférer notre contact, ce que j’ai du al à comprendre ; en fait Manu ne montre la plaquette publicitaire de leur école , sur laquelle figure de nombreuses photos, entre autres textes en mandarin, dont le principal bien entendu m’échappe ….Quelle n’et pas ma surprise quand je me reconnais, sur une des photos, en compagnie de mon épouse, de Christian et Michèle Ribert, de Matthieu et d’Aurélien, soit les membres du voyage 2009, en postures, ou en train d’être corrigés par le Maitre… en fait, ces chinois désirent utiliser notre image, nos cartes, et notre ralliement à l’école du maitre pour se positionner eux meme dans cette mouvance  ,  peut être, si j’ai bien compris, pour attirer eux-mêmes des occidentaux en stage . Ils désirent comme beaucoup de chinois, justifier leur niveau et leur savoir faire ; le prof principal demande ,  sans autre forme de procès à Manu, de démontrer son fa li (explosion  de force sur un technique) ; Manu s’exécute avec le choix d’un double coups de poing droit selon  une sortie de force respectable , qui  fait dire  à son juge arbitre que meme en tant qu’occidental, son niveau, qu’il situe au dessus de la moyenne des  chinois est plutôt intéressant ; j’ai du mal à comprendre comment il peut se permettre cette appréciation , tout autant en forme, qu’en fond,  le Da Chen Chuan ne semblant pas être sa discipline de référence  . Puis il invite Manu à un tui shou ,   (pousse main )  à une main , entre les chaises,  la table et le mur , alors que les premiers plats arrivent …Manu concède que le tui shou de son opposant est très fort, qu’il a l’ impression d’avoir en face de lui un plier non pas de mêlée, mais de  de béton ; je n’ai pas pratiqué avec cette personne, ni n’ai eu le loisir de croiser les bras avec lui mais  il m’a bien semblé, vu de l’extérieur, que son travail ne comportait pas l’aura de subtilité développée et cultivée par les élèves de Shang Wen . Son collègue, depuis un bon moment déjà impatient de montrer lui aussi ce qu’il savait faire, se lance dans son coin dans  un enchainement  bruyant et agité de tombei  chuan, selon Manu, certes impressionnant  de par la mobilité  verticale et circulaire mais pourtant lourde  des bras, utilisés  comme des trompes d’éléphant , afin de  créer un réseau  à la fois défensif et offensif autour  de la ligne de centre ; il m’a semblé que cette pratique, malgré sa nouveauté, intégrait une énorme dépense d’énergie pendant un laps de temps  trop long, avec trop  peu de variété ; je n’avais pour autant aucune envie de me frotter à ce camarade citoyen, dont l’apparence me semblait de surcroit aussi syndiquée que fort peu sympathique  . La démonstration est accompagnée de moults explications et dialogues véhéments et interminables,   directement avec  Manu qui ne sera pas en mesure, bien entendu, de tout nous retranscrire.

Chacun ayant fait son petit numéro, nous pouvant nous consacrer à l’étude poussée  des nombreux plats qui sont déversés sur la table ronde tournante ; la salle privative confère  un niveau culinaire et une rapidité de service bien supérieurs à ceux assurés dans le tout  venant des rotondes ; nos deux hôtes engueulent  malgré tout  d’importance  les serveurs avec véhémence et mépris , pour des raisons qui m’échappent ; nous avons l’occasion de gouter deux plats inédits, sous forme ,  l’un de larves de guêpes frites , dont l’apparence évoque  à de gros cocons de chenilles ; le gout est inexistant, outre celui de l’assaisonnement qui l’accompagne ; l’autre recueille de la part de notre groupe , davantage de succès ; il s’agit d’énormes frelons frits  entiers , avec ailes , pattes et dards ; je n’ai pas le courage ou la curiosité de tester le gout probablement plus ou moins piquant de ce type de créatures, leur simple existence dardant sur moi une menace  rétrospective me rappelant une triple piqure aux cuisses lors ma dixième année, lors d’un été en short à la campagne  ; Dominique, à mon grand étonnement, se décide malgré sa légendaire répugnance envers tout insecte, rampant ou volant,  à les gouter, pour y revenir, satisfaite et conquise !!...La chitine des frelons ne me  convaincra pas plus que celle des scorpions l’an passé, à la meme époque. Une longue séance photo de groupe, réclamée à corps et à cris par les chinois, ponctue cette rencontre, non sans un très officiel échange de cartes de visite.

Puis  les six français, WsW et ses deux disciples  plus les quatre maitres et nos quatre  hôtes chinois nous répartissons dans de nombreuses voitures pour rallier en convoi,  trop  compact, trop véloce et trop à gauche de la chaussée à mon gout, ,  la gare la plus proche, ou nous apprenons que nous aurons deux heures d’attente( !!!)  avant le départ ; nous en profitons pour acheter quelques  fruits en perspective de la  probable disette ferroviaire qui nous attend

…... C’est à partir de là que va  débuter une des sagas  les plus pénibles des tous les voyages qu’il m’a été donné de faire, et ce depuis mon plus jeûne âge, tous continents et tous pays confondus.

Nous voici installés, à la force des coudes et des épaules dans une foule compacte,  dans un compartiment  ouvert sur le couloir, nanti de deux rangées de trois couchettes superposées, comme dans le train précédent ; nous sommes sensés rallier Huangzhou, notre prochaine destination à maintenant douze heures de voyage, chaque annonce  de Jian Nan permet de vérifier une inflation subite du temps de parcours …. , puis de là,  être récupérés par un minibus pour rejoindre notre destination finale, soit le monastère taoïste situé dans la montagne, au dessus de Huangzhou   , déjà visité l’an passé ; c’est là que  nous serons hébergés,  ou nous nous entrainerons, cet endroit recelant  de nombreux coins idéaux pour pratiquer dans la nature, en un lieu de recueillement ….Mais à  la question de savoir pourquoi ce retour dans cet endroit, aussi lointain, alors que nous subissons encore la fatigue, alors que  nous avions pris nos marques dans le Chantoung, Manu croit comprendre de par ses très nombreuses conversations  avec WsW et Jian   Nan,  responsable de la logistique, que ce dernier aurait racheté des parts dans ce monastère, en tout cas  un espace ou il aurait été  en mesure d’y installer une école d’arts martiaux,…un inauguration officielle doit y prendre place le lendemain soir, et le fait d’y exhiber un délégation occidentale semble du meilleur aloi…nous sommes , à notre corps défendant, pris en otage, ce que je vis très mal, outre la fatigue qui pèse de plus en plus ; WsW semble d’ailleurs ‘lui aussi  laissé s’être laissé   engluer dans ce « plan glauque  » ; il  le fait savoir avec humeur à son disciple, mais il est trop  tard, les dès sont jetés…nous allons en tirer les déboires !! Nous voici installés maintenant dans le wagon restaurant, ou la propreté ne semble pas au rendez vous, ou, pour la première fois, je laisserai l’entièreté du contenu du repas fruste et peu appétissant qui nous y est servi dans un plateau inox  à compartiment de cantine  garni de brisures de riz pour chiens et d’arêtes acérées entourées d’un peu de poisson  à la sauce trop piquante.

La discussion alimente ceux qui ne le sont pas ….

J’avoue ainsi avoir du mal à comprendre de quelle manière fonctionnent les congés pour les chinois, car Jian Nan, au demeurant introuvable après son annonce de maintenant quatorze heures de voyage,  nous a dit occuper, en tant qu’employé, un poste de courtage dans une société de négoce international de minerais, qui réalise ,  lors de chaque exercice , des chiffres d‘affaires vertigineux ; il est donc un monsieur important, engagé,  très occupé, en charge de dossiers brulants et vivants ;  or , il a pris quinze jours de congés pour organiser notre voyage, et surtout se trouver au coté du maitre…en outre,  comment peut il assurer en parallèle des cours dans une école d’arts martiaux,  ce  sur une base régulière, à fortiori  dans un endroit qui ne trouve pas si près que cela de son domicile , lui-même situé loin de son lieu de travail  ? le mystère demeurant entier, Manu m’explique que les chinois ont une manière différente de la notre d’aborder le monde du travail, des horaires ,des congés,  les relations hiérarchiques, que beaucoup d’arrangements à l’amiable s’établissent ainsi, tout autant entre salariés que dans les associations d’affaire,  n’affectant d’ailleurs pas le rendement et la prospérité de leur entreprises ; La chine pays émergeant, en pleine  explosion économique, affichant une croissance  de 10% chaque année, réalise à l’export des chiffres vertigineux , lui permettant d’acheter  la  dette de certains pays du monde occidental, investit  dans des entreprises cotées  sur tous les continents ; il semble qu’il existe en chinois un expression qui relate cette manière de s’arranger et qui se résume par « faire des affaires avec les amis »…. ce qui semble leur réussir.

Un violent incident, qui frise l’affrontement physique, oppose le contrôleur à un voyageur, accusé, semble t’il, de se déplacer avec un faux billet ; ce dernier se défend véhémentement, expliquant qu’il l’a acheté à la sauvette en toute bonne fois ; il sera débarqué manu militari en rase campagne, à la chinoise, sans pitié et sans compassion.. La nuit est venue ; nous avons  beaucoup de mal à  dormir dans cet espace confiné, sans possibilité d’ouvrir les vitres; de nombreux chinois  fument, concentrés autour de toilettes très vire pleines à rebord.

D’autres ronflent comme des sonneurs de cloches tibétaines   , entassés parfois à plusieurs sur une couchette, d’autres encore  bâfrent,  boivent et crachent  bruyamment, certains  hurlent au téléphone, sans semble t il affecter le moindre du monde le sommeil de ceux déjà assoupis ….les veinards !! L’agitation, le peu d’espace nous amène au bord d’un état pré claustrophobique, qui vient s’ajouter au décalage horaire, des dix heures de train de Pékin à Linzi , de la fatigue due à l’entrainement,  de la frustration d’avoir, en quelques sortes,  été manipulés …La nuit est longue, blanche, agitée, épuisante, énervante !!

Mardi 28 septembre 2010.

Très tôt, le  matin, réunis autour des tablettes d’appui des compartiments, devant les brioches

«  éponges »insipides  en sachet et les fruits achetés la veille, nous tentons de couper notre faim , d’étancher notre soif sans boisson chaude,  d’occulter  notre fatigue, notre frustration et notre agacement par un humour par chacun alimenté, amenant  moult fous  rires nerveux collectifs, provoqués , puis entretenus par la moindre réflexion, prétexte à dérive verbale glauque  , contrepèterie, ou plaisanterie si possible en dessous d’une ceinture, laquelle  ne s’est pas, pour beaucoup d’entre nous,  assumé depuis la veille, faute de toilette suffisamment propre, voire disponible …en effet, faute de place et de temps suffisant, certaines  mamans font uriner leur enfant directement  sur la moquette des compartiments , sans autre forme de gêne ou  de procès.   Nous apprenons  , à froid, au réveil, avec la plus grande allégresse, que le voyage durera  en fait près de dix huit heures… !! ..puisque  nous ne  sommes sensés arriver à Huangzhou  que vers 12 h00 !!! Que le temps va encore nous paraitre long …nos lectures requièrent maintenant une  attention trop soutenue pour être encore  nourrissantes  , voire distrayantes,…. nos mots croisés ou fléchés sont épuisés… nos conversations tombent petit à petit, nous amenant dans un état de prostration collective frisant l’abandon ; heureusement, les quelques arrêts effectués ont vu davantage de chinois descendre que d’autres ne sont montés ; l’espace est ainsi plus disponible, certains d’entre nous  se rendormant même sur des couchettes vacantes ; nous n’avons pas meme le loisir de nous distraire par le spectacle monocorde de la campagne chinoise, tant le paysage est uniforme, tant ce train roule vite et longtemps !! . La chef de train, jeune, volubile, pimpante,  intéressée par nos yuans,  vient nous proposer, sans doute au noir, hors service, toute sorte de gadgets électronique du dernier cri (pas celui qui tue, en tout cas..) ; nous devons l’éconduire fermement pour lui faire comprendre que nous ne sommes pas intéressés. Notre tortionnaire, Jian nan, est toujours porté disparu ; en fait il s’est retiré, à l’écart meme des autres chinois, dans un autre compartiment , ou il s’est englouti dans le sommeil !! le veinard !!!...  sans  doute craint il  des reproches ou des critiques…Beaucoup plus tard, Manu nous indique que nous venons de quitter  la dernière gare avant  Huangzhou …. Il ne reste donc que quelques heures à endurer cette incarcération mobile et bruyante, heures  que nous ne parvenons pas à tuer, leur résistance venant par trop facilement à bout de notre velléité de pugnacité. Puis,  la mi journée arrivant et la gare suivant étant annoncée, nous nous ruons sur armes, blousons et bagages pour nous placer au plus tôt,  dans le couloir, à la queue leu leu , au plus près de la sorite ; c’est alors, qu’inexplicablement, le train s’arrête en rase campagne, sans qu’aucune information ne nous soit donnée pour ce nouvel avatar….silence sur les rails….attente muette incertitude totale , pire que celle d’avec notre Sncf pourtant coutumière du fait….au bout d’un quart d’heure, il nous est possible de savoir par notre contrôleuse –brocanteuse  que l’arrêt risque de durer ;  il nous est conseillé de nous réinstaller dans notre  geôle ….c’est là la pire nouvelle qui pouvait nous être délivrée ; l’attente, insupportable, irritante, injuste,  durera ainsi deux longues heures supplémentaire, portant le total  de notre  détention ferroviaire  à près de vingt heures, presque sans dormir, sans  boissons chaudes, sans aller  correctement ni faire de toilette, sans se changer, sans manger équilibré, sans véritable information sur le pourquoi de notre destination, le tout après une fatigue accumulée et non évacuée. L’épreuve est  rude !! Manu  en est  plus qu’ennuyé, car pris entre le chemin de fer et l’enclume ;  il n’a d’autre souci que de faire connaitre aux chinois notre mécontemant ; WsW vient lui-même nous dire qu’il découvre lui aussi tout cela, et qu’il va se charger de remettre les pendules à l’heure avec qui de droit, étant lui meme otage. Nous finissons par arriver à Hangzhou, l’énervement l’emportant sur la fatigue et le soulagement

Nous sommes attendus par Jian, notre chauffeur de l’an passé, réquisitionné pour l’occasion, avec le meme mini bus à huit places que lors de la campagne 2009. Il est environ quinze heures, et deux heures de trajet en voiture nous sont annoncés pour rallier le monastère, ou nous sommes attendus le soir meme  pour une démonstration d’arts martiaux, dans la cadre de l’inauguration de l’école de Jian Nan ….voici donc  le pourquoi de tout cela !!  Nous reprenons un itinéraire  connu, à partir de Guangzhou, qui nous fait traverser  , en rase campagne, cette magnifique plantation de milliers de bonzaïs, invention de torture typiquement chinoise, et non pas nipponne .

Nous arrivons  une demi  heure plus tard à un carrefour, ou la route à droite, celle du monastère, est barrée par des panneaux et des barrières ; des ouvriers nous  expliquent que  le passage est impraticable, qu’il nous faut apparemment faire un détour important pour contourner la montagne avant de rejoindre notre destination.

La mesure est comble ; de plus, Manu est absent, occupé à réserver en ville  les billets du  retour à Pékin,  que nous avons exigé  cette fois en avion, à titre de précaution autant que de survie ; Manu  y est  accompagné de notre tortionnaire qui  montrait profil bas à la sortie de la gare et lors de la répartition des chinois dans les trois voitures composant, avec le minibus, notre convoi. Une discussion  laborieuse mais pas très rieuse, avec les chinois  me permet de comprendre en l’absence de notre interprète, que nous avons là un problème.

Puis Manu et Jian Nan arrivent ; ce dernier va alors discuter brièvement,  en aparté avec un policier en tenue ,  sorti du néant, venu illico  soutenir les ouvriers ; le barrage s’ouvre alors par miracle le convoi s’ébranle en direction du monastère, …c’est aussi sans doute cela, faire des affaires avec les amis. … !!

Nous arrivons vers 17 h, épuisés, hébétés, rompus,  dans cette endroit  pourtant  féérique déjà décrit dans mon précédent récit de ma  campagne 2009 (voir site atemimontdor.com, rubrique chroniques -chine 2009) .

Je sais qu’il ne pourra y avoir d’entrainement aujourd’hui, car je vois bien que WSw lui aussi est épuisé, et sans doute pas en mesure de diriger un cours. Cela me dérange quelque peu, car le temps nous est compté, mais cela me soulage tout autant, dans la mesure ou je me sens incapable de faire un shi li ne serait ce qu’avec un auriculaire   . L’endroit dans lequel  nous sommes installés semble calme, à l’écart du temps et de la civilisation, comme si nous étions dans la chine médiévale, en pleine campagne, dans une  ferme auberge , préservés de tout passage, au sommet d’un chemin pierreux auquel il est difficile d’accéder en voiture ; une pagode antique en bois , à plusieurs étages jouxte notre hôtel,…tout semble s’arranger, mais…  nous ne sommes hélas pas au bout de nos surprises et de nos peines…

Nous dinons quasiment tout  de suite en arrivant dans la grande salle de restaurant du bas, , servis vite et bien  par un couple d’aubergistes à l’aspect  un peu mercantis, que nous surnommons immédiatement les « Thénardier », bien qu’ils ne se soient aux grand  jamais conduit      « misérablement » à notre égard ; leur fille semble avoir épousé  Chen Huang Po et son plus que quintal,, le premier disciple du maitre, déjà rencontré l’an dernier, que je retrouve avec plaisir .  Ils on meme fait t un adorable petit garçon avec lequel tous les chinois se promènent au bras, comme s’il était le neveu de tout  le monde ; WsW semble lui aussi l’avoir pris en affection, montrant sans retenue son coté  humain .

Nous avons juste le temps de déposer nos bagages au premier étage, dans des chambres spacieuses à deux grands lits, confortables, mais sans salle de bain incorporées. Nous sommes immédiatement réquisitionnés pour ce quoi nous avon traversé la distance de presque deux fois la France, ou deux province chinoises, soit… une démonstration d’arts martiaux !!.

Le temple est agrémenté, dans l’immense domaine qui le compose, d’un théâtre, avec une scène surélevée, Nous nous installons, avec toute la délégation chinoise, sur des bancs en bois placés, en plein air,  en face de la scène ; Un  nombre impressionnant d’énormes baffles, flanquant la scène de part et d’autres,  déversent une musique chinoise  miaulante  tout autant assourdissante qu’insupportable, propre à défoncer les tympans les plus résistants ; de nombreuses personnes majoritairement  âgées se sont installées sur les bancs , sortant d’on ne sait ou, vu que nous nous trouvons dans un lieu confessionnel retiré   ; un d’entre eux vient nous offrir du thé, d’autres passent avec des caisses pleines à rebord de délicieux petits croquets au mais , dont ils  bourrent  nos  poches et nos  sacs, à notre corps défendant .  WSW est requis pour procéder à la présentation générale de l’école de Jian Nan ; il laisse ensuite la place à plusieurs enseignants ou élèves avancés locaux qui présentent ,  non pas des formes de Da Cheng chuan, mais plutôt  des enchainements de tai chi, de Hsing Yi ou de Pakua,  soit les trois arts internes chinois ; quelques moines rattachés au temple, participent au spectacle, selon des prestations qui sont loin de me  convaincre quant à leur pertinence et leur efficacité ; puis WsW revient pour effectuer une brève et symbolique démonstration de fa li, qui le voit s’éclipser le plus rapidement possible ; puis les quatre experts de notre délégation, ainsi que les trois disciples de WSW  effectuent à leur tour une présentation de leur travail selon leur spécialité respective,  semblable à celle offerte dans le Shantoung, à mon gout beaucoup plus intéressante. Je me permet ici de critiquer prétentieusement  la prestation faite par les intervants de l’école car il m’a semblé que leur travail n’incluait pas les dimensions internes propres à la pratique que nous étions tous venu cultiver par cette démarche de voyage ;  les prestations de tai chi, notamment, ressemblant  fort à celles fédérales, proposées en France en compétition, avec des g rands  écarts spectaculaires et des jambes  verticales maintenues plusieurs secondes  en direction du plafond ; j’ai trouvé plus d’intérêt, sans doute de par l’aspect nouveauté, aux démonstrations d’armes chinoises ; WsW ne se prive d’ailleurs pas de faire part de ce meme type de critique à Manu. Nous regagnons  nos chambres impatients,  épuisés, hâtifs de retrouver un vrai lit, dans la calme rural et apaisant de ce lieu retiré, après ce qui aura été la plus longue journée de ma vie ….mais de repos, il n’en sera hélas  rien !!! …et pour cause !!

En nous installant dans nos chambres respectives , nous constatons tout d’abord qu’il n’y a aucune serviette éponge, denrée que nous n’avons pas prévu d’apporter avec nous vu que nous comptions sur les hôtels pour nous les fournir … nous découvrons ensuite qu’il n’y aura une seule douche  faiblarde pour tout  le monde, dispensant autant d’eau chaude  qu’un frigo en hiver au pole nord ; le lavabo du couloir, nanti  de deux robinets faiblards, ne tient au mur que sur l’inspiration des immortels du taôisme, grâce à quelques  fils de fer de fortune,  menaçant ainsi de s’écrouler sur nos pieds.., l’eau , rare, ne s’écoule que parcimonieusement ; quant aux toilettes,  encore à la turque,  il n’y figure pas de papier et leur odeur , comparable à celle du train que nous avons quitté avec hâte ,emplit d’ors et déjà l’étage ; une fois couchés, nous subissons immédiatement de nouveaux désagrément, en cela que les matelas, recouverts  d’une natte en bambou,  s’avèrent être d’une dureté surprenante, impropre, par exemple à dormir sur le coté car appuyant trop sur l’os iliaque ; ensuite, la nuit avançant, nous devons patiemment attendre la fin des allées et venues des chinois répartis dans les chambres voisines, Ces derniers, peu pressés semble t’il de dormir, se rendent visite d’une chambre à l’autre, claquant violement les portes, se raclant bruyamment ment la gorge  pour cracher là ou ils sont, vociférant comme s’ils s’engueulaient  allant, venant, jusqu’à une heure avancée de la nuit,… incompréhensiblement !!

Ne sont ils donc jamais fatigués, eux qui ont subi les mêmes tourments que nous ?

La mesure  est comble… ! Je  sais d’expérience, de par mon sommeil léger,  que je ne vais peu dormir tout au long du séjour en ce lieu, le manque total  d’isolation  du bâtiment répercutant le moindre pet dans des proportions décuplées ; Mais …il nous reste encore  à découvrir…un mauvais sommeil superficiel a fini par avoir raison de nous ; nous sommes presque tous rattrapés par le décalage horaire vers trois heures du matin  ; nous tentons de  nous rendormir, mais c’est alors  sans compter  sur les  trois chiens des Thénardier qui entreprennent  un concert  exaspérant d’aboiements interminables  résonnant   démesurément dans la salle carrelée  du bas ; je dois sacrifier ,  jusqu’au matin, une de mes chaussures pour ajuster l’ un deux  ,  que je rate lamentablement, atteignant le  seul des trois pacifiquement  occupé à se lécher une patte  dans un coin ;

sa cavalcade et ses couinements ont le mérite de faire fuir les autres, que nous n’entendrons plus jusqu’au matin ; c’est vers quatre heures que les neuf coqs de la basse cour , en fait située juste au dessous de  notre chambre,  initient leur concert interminable, répondant à d’autres coqs ou paons,  bestioles plumeuses de leur acabit, situées dans des endroits éloignés, mais dont nous percevons les hurlements comme s’ils étaient à vingt mètres….de temps en temps , un chinois sort de sa tanière pour aller faire ses besoins, non sans éructer violement, claquant deux fois sa porte, à la sortie  comme à l’entrée, sans oublier celle des toilettes, bien entendu…Puis vers six heures, les Thénardier  démarrent leur service par le balayage de la salle et des proches escaliers, heurtant sans cesse de leur balai, bancs, tables et chaises contra le carreau .

Je sais par avance  qu’il en sera de meme  la nuit suivante, puis celles d’après !!

L’entrainement de demain risque d’être dur !!

Mercredi 29 septembre.

Il pleut !! Il fait toutefois doux et l’atmosphère est  fraiche et agréable, propice à des gens désirant apprendre et s’entrainer,… mais en pleine  possession de leurs moyens….J’ai retrouvé ma chaussure trempée, au beau milieu de la cour, dont une semelle semble  quelque peu dévorée par les chiens, revanchards ; ils  se tiennent à distance respectable, sans doute de par  la perspective de recevoir le seconde, entière,  sur la truffe.

Nous nous retrouvons, après un petit déjeuner au réfectoire du monastère, fait de boules de pain et de soupe de pates, dans une salle isolée, semble t-il de conférence, dans un des nombreux bâtiments ancien en pierre,   qui composent le monastère ; une proche descente d’escaliers  centenaires débouchant sur une place pavée bordée d’arbres  exotiques donne un air solennel d’un autre temps à cet endroit.

6e entrainement avec WSw.

Nous sommes  tous rassemblés en cercle, debout autour du maitre, qui se lance, préalablement, dans une longue explication passionnée ; il nous explique ainsi que selon lui, la pratique de l’art martial interne chinois ne peut en aucun cas se résumer à l’assimilation gestuelle de techniques, si riches soient elles ; ainsi le fait de parvenir à bien pratiquer les postures, j’entends selon un niveau satisfaisant, ou les déplacements, ou les pousse mains, ne doit pas constituer une fin en soi ; WSW insiste lourdement et semble t’il sincèrement sur le fait qu’aucune de ces techniques, ou pratique en général  n’est sous tendue par quelque secret que cela soit, , secrets détenus et défendus par une minorité initiée . Il nous répète, à cet effet, comme il l’avait fait l’an dernier, que les résultats ne s’obtiennent que sur la base d’un travail régulier, quotidien, consistant à écouter les variations et modulations dans notre corps  , qu’engendre la pratique ; il estime donc que la majorité  des adeptes a toujours  tendance à chercher des explications  bien trop complexes,  détonant avec une  pratique somme toute simple, selon le principe consistant à ne pas voir une lumière pourtant située juste sous notre œil.

Selon lui, si tous ces exercices ne sont pas habités, investis par un constant soin de volonté de relier le haut et le bas du corps, d’émettre une intention (Yi) imprégnant en globalité  toutes les parties du corps,  dans l’exécution de tous ces ces exercices, nous ne parviendrons pas à un résulta probant susceptible de satisfaire les objectifs et principe de cet art suprême. Nous retomberons alors dans l’exécution d’apprentissage de formes, comme cela se fait dans la plupart des sports de combat. Le haut et le bas du corps doivent être reliés en cela que la pliure des coudes doit être intimement reliée à celle des plis de l’aine  (cua ) , selon un équilibre subtil et personnel, que seule une longue pratique  individuelle de posture , quelle qu’elle soit, peut nous faire ressentir. Ces deux pôles essentiels, coudes et aines,  doivent également être reliés, comme par des élastiques invisibles, aux genoux et à la zone sternale, qui communiquent  ainsi étroitement  avec  celle lombaire, conférant à l’ensemble du corps une capacité de mobilité interférente et interactive, adaptable et équilibrante, selon le principe de l’équilibre et de la force conférée par le principe des forces contraires, ou tenségrité.

L’intention, la présence doit constamment habiter notre gestuelle, notre forme,  comme si notre cerveau était un distributeur automatique de carburant  chaud s’ épandant  dans ceux des circuits de notre buste que nous avons rendu disponibles  par notre détente, débroussailleuse de nos tensions , puis dans les circuits de nos  jambes et de nos bras, de nos mains, de nos doigts, destination finale de notre intention.

Nous devons ainsi être en constante  création d’une  perpétuelle mobilité multidirectionnelle, assurée par la disponibilité de notre axe vertébral, ainsi libéré des tensions qui  entravent sa sensibilité, amoindrissent sa fonctionnalité, réduisant ainsi notre champ d’action autant physique que mental, les deux étant bien entendu étroitement liès.  Mais ceci n’est pas suffisant ; Wsw explique que meme si nous sommes parvenus à un degré  technique, s’ajoutant à une capacité d’émission de Yi également satisfaisante, cela ne servira à rien si tout cela n’est pas porté par un déplacement pertinent. Il insiste donc sur l’extrême importance de tous les types de travaux de déplacement, qu’ils soient linéaires, en triangle ou en cercle.  Lorsqu’il évoque le déplacement, je crois comprendre que WSW évoque également, et en premier lieu ,  le déplacement interne implicite  propre à l’intérieur de  notre corps ,  qui s’effectue préalablement à tout déplacement externe ; je veux dire  par là qu’il convient de toujours avoir à l’esprit, dans l’intention, la capacité de visualiser son buste comme étant habité, comme étant percé de haut en bas, de bai hui (sommet du crane à hui yin (entrée de la terre ou périnée, ) par un axe transversal autour duquel s’harmonise toute velléité ou intention gestuelle, afin de conférer justesse et équilibre à toute intention de technique ou de déplacement, ou de technique en déplacement.

L’image la plus pertinente semble être celle d‘un gond central bien huilé, qui permet et favorise le coulissage sans effort de toutes les parties interférentes et interactives  du corps .Le déplacement doit nous amener à rentrer dans l’intention de l’adversaire, en réduisant la distance et en se rapprochant au maximum de lui, mais selon une situation dans laquelle nous ne sommes pas vulnérables, et ou , lui le devient, car il s’agit de le déraciner, de l’éjecter, de prendre sa place, de se mettre dans ses pas, de l’écraser, de l’anéantir

La pratique de danse martiale qui conditionne la compréhension de cet objectif s’avère être hautement riche en potentialité de progression par l’auto- créativité, puisqu’elle nous amène à nous retrouver face à nous meme, face à notre spontanéité, sans support mnémonique conférée par le soutien d’un enchainement appris par cœur, , mettant ainsi l’accent sur nos inhibitions, nos lacunes, nos blocages, nos insuffisances , nos doutes et nos incertitudes, reflétant ainsi notre véritable niveau .

Ce matin là, WsW nous demande de mettre l’accent sur la pratique appuyée de l’essai de force de la tortue,  qu’il m’avait empêché de faire l’an passé, me demandant de commencer par bien pratiquer  ceux, selon lui plus simples,   portant s sur les trois dimensions. Il estime qu’il  est en mesure d’évaluer le niveau de l’élève à sa seule capacité de ne pas bouger les bras lors de l’exécution de cet exercice. Il consiste à travailler le buste selon une rotation en huit d’avant en arrière, incluant haut et bas, mais aussi droite gauche   en descendant au plus bas sur les jambes, comme si on effectuait des esquives , le tout avec les bras placés de telle façon que les  paumes des mains et les avants  bras se trouvent parallèles au sol, mais sans  bouger. Cette pratique est épuisante, un peu traumatisante pour des genoux rafistolés et ayant déjà bien servi … !!

Mais elle justement très enrichissante au niveau de la capacité de mobilité du buste lors des esquives, et d’une sortie concomitante sans appel de force lors de l’’émission de coups droits ou circulaires, ou autres.

Nous cessons cet entrainement passionnant  vers les 11 h00, qui nous  a permis d’occulter notre état de fatigue extrême ; le déjeuner est pris dans la grande pièce  de l’auberge, autour d’une table ronde, les chinois étant installes à une autre,  voisine, ; les trois chiens viennent quémander, mais à distance , courts sur patte, peureux, Ils s’asseyent  à proximité,  suppliants du regard  pour  un reste, une bouchée, ; ils refusent les caresses, allant meme jusqu’à grogner lorsqu’une main câline investit leur distance de sécurité ; ils se sauvent ventre à terre des que quelqu’un bouge ses pieds sous la table ; il est vrai que douze baskets constituent un arsenal potentiel propre à fracasser  pas mal d’incisives , voire de …canines !!

Nous tentons une sieste dès le début de l’après midi, espérant ainsi gommer la longue attente de la nuit précédente, la fatigue due à l’entrainement, la contrariété, élément également épuisant …..En vain ; les chinois, eux, ne semblent  pas avoir sommeil ; l’un d’entre eux s’engueule  véhémentement avec la Mère  Thénardier dans la chambre la plus proche,  lui criant après  comme elle le fait avec ses chiens ; il semble que l’absence de serviettes éponges dans les chambres soit la cause de ce ramdam !! J’avoue ne pas saisir la raison pour laquelle les chinois crient, le plus souvent, lorsqu’ils s’expriment ; Manu tente judicieusement d’éclairer ma lanterne en m’expliquant  que cette langue,  bâtie sur  quatre tons phonétiques, dont deux montants,  doit obligatoirement augmenter en intensité quand un sentiment extrême doit être exprimé   . Voici qui  explique beaucoup de choses, mais hélas pas en silence ; les portent claquent violemment, les cris  émaillent constamment l’atmosphère, les chiens en rajoutent. , fâchés d’être mis en concurrence pour le monopole des aboiements. Heureusement, l’entrainement vers le milieu de l’après midi arrive pour  nous extirper de ce matelas en béton de fakir qui nous ravage le dos et les hanches.

7e entrainement sous la direction de WSw.

La pluie a cessé ; ne trouvant pas de terrain assez plat et assez sec à son gout à l’extérieur, le maitre nous installe sous un immense auvent jouxtant la salle de restaurant principale, nanti d’une sol en carreaux en mosaïque, ou des meubles en métal pour barbecue s’empilent contre les vitres de la salle de restaurant

Un billard français est installé dans le fond, qui meublera certaines de nos soirées   . .Le Maitre, entouré de son aréopage  attentif, entame cet entrainement par une petite mise au point inhérente à la longueur de temps de posture, sujet qui semble l’avoir titillé lors des discussions de la  veille ; il explique d’une manière somme toute logique, que lorsqu’il y a confrontation, il n’est pas question de demeurer sur la meme jambe, tant les conséquences du danger ambiant s’avèrent pressantes ;  le travail  accumulatif préparatoire de posture  peut alors donc fort bien s’étager de la meme façon , soit en changeant de posture souvent, mais tout en conservant à l’esprit une recherche de qualité de pratique, sans concessions quant à l’application de principes de base

L’après midi est consacré à une vaste répétition de toutes les  techniques abordées depuis le début du stage, avec un accent sur les essais de force( sh li)  en déplacement, particulièrement celui de la vague pour lequel il me semble que la coordination déplacement des jambes  -mouvement de bras est plus ardu que dans les deux autres ; je dois dire qu’outre l’assistance des chinois, celle de Manu, toujours disponible, coopératif,  et pédagogue, s’avère extrêmement précieuse  pour  ajuster, conseiller,  traduire, préciser, soutenir  les propos de WsW. Il est bien évident que de tels stages ne pourraient en aucun être mis en place ni  se dérouler avec succès, sans des gens comme lui ; je vous recommande, frères de dojo, qui me lisez, de le faire venir diriger un atelier dans votre structure, vous y  découvrirez le Da Cheng chuan au travers d’une personne compétente, pétrie de qualité, techniquement et humainement. Le repas du soir est pris cette fois ci en contrebas du domaine, dans le réfectoire du monastère, ou nous y côtoyons des moines et des nonnes souriantes, en tenue liturgiques noires

sobres, venues se sustenter après leur journée de célébration de rites, leur lectures, ou leurs  recherches ; la nourriture est exclusive végétarienne, épicée, basée sur riz, légumes  variés et soja ; chacun doit pré laver son assiette avant de la déposer dans un grand évier ou un préposé au regard attentif a pour tache de toutes les nettoyer ; je suis stupéfait par la présence , en ce lieu de recueillement et de réserve, d’un énorme téléviseur devant lequel tous semblent scotchés, dévorant des yeux des plages  interminable de publicité, des séries b, ou des fils de guerre violents et bruyants, en tout cas aux antipodes de ce qu’il émane de ce lieur de culte  ; il est prévu ensuite de se rendre au théâtre de plein air, pour assister, à ma plus grande joie, à une représentation d’opéra en costume traditionnels ; Les accordailles de l’orchestre, grinçantes et miaulantes ,  se font d’ailleurs entendre, assourdissant un peu plus la résonance de la salle, ne facilitant pas les conversations, surtout celles avec les chinois quand ceux-ci s’extirpent de leur groupe. Manu et moi montons nous reposer avant l’heure tardive de la représentation, Nous sommes en pleine discussion à propos de notre inconfort ;  le vacarme est effroyable, entre les prémisses de la fête, les chinois et les chiens ; quand je pense que les coqs et les paons vont bientôt se   joindre à cette cacophonie… ! !!!  .Quelqu’un frappe à la porte,  puis entre,  sans autre forme d’invitation ;  il s’agit de, notre bruyant voisin de chambre, vociférateur devant les  immortels, racleur de gorge, et accessoirement, maitre de Tombei chuan entre  autres arts internes dont  le nom échappe meme à Manu. Il désire sympathiser , renforcer le liens ; il  s’engage, debout, gesticulant d’importance,  dans une discours véhément et  passionné avec Manu, qui , enthousiaste, en oublie sa fatigue ;  le sens m’en échappe, outre le fait qu’ils parlent  bien évidement de pousse mains et d’arts martiaux  Manu semble tout excité lorsqu’il me fait savoir, lors d’une accalmie, que  ce maitre posséderait un  vieux film  de Wang Xiang Zai lui meme …qu’il  est invité à voir lors de son prochain voyage à Pékin !!  Li Yun Long, tel est son nom, invite alors tout de go  Manu à un pousse main debout entre les lits, tui shou   ressemblant fort  au troisième à deux mains que je pratique depuis longtemps, mais pas exactement, sans toutefois qu’il me soit possible d’en déceler objectivement la différence, ce qui ne manque pas de me contrarier …cela va trop vite ; j’observe que le contact est léger, rapide, mais que les mains semblent prégnantes, pressantes et présentes…l’échange est vif, puis tout à coup, Manu décolle de terre à l’horizontale pour  venir atterrir pesamment à plat sur son lit , sans qu’aucun geste de débordement, sans qu’aucune accélération  apparente ou violence n’ait  été effectuée par le chinois.

Désireux de comprendre comment cela a pu se dérouler, je sollicite à mon tour une pousse main, sans comprendre que mon partenaire perçoit peut -être cette requête comme un défi, en tout cas comme un test.

Le contact est plus que volatile, presque  agréable,  répétitif, comme un enroulement ; puis tout à coup, je décolle à mon tour du sol, de par une subtile pression d’un de ses bras, à l’extérieur du mien, mettant profit un  déséquilibre passager provoqué, ; je résiste alors,  selon ce que qui m’a été enseigné, en baissant sur le jambes en vidant ma poitrine, et en ouvrant davantage la zone lombaire ;  mon coude se trouve alors pris  dans un étau duquel je n’ai pas la capacité de me sortir ; je dois demander grâce en frappant sur ses cuisses du plat de la main pour qu’il cesse sa prise, les ligaments de mon coude commençant à craquer  sinistrement sans pour autant que cela ait eu l’air de l’émouvoir  …je crois que je suis passé très prés d’un arrachement ligamentaire ; l’avant bras me fera souffrir toute la nuit, douleur dont j’aurai sans doute tout le loisir de me soucier, au vu du tintamarre en préparation. Ce séjour devient  mouvementé …il s’ « articule »  dangereusement …

Nous nous retrouvons tard, en fin de soirée,  les groupes au grand complet,  tout  comme l’autre soir, assis sur des bancs en bois ,au beau milieu d’un foule curieuse et souriante, plutôt âgée, mêlée de  nonnes ,  personnes âgées et autres moines ,  en face de la scène ; nous passons près des baffles en arrivant, ce qui s’avère tout à fait insupportable ; pourtant, une maman s’est installée juste à coté, sur une chaise avec son enfant endormi, semblant ne pas être gênée par cette monstrueuses pollution sonore !!!  La scène est emplie de très nombreux figurants des deux sexes, travestis de tenues criardes  versicolores , masqués,  casqués ,  sautillant, claironnant , combattant, se tuant, ressuscitant,  chantant à tue tète des airs semblent t-il  connus par cœur par l’assistance ; je tremble de fatigue et de froid, devant ce spectacle qui ne retient  ni mon intérêt , ni mon attention, de nombreux repaires culturels nous manquant pour en saisir la probable subtilité .  Mario,  Dominique et moi décidons de nous travestir en ombre chinoise pour nous  éclipser à la française, et aller nous pelotonné dans nos geôles respectives, tout en sachant que la nuit sera longue… et sonore… !!

Jeudi 30 septembre 2010.

Il pleut …l’atmosphère est maussade ;  je tourne le dos à l’auberge ;  le paysage qui s’offre à mes yeux pourrait aussi bien dater de l’antiquité chinoise ;  le temple ancien   en bois situé en face de nos chambres  n’apparait qu’à demi  dans la brume   , le rendant aussi  diaphane et irréel que ceux espérés  dans mes rêves d ‘orient.

Le ruissellement de l’eau sur les feuilles des arbres, puis, par ricochet sur le sol, constitue  le seul bruit ambiant de ce matin calme comme le pays du meme nom   .  Il est tôt … je suis seul……..le moment est propice à la réflexion  ; j’entends par là , à l’introspection, ou ne serait ce pas plutôt le  vagabondage de la pensée sur les actes passés irrémédiables de notre vie, qui conditionneront ceux à venir, après avoir été concoctés dans un présent plus que volatile, au gré de la fuite regrettable et regrettée  des aiguilles de l’horloge du temps ?

Je me dis alors que je vis là, malgré ces avatars organisationnels, des moments inoubliables et exceptionnels, que sans doute bien peu de gens ont la possibilité de vivre ; outre le  multiples paysages  pittoresques que recèle à perte de vue le domaine de ce  temple, outre ces multiples rencontres bigarrées , ces situations cocasses, ce matin chinois  me met en face de celui que j’ai été , que je  suis devenu, m’éloignant de celui que je croyais être ou aurais voulu devenir , tentant vainement d’apercevoir celui que je suis réellement…réellement ?

Ma pensée glisse ainsi insidieusement de la pale liberté du corps par rapport à celle de l’esprit , navigue inconsidérément de  la prégnance des  conditionnements éducatifs et  sociaux qui nous façonnent en nous dénaturant  ,  non sans oblitérer les ornières laissées  par nos  doutes successifs, puis ,  voltigeant  de notre immortelle ferveur aux  changements ,aux  difficiles démarches qu’exige notre conception du bonheur ,  aux conséquences de la raison ou  du plaisir que procure le fait d’être maitre de son temps, j’aboutis à nouveau en une pluvieuse et surprenante réalité….« La vie est un jaillissement d’imprévisibles nouveautés « (Bergson) .

Une jeune femme, ravissante, trempée,   est là, debout, derrière un des arbres de la cour semblant attendre ;

Je ne l’avais pas vue, tant elle a voulu demeurer discrète et effacée   . Elle est demeurée  sous la pluie, stoïquement   . La voyant,  je n’outrepasse pas sa   réserve,  en cela aidé par la barrière du jardin, mais surtout  celle de la langue ; hormis un » ni hao » (bonjour)  conventionnel, auquel elle répond avec encore davantage de retenue, nul autre palabre n’est échangée jusqu’à l’arrivée des chinois ; l’apercevant, ils  vont aussitôt  lui parler non sans me semble t-il, quelque rudesse et quelque familiarité…. en fait il semble qu’elle connaisse les Thénardier. Manu m’expliquera que cette jeune personne, adepte avancée de tai-chi, a appris que celui des  maitres de cette discipline  faisant partie de notre groupe,  se trouvait dans sa région   ; elle est donc venu, dès cinq heures le matin, soit bien avant que  je ne n’apparaisse moi-même, pour solliciter la possibilité d’obtenir une leçon particulière   de sa part ; je ne connais pas beaucoup d’occidentaux qui auraient enduré une telle démarche !! Le cours aura lieu sous nos yeux, pendant notre propre entrainement de Yi chuan, chaque matin jusqu’à notre départ ; l’enchainement abordé est celui que cet expert nous a déjà présenté deux fois, que je trouve irrésistiblement  attractif…mais après l’épisode du Chen cet été en Espagne, je ne trouve ni judicieux, ni plus encore  raisonnable d’accumuler les  nouveaux apprentissages !! (Voir notes de stage de tai chi de Chen aout 2010 Pampelune) . Lors d’une pose, l’expert en question sollicite de ma part l’exécution de mon tai-chi. Manifestement interloqué par cette forme peu connue en Chine , car essentiellement répandue à Taiwan et au Japon, ses sourcils se froncent ; il me fait comprendre qu’il estime que je met trop d’épaule dans mon travail puis exécute lui-même son enchainement, m’indiquant ainsi, comme le font tous les chinois, que seul ce qu’il connait est bon.

8e entrainement avec Wang Shang  Wen   .

Wang Shang wen nous demande ce matin là, de 8h 30 à  environ 11h30, un travail intensif consistant à balayer les techniques déjà visitées ; je sens bien que s’il le pouvait, il s’installerait dans notre tète pour nous aider à apprendre à habiller notre gestuelle d’intention ( Yi ) ; mais tous autant que nous sommes, j’estime sans doute à juste titre que nous sommes trop  attachés à parfaire les formes qui nous sont montrées au détriment d’un travail  de fond que la  barrière non pas du jardin cette fois, mais essentiellement  celle de la  langue nous empêche d’intégrer ; je suis meme persuadé que mes quarante années de pratique frénétique  de katas japonais et de tao chinois compliquent déjà l’approche d’ un apprentissage déjà ardu, de par la prégnance qu’on délaissée  l’intégration  de formes standards et figées ,  la manière d’apprendre ou de vouloir apprendre s’en trouvant ainsi conditionnée…WSW insiste à nouveau sur l’essentiel travail de mucabu ou marche attentive, selon laquelle le rôle des plis de l’aine (cua) s’avèrent  capitaux , puisqu’ils constituent le lien, le joint  entre le tronc et les jambes ; la lenteur autorise ainsi le ressenti de la libération à partir du tronc, de la jambe arrière qui peut ainsi, selon un pas glissé allégé, se poser là ou la situation pugilistique exige qu’elle se pose.

Il explique également que lors de l’avancée du buste il convient de ne pas se pencher trop sur l’avant, tout  en compensant avec un tiré arrière interne de l’axe vertébral, afin de créer un équilibre par une force contraire  implicite. Ce travail transposable dans toutes les techniques du Da Cheng  Chuan, et me semble t-il  des autres arts internes chinois, est une des constantes, qui selon certains, peut être considérée  comme un des fameux secrets évoqués. La base de toute action consiste à bouger à partir de l’intérieur du  buste ; l’esthétique et souvent, l’efficacité de chaque mouvement se base dans la capacité de puiser  le geste au fond du dos. Un dicton chinois, crois je,  dis à cet effet, « si ton geste n’est pas aussi beau que l’immobilité, alors ne bouge pas «  La séance se termine par une longue pratique de tuishou à deux mains, qui me permet, oh chance  ,de travailler près d’une demi-heure durant avec Lian Zhao, le plus jeune des disciples du maitre

Le rideau de ses bras est souple et permanent ; dès que j’essaie de rentrer, en poussant, tirant, ou en désaxant, je me trouve confronté à une barrière en béton, qui poursuit  toutefois sa souple  mobilité investigatrice ;lui n’attaque pas, sans doute selon les consignes du maitre ; je retente de le bousculer, mais me heurte à nouveau à une défense imperméable, d’un niveau tel que je n’en ai jamais vu que chez les deux autres assistants , tout au long de mes 25 années de pratique d’arts internes ; j’ajoute, qu’à chacune de mes attaques ou poussées, il renvoie et rompt le collé  de mains pour me montrer que les diverses techniques de poing sont alors immédiatement transposables, et disponibles, ce qui ne vaut pas pour moi, tant je trouve le passage de l’un à l’autre pour lui  prévisible…, et décourageant !! .

Après un rapide déjeuner au réfectoire du monastère, en contrebas du plus grand des temples , déjeuner au cours duquel Manu semble se lier de sympathie avec quelques moines, nous montons nous allonger sur nos  couches  de béton privatives , lisant ou étendus dans une semi obscurité décidément bruyante , attendant l’heure de l’entrainement de l’après midi.  En redescendant quelque temps plus tard, je trouve, comme à l’accoutumé, les chinois assis dehors, devant l’entrée de l’auberge, autour d’une grand table en bois, occupés à lézarder, buvant du thé ou de la  bière, fumant bien entendu d’abondance, se passant de bras en bras le bébé de Chen Huang po ; chaque jour de nouveaux arrivants viennent leur rendre visite bruyamment, avec le sourire et le verbe haut . Ils  restent ou s’en vont , tous semblant se connaitre de longue date ; le maitre m’invite à se joindre à eux d’un geste de main large et accueillant ; une tentative de dialogue en mandarin  tente difficultueusement  de s’instaurer ; meme si l’absence  provisoire de Manu se fait sentir, je parviens pourtant à échanger quelques bribes avec celui que je considère maintenant  comme un de mes guides ; je comprends, en plusieurs fois, qu’  il me dit qu’il estime que nous faisons  dorénavant partie de ses amis (pengyou) , dans la mesure ou nous sommes venus deux années consécutives de très loin  pour travailler sous sa direction ; je suis bien évidemment profondément touché par cette déclaration, sa chaleur venant  immédiatement cautériser la brulure du  vide béant laissé par l’échec de ma relation avec mon précédent Maitre …mais je  ne peux toutefois  m’empêcher de me sentir gêné, tant le mot employé me semble prématuré et  fort , ne serait ce que de par mon niveau insuffisant, et le peu de temps somme toute, passé avec lui ; Je me dis alors que la portée des mots n’est  peut être pas la meme dans l’empire du milieu,  que l’on y gagne peut être plus vite la confiance d’autrui que dans les républiques de la  gauche de l’empire du milieu  ( si l’on va dans le sens des aiguilles d’une montre.) ?

En chine, il n’existe pas, ou pas cette hiérarchie basée sur les grades (dan, duan) ; la transmission s’effectue plutôt selon une filiation, une cooptation qui permet aux élus, aux cooptés de recevoir l’enseignement d’un maitre selon les différents étapes qui la composent  . La notion de transmission, en Chine,  semble donc davantage s’effectuer «  en famille », par filiation,  que selon la stricte  hiérarchie   basée sur la féodalité et la subordination, caractéristique de l’empire nippon. Ceci n’exclue en rien, comme au Pays du soleil levant, le très grand respect du et  porté au maitre, renforcée toutefois  par un sentiment  davantage filial à son égard qu’obséquieux. Je préfère, pour ma part cette manière d’aborder la transmission, son revers résidant   , au sein de certaines écoles, dans l’incontournable cérémonie du bai shi,  à laquelle j’ai choisi de ne pas participer à Milan, en mai dernier,  avec Wang Fu Lai, estimant qu’une prosternation devant une lignée d’entités et de portraits d’étrangers inconnus ne me paraissait ni sincère, ni  pertinente, surtout sur le sol européen.

La sincérité lisible dans les yeux de Wang Shang Wen  me laisse penser qu’il considère que je  fais au moins partie de ses  élèves, ce qui laisse penser que rien que pour cela, malgré l’atmosphère  carnavalesque ambiante , mon voyages est réussi ; j’entends par là que si un jour, il m’est possible de revenir avec Marc, Patrick et Olivier, il les accueillera, et probablement, les adoptera , ce qui assurera  la continuité » de   ce que je considère comme mon quatrième  enfant… mon petit dojo « Atemi Mont d’or ».

Le chinois  occupant la  chambres voisine, maitres de Tombei chuan s’en va ; les adieux sont lourdement arrosés, ses cris sont plus  appuyés que d’habitude ; je me méfie en allant lui serrer la main, il pourrait m’agresser avec une clé de lever de coude ou  en m’allongeant «  une tord gnole » …. ; Il demande avec insistance à Manu de passer le voir à Pékin, afin qu’il puisse lui produire ce fameux vieux film ou figure Wang xiang zhai ; Manu ne se fait pas prier et promet qu’il honorera cette invitation aussitôt que possible. Je ne m’en sens que super motivé pour l’entrainement,  qui démarre sous l’auvent.

9e entrainement avec Wang Shang  Wen.

Cette session s’avérera, pour ma part parmi les plus importantes,  dans la mesure où il y aborde le chapitre essentiel de l’état d’esprit dans le combat. WSw nous précise que lorsqu’on affronte un adversaire, quel qu’il soit, homme , femme, enfant, animal, vieux, jeune, gros , gras, petit, maigre, , musclé, chétif, malade, en bonne santé, excellent technicien, combattant redoutable ou paralytique en chaise roulante, cul de jatte ou Iron. man,  on doit tout d’abord et avant tout  affronter son état d’esprit, ce avant de raisonner « technique » On affronte donc « l’esprit «, l’intention (Yi)  , la détermination de l’adversaire, qui, au-delà de toutes notions techniques  ,supérieure , ultimes, mortelles ou pas  ,  peut s’avérer déterminante dans l’issue de la confrontation, d’ailleurs physique ou pas ; c’est ainsi que des personne n’ayant jamais pratiqué d’art martial , dans la vie réservées, chétives et peureuses ,  vont parfois, selon certaines circonstances extrêmes, se placer dans un état mental  faisant appel insidieusement à leur instinct animal, susceptible de décupler brusquement  leur force de par l’accès à leur instinct de survie, situé dans le cerveau reptilien ;(voir le film américain , avec Dustin Hoffman, des années 1970, « les chiens de paille »)  C’est dans cette mesure que j’intègre définitivement la notion selon laquelle il s’agit de savoir de quel type  de combat l’on parle , lorsqu’on évoque les «  exercices de combat, libre «   ou le » combat libre » des salles de sport ou d’arts martiaux,  pratique pour lesquelles d’aucuns se déclarent , d’une manière autant arrogante qu’inconsciente, , intouchables  quand ce n’est pas invincibles . Les  japonais parlent,  à propos  de l’état d’esprit qu’évoque  Shang Wen  , celui,  animal,  inhérent à la  «force de la femme dans l’incendie», soit  la capacité innée immanente  d’un être en principe faible, brusquement capable, pour sauver ses enfants du feu, de déplacer des meubles lourds, de défoncer des portes , de les porter tous à la fois, sans ressentir ses propres brulures, sans se soucier du poids qu’ils confèrent, auquel elle n’aurait, en des circonstances normales , pas pu faire face ; les occidentaux nommeront ce phénomène l’énergie du désespoir, les chinois, comme le maitre fondateur du Da Chen Chang, évoqueront ainsi les ténèbres qui imprègnent  le combat,  selon lesquelles l’issue n’en est au grand  jamais dicté d’avance . Les échanges courtois , chevaleresques que nous  avons  au sein de notre association, dictés avant tout par le souci , lors d’un  échange mesuré et conventionnel  avec protections, de préserver l’intégrité physique de nos «  partenaires », n’en font en aucun cas des « adversaires », ce qui fait que lors d’une  vraie rixe à poings nus et à frappe réelle dans la rue ou ailleurs , il existe un immense décalage émotionnel qui entrave, selon un temps d’adaptation le plus  souvent fatal , le déploiement de toutes les capacités techniques , voire internes accumulées tout au long  de milliers d’heures d’entrainement . J’ajoute que le port des protections, finalement rassurant, s’il nous préserve de traumatismes externes probables, nous déconnecte petit à petit du  danger réel que confère un combat à frappe réelle, entravant ainsi notre capacité à atteindre l’ intention de sa propre survie et de la mort de l’autre, seules issues envisageables,  contenues dans le cerveau reptilien ; la promotion de notre néo cortex en tant qu’être pensant, responsable, raisonnable et civilisé , devient alors une entrave, un véritable handicap  à notre efficacité. Je suppose que mon ex -Maitre en était arrivé à des conclusions connexes , hélas pas toujours exprimées avec pédagogie, égard et diplomatie envers des élèves qu’il avait pourtant ainsi formaté,  et auxquels il reprochait , en fin de compte..d’être nuls !!!Un maitre, n’a, en fin de compte, que les élèves qu’il mérite … !!!. A cet effet l’explosivité déployée par WsW et ses sbires ne me donnera, pas plus qu’avec Christian Ribert,  envie de faire du vrai combat avec eux ; si certains déclarent avec assurance vouloir ou pouvoir  essayer, qu’ils s’y frottent, je ne donne  pour ma part pas cher de leur verticalité à long terme.

Ainsi ,ce matin là, Wang Shang  Wen  nous étale  patiemment et passionnément le détail technique de la  frappe vrillée de haut en bas , selon la technique « de Zhai  shui » ; Mario , toujours complaisant, mais pas souvent consulté pour accepter cela à jet continu,  est le récipiendaire de quelques  nouveaux chocs  qui lui talent un peu plus sa poitrine «  velue mineuse »  ; je me trouve à un moment donné à proximité du mur de restaurant, là ou sont empilés des tables en zinc léger pour barbecue ; le maitre de tai chi , placé juste devant moi, reçoit à son tour de la part du maitre en démonstration, un coup sur le poitrine qui a pour effet de le décoller littéralement  du sol, le projetant nettement un à deux mètres en arrière, par bonheur pour lui, mais par malheur pour moi , directement sur mon auguste carcasse ; j’ai ainsi l’impression d’être percuté  par un tapir  au galop,, tant les soixante kilos tout mouillés du chinois me semblent pesants et denses  ; nous nous affalons , lui et moi, déséquilibrés, culs par-dessus tète ,  dans les tables à barbecue dont l’empilement s’effondre dans un  fracas  ferrailleux doublé par les   rires mi figues mi raisins  de l’assistance, surprise par la puissance déployée , ce   jusqu’aux assistants de  Shang Wen  , pourtant accoutumés à ce genre de folklore  .Pour donner ce type de coup, WsW  arbore  parfois un facies inquiétant, quasi simiesque qui le rend plus que dissuasif  .Je suppose pourtant qu’il a retenu son coup, afin de ne pas tuer son ami (PPeeengg …–youuu !!! )  ; je n’ai donc  aucune envie d’éprouver  plusieurs fois de suite ce type de désagrément, lors de joutes dites amicales; le combat réel n’a rien d’amical !!  C’est là un message fort qu’ont voulu nous faire passer les chinois

Avant la confrontation, et sans trop s’attarder en conjectures, analyses et examens trop poussés , il convient instinctivement de percevoir l’état d’esprit de l’adversaire, de regarder attentivement sa taille, ses hanches, de façon à percevoir de quelle manière il compte se mouvoir, et dans quelle direction, avec quel équilibre, mu par quelle respiration, à quelle distance, selon quel type de déplacement , il compte attaquer ou rompre.

La leçon est rude, mais édifiante !!!!

WSw dit à cet effet être immédiatement en mesure de percevoir le niveau d’un élève rien qu’en constatant l’imprégnation de la concentration sur son visage : le rôle de l’intention, du Yi est donc par définition, essentiel !! Toutefois, la volonté d’instiller l’intention dans notre technique et notre gestuelle, ne doit en aucun cas nous amener à adopter volontairement, j’entends d’une manière réfléchie, voulue, décidée, concertée, des mimiques simiesques et grimaçantes, à fabriquer des faciès  se voulant méchants .IL s’agit plutôt de s’entrainer à habiter sa gestuelle en s’imprégnant de celles de nos images  mentales issues d’un inconscient profond qui reflète notre conception du danger, selon les diverses expériences que nous avons eu, ou selon la pire idée que l’on peut s’en faire.  La pratique profonde de l’art martial chinois consiste donc à tendre vers ce type de performance mentale, , qui doit bien entendu être guidée pas à pas par les conseils d’un véritable maitre et  non d’un apprenti sorcier qui butine d’une école ou d’une méthode à l’autre., ou pire, ceux qui se lancent dans l’enseignement de techniques profondes de qi gong , sans préalablement avoir été  longuement initié et dirigés par un maitre .; Il est en tout cas difficile  de ne pas figer cette volonté dans le piège systématique consistant à perfectionner  des formes techniques, qui ne sont , somme toute, que des formes, pas forcement habitées du fond adéquat .Un autre piège consiste à penser que la durée de plages posturales suffit à elle-même pour acquérir un fond irrésistible ; WSW nous précise bien clairement que cela ne sert à rien ,  si ces plages de posture, aussi longues , basses et fréquentes qu’elles soient, ne sont pas sous tendues par une concentration  adéquate ; il me semble à cet effet que Shang Wen ne s’est pas étendu sur la relation avec l’extérieur  par le visuel, évoquée l’an passé , dimension qui me semble receler le plus de difficultés compte tenu de la volatilité de l’esprit..

Il nous précise ensuite , à propos de essais de force, (shi li) qu’il juge également important dans le processus de progression, qu’ils ne doivent en aucun cas être considérés, présentés et abordés comme des technique parmi d’autres , destinées à s’ajouter à d’autres formes techniques . Le shi li (essai de force) porte en lui-même toute la potentialité du combat,  selon une recherche constante de construction, de tissage méticuleux de la force, avec l’imagination de la présence, voire du contact omniprésent de l’adversaire.

Toutes les techniques de combat à proprement parler, comme les coups de poings divers, les parades, les poussées, tirées, sont inclues dans le travail tri ou multidirectionnel des shi li, selon le sempiternel principe de l’ambidextrie , soit la recherche de compensation  directionnelle équilibrante avec un bras par rapport à ce que l’on fait avec l’autre  (tenségrité ) .

L’informalité de l’entrainement à la chinoise permet à chacun de pratiquer selon la charge de travail qu’il sait pouvoir raisonnablement s’imposer, selon son rythme, son âge, ses limites, sa motivation ; ceci amène les adeptes à davantage rechercher la qualité  dans peu d’exercices, plutôt  que dans une somme de répétitions forcenées  à thème imposés,  empreint de rituel, de discipline, de   rigueur, quand ce n’est de dureté et de distance entre enseignants et enseignés,

Ce type de pratique et d’apprentissage  semble à certains laxistes ;   il constitue  pourtant davantage une invitation au voyage qui permet, selon ma compréhension, de fixer les règles du chemin d’une progression future, afin que l’élève, l’adepte en général , avancé ou pas, puisse se dire, « en étant là, à ce point  », je dois faire ceci pour aller là, et atteindre tel objectif » ;

WsW nous affirme ainsi ne pas désirer nous asséner des couches successives de connaissances techniques savantes , mais nous éveiller progressivement pour nous auto enseigner à  gérer nous meme notre pratique, sous réserve que nous admettions bien le fait qu’il ne peut en aucun le faire à notre place, qu’il convient, afin de progresser et de réussir ,de nous prendre en charge,  d’être responsable de l’orientation, de la quantité, tout comme de la qualité de notre pratique ; c’est d’ailleurs dans cette mesure qu’il me semble pertinent d’évoquer le terme de « guide », plus adapté à cette situation que celui de Maitre à la japonaise, notion empreinte d’absolue obéissance à des préceptes et à un cheminement fixe , tendant vers un icône unique., sciemment rendu inaccessible .  Les rails de la voie sont strictement parallèles, selon une exigence technique incontournable ;  mais la voie elle meme sinue selon les méandres divergents  de notre propre vie et des impondérables, qu’aucune méthode ne fera jamais entrer dans un moule.

Si  WsW nous recommande, voire nous éloigne, par ses cours et ses conseils, de pratiquer des exercices de combat libre, il nous pousse à nous tourner vers le travail de tuishou à deux mains, qui selon lui, recèle, sans danger, toute la potentialité du combat réel, en tant qu’application logique et mobile des shi li..

Nous terminons cet entrainement pour  aller diner, cette fois ci dans la grande salle de  restaurant, selon la répartition habituelle des tables, ce qui me fait d’autant plus regretter mon trop faible niveau en mandarin.

Nous regagnons nos chambres rapidement, pour tenter d’y trouver un repos qui ne viendra pas, toujours à cause de la pollution décibélométrique excessive du lieu. Je redescends  pour aller pratiquer  un peu de posture.  Quelques uns  jouent au billard ; d’autre fument en devisant ; d’autres s‘entrainent ; je me joins à eux

Je trouve Dominique en pleurs ; elle est profondément et justement émue du cadeau que  vient de lui  faire  le maitre de taïchi, celui, semble t-il touché par sa ferveur, lui offre un exercice de qi gong  transmis par son propre maitre, consistant en une rotation des mains en boule concomitamment à celle de la taille, dans un sens, puis dans l’autre ; nous nous efforcerons de reproduire, modestement, cet exercice au dojo, en souvenir de cet héritage de l’empire du milieu. Jian  Nan est là, qui me prend en charge pendant plus d’une heure, selon des correctifs, des conseils, des recommandations,  portant sur l’ensemble des points abordés pendant le stage ; lorsque je réclame un peu de mise en situation avec un tuishou à deux mains, il s’exécute avec gentillesse et disponibilité ; mais la différence de niveau est telle , qu’il me fait  plutôt revenir à des exercices solitaires plus simples, par lesquelles il me fait ressentir certaines insuffisances…La leçon est quelque peu décourageante, mais édifiante.

La nuit n’en sera que plus agitée. Le tordeur de coude étant parti ,sur un coup de tète , sans doute,  j’imagine naïvement que l’étage va ainsi bénéficier d’un peu plus de paix, ses gueulements, ses claquements  de porte  et raclements incessants de gorge ayant cessé ; mais il est avantageusement relayé par quatre joueur de Mah Jong, sortis du néant , semblant connaitre tous les membres du groupe, ; ils se sont installés autour d’un table spéciale à quatre mètres de ma chambre,  équipée d’un bac en ferraille , dans laquelle se déversent  bruyamment, jusqu’à un heure avancée de là nuit, les pions , à la fin de chaque tour de jeu

Les coqs et les paons ne manquent pas de reprendre  leur «  sévices  de nuit «  dès trois heures  !!

Les chiens aussi !!

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Vendredi 1- er octobre 2010- Dernier jour au temple

Nous sommes tous épuisés ; meme Manu, de loin le plus jeune d’entre nous, semble affecté par l’accumulation de décalage horaire, d’attentes diverses en station debout, en incertitudes, en entrainements , en mauvais sommeil, sans compter pour lui le constant souci de devoir être présent pour tous et pour tout, organisation,  traduction et sourire compris !! Nous désirons toutefois tous faire  bonne figure à l’entrainement du matin,  après un rapide petit déjeuner au réfectoire du monastère, ou  Manu consolide son contact avec un des prêtres, selon un échange d’adresses courriel.

10e entrainement avec WSW.

Le Maitre a lui aussi l’air fatigué…. !

Comment peut il se reposer au milieu d’un tel concert permanent de bruits variés et ininterrompus ?

Ce matin, là, il entame sa transmission en nous expliquant, debout au milieu de l’auvent jouxtant le réfectoire, entouré de son aréopage d’élèves, que l’art martial chinois ne consiste pas à pratiquer des formes à la recherche d’un état d’esprit, mais au contraire de pratiquer  un état d’esprit au travers de formes.

C’est à ce moment là qu’il évoque, mais sans plus s’étendre, la notion de rapport avec l’extérieur  pendant la pratique longue des postures, selon laquelle chaque point de l’espace devient une cible potentielle qu’il convient d’essayer de fixer, jusqu’à pouvoir l’intégrer en nous, ou nous intégrer nous meme dans le propre environnement de cette cible ;il s’agit alors de parvenir à un état dit second, mais qui est sans doute originel, selon lequel on doit se sentir partie intégrante d’un tout ; c’est dans cette mesure qu’il m’apparait qu’un certain nombre d’outils semblent me manquer, au vu des difficultés de concentration et de la propension à la divagation d’esprit qui m’assaille lors de ma pratique, que je suis pourtant  en mesure de faire durer de plus en plus, avec de plus  en plus de facilité et de bien être. Je fais ici référence au remarquable ouvrage de Mr Michel Chambrette, aux éditions du Chariot d’or, intitulé  «  Art et tradition du travail  interne » ;   cet auteur, adepte émérite  qui nous précédé chez WsW  il y bien des années, ou il a acquis un niveau sans aucun doute respectable, insiste bien, à la fin de son ouvrage, sur cette dimension probablement capitale, ; j’avais également eu l’occasion de l’aborder lors de mon long parcours au sein de ma précédente école ;  mon précédent maitre avait lui aussi plusieurs fois  évoqué cette dimension, mais sans jamais, me semble t-il, en préciser davantage et mieux  la prépondérance, nous laissant ainsi penser que  le travail de posture  comme une lutte contre le temps nos tensions, nos insuffisances , tous alliés  à notre résistance . Ce stakhanovisme de la pratique quantitative frénétique et excessive  reflète  d’ailleurs  bien  la constante quête  d’un résultat  accéléré  dans l’entrainement de cet expert, malgré ce qu’il dénonce dans son remarquable premier ouvrage à propos des excès du karaté japonais, .qui l’ont , au début de son parcours, affaibli.et abimé prématurément. Nous avons hélas été nombreux à en être influencé, et à en subir les dommages collatéraux, ou à ne pas progresser comme WSw nous indique qu’il est  possible de le faire, sans attenter à notre intégrité physique et surtout  mentale. C’est sans doute pourquoi de nombreux adeptes très avancés de son école l’ont quitté,

L’un d’entre eux, parmi ses premiers  et ses plus fidèles élèves, originaire de la Savoie   , avec qui j’entretenais de longue date les meilleurs rapports possibles, m’annonçât un beau jour, sans préavis,  qu’il quittait l’école pour rejoindre le groupe de Michel Chiambretto, dans la région grenobloise ; à la question de savoir pour quelle raison il abandonnait une école internationale et son maitre connu et reconnu pour rallier un club obscur,  il me répondit qu’il avait  trouvé en ce groupe et cette personne dans l’Isère, une nouvelle voie de progression .Selon lui,  les personnes qui le composaient  et le dirigeaient  , avaient acquis un tel niveau, que, me dit il,«  lorsqu’ils touchaient  quelqu’un, la force employée était telle qu’ils étaient en mesure de causer des reculs ou des dégâts  impressionnants chez leur adversaire » ; à l’époque j’avais je me rappelle ,  souri , incrédule et surtout  déçu de perdre un bon frère de dojo de plus ; j’avoue ,  de surcroit, m’être  demandé s’il n’avait pas été happé par une secte ou une équipe d’illuminés  ; la vie est ainsi faite, que  mon propre cheminement m’a  finalement conduit à pratiquer avec le maitre chinois  qui a forgé ce même groupe de Grenoble ; je vois bien aujourd’hui  que les propos de mon savoyard n’étaient sans doute en rien usurpés, et comprends que son niveau avait sans aucun doute quelque temps d’avance sur le mien, trop cristallisé que j’étais sur les seules parole de celui que j’avais arbitrairement élu comme mon maitre..

En cette matinée, l’ entraînement comporte de nombreuses recommandations, propagées selon des ateliers libres ou chacun semble pouvoir retravailler ce qu’il désire approfondir

WSw nous fait toutefois découvrir une technique d’approche de l’adversaire consistant, sur une position basse,  bras presque tendus de par et d’autres de la  tête, mains ouvertes, à protéger le visage et à s’approcher ainsi , soit en ligne, soit avec le déplacement en triangle (musabu ) ; il s’agit de ne  pas bouger les bras, et surtout de rester très attentif sur le centre de l’adversaire ; la position des bras, relié au centre du dos, permet d’initier très rapidement des parades, blocages multidirectionnels enveloppants, pouvant déboucher sur un tui shou à une main, ou meme à deux ; il m’a toutefois semblé que cette technique d’approche comportait un point faible, selon lequel le ventre et les parties génitales n’étaient pas protégées ; il me semble que les jambes doivent en ce cas être utilisées pour dévier les attaques de pied.

Aujourd’hui est le jour de la fête nationale en Chine ; tout le pays est en congé, pour une semaine ce que nous allons apprendre, à nos dépends, une fois arrivés à Pékin le lendemain… !

Pour l’heure, le site du temple est rendu encore plus bruyant qu’à l’accoutumé, de par les nombreuses grappes humaines  en goguette venus le visiter ; les chinois adorent visiter leur pays ; de très nombreuses personnes de passage sur le sentier menant au dernier édifice religieux du site, situé au dessus  de l’auberge, attirés par notre groupe, viennent  aux nouvelles afin de vérifier de ce que nous faisons ;  se rendant compte qu’il s’agit d’un cours d’art martial, certains s’installent carrément au sein du  groupe, nous bousculant  parfois  afin de se trouver aux avants postes d’observation, s’essayant à une posture,  un coups de poing, un déplacement, partant en rigolant haut et et fort, ou allant s’asseoir afin d’en savoir plus ; cette attitude qui aurait été jugée irrévencieuse et irrespectueuse dans un dojo, ne semble en Chine avoir aucun impact ni sur les enseignants, ni sur les enseignés. Ce matin là, WSw nous indique que le «  chuan fa »( ‘ensemble des techniques de poing)  doit également se travailler selon des plans de frappe qui diffèrent selon la technique que l’on emploie .

Ainsi, le pouce doit être placé replié  sur la première phalange lors de l’exécution du coup de poing droit, selon le principe de « tenir l’oisillon », soit sans trope serrer les doigts sur la paume

Ainsi, ce sont les phalanges qui percutent los de l’exécution des coups de poing remontant

Ainsi, c’est le marteau du poing qui percute lors de l’exécution du coup de poing circulaire.

Nous nous entrainons tous à ces formes, en nous méfiant du désir qu’ont ces chinois de toujours  vouloir nous montrer avec fierté leur puissance de feu, d’abord rassurants quant à leur désir annoncé de contrôle, puis fiers comme Artaban quand d’il nous ont froissé une côtelette, tordu un coude, ou aplati un mamelon ;

Fort heureusement, Mario, colosse érodé ( et non de Rhodes,), sert  à tout coup de réceptacle systématique à leur démo, ce  que je trouve très confortable ; il faudra que je m’arrange pour repartir avec lui lors de prochains voyages … !!! . Nous abordons ensuite, selon le déplacement circulaire de Pakua, la première paume, dont l’exécution sur un pas tournant rapide , consiste , selon une élégante circonvolution du bras  à partir du dos, à se dégager d’une saisie au poignet, puis  d’utiliser dans la continuité,  la percussion de l’épaule pour bousculer le centre de l’adversaire, le tout en restant dans une mobilité résolument circulaire ; j’avoue avoir toutes les difficulté du monde à intégrer ce type de travail pourtant similaire à celui des dragons intérieurs et extérieurs, adaptés de l’énergétique traditionnelle chinoise par le responsable technique de ma précédente école ; WSW , mais aussi Manu se montrent pourtant très présents pour nous aider dans cette tache, dont l’approche demeurera pour moi un échec  ; je me garderai en tout cas  bien de transmettre quoique cela soit à cet effet ,  ne maitrisant rien en l’occurrence. Nous terminons cet agréable entrainement par un travail plus libre, destiné à intégrer , selon notre propre créativité, sur déplacements linéaires, avant, arrière, ou circulaires  toutes les techniques d’essai de force,  ou de techniques de poing, (chuan fa) abordées, avec ou sans explosivité ; il me semble être de plus en plus à l’aise dans ce travail  ce que semble confirmer WsW , pour chacun d’entre nous,  par l’intermédiaire de Manu  .

Le repas de midi sent les très  prochaines séparations ; bon an, mal an, les  groupe  se sont rapprochés, malgré la barrière de la langue, des tables, des cultures et des comportements  ; il me semble que ces chinois ont tous été séduits, malgré la différence de niveau, par notre volonté à tous  d « ’apprendre », à  notre ouverture à leur conseils, à notre désir de mettre à profit leur présence, quoiqu’en coute ce voyage et ce séjour en fatigue et en inconfort, qu’ils ont contribué à péjorer . Les échanges de cul secs à la bière,et à la gnole spéciale Thénardier  d’accolades, de mains serrées, de regards appuyés  d’échanges de cartes, de  téléphone et d’adresse courriels, de compliment sur  les blocs notes de chacun s’entrecroisent et se multiplient. Le maitre de tai-chi, avec la grande douceur et la grand gentillesse qui semble le caractériser, m’offre un belle calligraphie indéchiffrable, meme pour Manu, malheureusement pas exploitable du fait de la présence des carreaux de mon cahier ; chacun des assistants indique ses coordonnées personnelles ;  je me promets bien de leur adresser individuellement des photos,  d’établir une communication permanente, en attendant, peut être un prochain voyage

Nous montons tenter de nous reposer un moment, au milieu d’un bruit plus que jamais présent, compte tenu de l’arrivée de nombreux convives et joueurs de carte dans le restaurant, de davantage de joueurs de Mah Jong, et d’une recrudescence de sons dits «  musicaux » émanant du mini Opéra de Pékin ..

11e entrainement avec WSW

Nous avons commencé   , en lieu et place d’une sieste maintenant considérée comme l’«  inaccessible étoile » , à boucler nos bagages. Mon sentiment est mitigé ; je me sens à la fois triste de partir, de par mon bien etre intellectuel en  cet endroit exceptionnel  de Chine quasi médiévale, mais également ravi de quitter ce même endroit de par mon sens de l’hygiène et de la civilisation totalement attentés.

Nous retrouvons les chinois pour un dernier entrainement, qui sera le plus long

La pluie a cessé ; mais le sol, demeuré glissant, ne nous permet pas de pratiquer au meme endroit que d’habitude ;de plus les cohortes de badauds hilares semblant grossir d’heure en heure , finissant tout de meme par contrarier le maitre, nous décidons de pratiquer en plein air, un peu plus haut sur le sentier, sur un terre plein à droite, non sans avoir délogé les sept coqs restants, ainsi que  le troupeau de canards dont les survivants  se tiennent  maintenant  à distance, au vu des affaires pour l’instant florissante du restaurant .  Nous passons un grand moment à dégager du sol ceux des plus gros cailloux qui seraient susceptibles de nous gêner.

WSw  et ses assistants ont disposé la table en bois, les tabourets empilables, le the et le bol afin de toujours pouvoir se sentir à l’aise, selon la tradition des entrainements à la chinoise. La pratique de l’après midi est en fait totalement  libre ; WSw parait s’en désintéresser, mais  il semble qu’au contraire, installé à cheval sur son tabouret, les yeux un peu plus plissés qu’à l’accoutumé, cigarette à l’encoignure de lèvres, il nous observe attentivement. Ayant été rassuré à propos de certaines  formes, mais de formes seulement,  je décide de tenter de rendre mon pas circulaire et ma première paume un peu moins coincés  entre le nul et le néant ; WWW m’encourage de la  voix et du geste, se levant de temps pour m’accompagner ; ce qu’il fait parait être de la plus haute simplicité ;

ce que je tente de reproduire me semble gauche, lourdaud et maladroit, comme les canards qui se dandinant un peu plus plus loin,  car sans pas suffisamment sous  tendus  par l’état  d’esprit adéquat

Le manque de formation des bases du Pakua me parait évident.

Les autres membres du groupe semblent fatigués ; ils  rejoignent  épisodiquement  les chinois sur les tabourets., Dominique et moi, persistons dans notre travail, malgré la fatigue, emportés par la passion et la perspective du contact très , trop prochainement coupé ,  enclenchant  ensuite sur des improvisations libres en enchainement de toutes celles des formes visitées lors des vingt premières heures d’entrainement,  tachant mais difficultueusement, de le sous tendre selon une fond présent  lâchant un peu de « vapeur » afin de créer un son ;

WSw en profite pour nous montrer que divers types de sons  peuvent émaner du buste, selon la hauteur ou on va les solliciter ; il recommande d’aller chercher le son du bas, celui à la hâteur de tan tian

Chacun de ses assistants est pour la dernière fois invité à présenter son travail personnel, que le maitre ne manque pas d’apprécier selon des conseils omniprésents, sans hélas qu’il me soit toujours possible de comprendre le sens des critiques ou de louanges, s’il y en eut.

WsW nous invite ensuite à nous assoir, alors que le crépuscule pointe ses premières  annonce de  fin de la journée ;  Il met ainsi fin à l’entrainement et au stage,  nous précisant qu’il se déclare fort satisfait des progrès de tous, enregistrés tout au long de cette semaine ; il m’aurait importé de savoir comment il considérait mon évolution depuis le stage de l’an passé ….; mais n’ayant pas abordé ce sujet, je juge inopportun de le questionner ; il offre une magnifique calligraphie à Manu, nous en confira une seconde relative au Da Chen chuan (boxe du grand accomplissement )  destinée aux Ribert  de Calam, puis m’offre très gentiment, au nom du groupe, une service à thé en porcelaine  à propos duquel, meme s’il me fait plaisir, je me demande comment il va m’être possible de le caser dans ma valise !.

Un dernier diner fraternel, malgré la séparation des tables, nous réunit, avec forces libations, » gan bei » et verres  de bière et de gnole corsée auxquels je ne touche pas , afin de ne  pas rajouter de nouveaux désagréments à ma fatigue  …Nous montons dans nos chambres pour tenter d’y trouver un peu de repo a, malgré le tournoi inter province de Mah Jong , dont la multiplication des participants campe devant notre porte, monopolisant les toilettes  et ce qui reste  d’accessible du seul lavabo de l’étage ; comme nous mangeons à peu près deux poulets par jour à nous tous, j’estime, en observant la trop lente décrue du volume  de leur égosillements frénétiques  comme on compte les moutons pour s’endormir, qu’il nous faudrait ainsi rester environ huit jours pour obtenir le silence, soit encore quatre jours comme ce ceux là pour obtenir le silence , ….tout compte fait , le départ programmé le lendemain s’avère être une bonne chose !

Samedi 2 octobre –retour à Pékin

Nous  nous retrouvons tous devant l’auberge, tôt le matin, bagages bouclés, prêts au départ.

Tous les chinois sont là ; j’ignore si tous partent aussi, ou s’ils comptent encore rester quelque jours avec le maître ; tous, en tout cas, nous accompagnent à pied, solidaires,  empruntant le sentier caillouteux qui serpente à travers les divers bâtiments du temple, jusqu’au parking du bas ou nous attend notre mini bus.

Su le chemin, j’ai la chance de me trouver aux cotés de Wsw, avec qui je me lance dans un dialogue.

J’ignore si c’est l’émotion qui me pousse ou me transcende, mais  lors de ces cinq minutes passées à marcher de concert, nous parvenons à établir un dialogue en mandarin au cours duquel il me fait à nouveau  comprendre qu’il nous considère comme des amis, que nous avons bien travaillé , qu’il nous en remercie ; nous évoquons ensuite son improbable venue  en France, qu’il décline très fermement , me rappelant qu’il trouve cela trop long, et que , de toutes façon ,  il a horreur des voyages en avion ; nous évoquons ensuite la possibilité de faire venir Jian Nan, ce à quoi il ne semble pas opposé, ; il me recommande voir directement avec l’intéressé, ce que je ferai dans la mini bus, pour en arriver à la conclusion selon laquelle   sa venue ne pouvant sans doute s’inscrire que dans le courant d’un été : il sera sans doute difficile de réunir suffisamment d’adeptes pour couvrir les frais inhérents à son voyage et à son séjour. Nous chargeons, après une longue séance photos, nos bagages dans le minibus.  Les adieux sont réellement émouvants ; cette année, les accolades remplacent les poignées de main de l’an passé ; tous les chinois semblent, comme nous émus ; nous nous promettons  de nous écrire et de revenir l’an prochain, ce que j’ai bien l’intention de faire.

Notre avion pour Pékin , soigneusement retenu dès notre arrivée à Hangzhou afin de ne pas avoir à subir les affres d’une seconde vingtaine d’heures de train de nuit, est  prévu vers 15 h  dans la meme ville ; nous avons à peu près deux heures de  route , et par conséquent du temps devant nous ; afin de nous faire plaisir, Jian Nan, qui nous accompagne, a prévu de nous faire visiter un temple, bouddhiste cette fois , perché au sommet d’une petite  colline, en plein cœur de la campagne environnante . .La visite est intéressante ; je suis frappé par l’alignement d’énormes statues représentant les huit immortels, correspondant à nos douze apôtres ;  les faciès béats de ces personnages semblent entrer en contradiction avec l’endroit sinistre ou ils sont visibles, au fond d’un sentier, sous  un pan de roche d’où s’écoulent sur leur tète des milliers de gouttelette d’eau ; un énorme Bouddha en  pierre garde l’entrée d’un étang contenu dans un bassin de pierre antique sur lequel nagent paisiblement quelques cygnes blasés ; à l’intérieur du temple mal entretenu, il nous est possible de découvrir plusieurs endroits bucoliques de la Chine d’antan, dont un petit pont en pierre sculptée, enjambant une marre remplie d’ides rougeâtres ou d’énormes carpes blanches frétillantes et familières.

A la sortie, les gardiens ont toléré l’installation d’un mendiant, installé sur une natte ; il  recueille de notre  part quelques yuans qui provoquent un sourire édenté et un discours fourni et passionné   . Nous parvenons joindre l’aéroport largement à temps ; nous quittons là Jian nan, apparemment pressé d’en finir, et Ji’an notre chauffeur, et nous trouvons face à notre sort….. Nos mésaventures  continuent… !!

Nous sommes tous pressés de rallier Pékin et un hôtel correct ; nous n’avons pas mangé depuis le matin ; la fatigue est là, sur laquelle s’est rajoutée celle de l’entrainement ;  une fois mal installés dans l’avion, puisque nos six places jouxtent l’accès aux toilettes en queue  d’appareil , nous inaugurons ce vol que nous croyions salvateur,  par deux longues  heures d’attente inexpliquées, au cours desquelles les quelques cent passagers  chinois de l’appareil viendront se relayeront pour venir faire leur besoins dans les toilettes voisines , nous piétinant ,  nous étouffant en faisant a la queue, s’agglutinant  par grappes  compactes et concurrente,  afin de pouvoir s’assumer le plus rapidement possible ; certains vont jusqu’à s’asseoir sur les accoudoirs de ceux de nos sièges en prise directe sur l’allée , nous collant leur postérieur sous le nez , nous écrasant les mains, heurtant nos tètes, de leur coudes , de leurs hanches, pétant, rotant, sans que cela semble les déranger le moins du  monde , rendant toute  lecture et toutes communication impossible  . Les portières des deux WC s’ouvrent, puis se ferment sans arrêt dans un claquement sec, laissant exhaler à peu près la meme odeur que celle  du train ;  le vol jusqu’à Pékin est semblable, la procession étant ininterrompue ; je soupçonne meme certains chinois d’être passé plusieurs fois, se télescopant avec les hôtesses et le steward à contre sens,  qui tentent de nous  servir un mauvais repas, que nous dévorons toutefois d’importance, n’ayant rien absorbé  depuis le petit matin .Nous arrivons en fin de  journée à Pékin, à nouveau épuisés et énervés.

Manu nous fait ensuite prendre la navette urbaine qui relie immédiatement le centre  ville, ou nous sautons dans des taxis en direction nôtre hôtel, nous donnant rendez vous à un carrefour proche.

L’arrivée des deux voitures n’est pas très synchro, et la moitié du groupe doit de ce fait, patienter assez longtemps avant de retrouver l’autre, non sans inquiétude, car  en pleine circulation urbaine, avant de rallier, enfin notre hôtel .Celui-ci est situé dans les » hu tong », soit les petites ruelles étroites  typiques de Pékin, selon le principe de ces fameuses demeures à cour  centrale carrées, dont beaucoup trop ont été rasées  afin de  faire place à des immeubles, mais  qui sont maintenant très recherchées par les gens aisés ; notre hôtel a justement été aménagé autour d’une de ces cours carrées, il s’agit d’un havre de paix et de verdure, serti au cœur  de la circulation, selon un patio verdoyant desservant une vingtaine de chambre à deux lits ;  les toits sont  aménagés en terrasses, plantées de nombreux arbustes et plantes en  pots ; de là, il est possible de dominer d’autres cours carrées, d’autres maisons , parfois plus basses, permettant ainsi d’avoir une perspective sur d’antiques toits au tuiles grises , décorées aux encoignures par des dragons ou des oiseaux divers. L’accueil est familial, souriant ; nous sommes  attendus et accueillis comme si nous faisions parité de la famille ( Jia) ; nous nous répartissons par deux dans les chambres, toujours selon le meme ordonnancement ;

Mario et Dom ont droit à une vaste  chambre nuptiale dont le lit s’avérera malheureusement trop court pour Mario , m’obligeant à dormir de guingois ; Manu et moi bénéficions d’une chambre petite, mais au sanitaire cette fois on ne peut plus correct ; nous en profitons immédiatement pour recouper quelques forces, avant de nous doucher,  changer, prévenir Maitre LI de notre arrivée, et tous nous rendre à pied  dans un proche restaurant spécialisé en Kaoya (canard laquée . Nous avons rendez vous le lendemain en début d’après midi, avec Maitre Li, à l’hôtel   . Le restaurant dans lequel nous nous rendons est immense, composé de plusieurs  salles à ciel ouvert, pleines à rabord de dineurs bruyants, souvent en famille ; le temps, très clément, a fait que beaucoup sont sortis, désireux de profiter des derniers bienfaits d’une agréable fin de saison

Le service est lent et maladroit, ce qui est rare en Chine, ou l’on considère qu’il faut déployer deux serveuses pour dix personnes ;  mais le canard est absolument délicieux, sa découpe devant les convives constituant un spectacle en tant que tel  .Des artistes divers  agrémentent le diner de leur  chants, de leur danse ou de leurs  tours de magie, rendant l’atmosphère impropre aux échanges et à la conversation.

Nous rentrons tous  épuisés, mais heureux de la  perspective d’une nuit complète, calme et civilise, éloignée de tout bestiaire volubile et tintamarresque..

Dimanche 3 octobre 2010.

Rencontre avec Maitre Li Jian Liu

Nous nous levons beaucoup plus tard que d’habitude, après notre première nuit de vrai repos  dans un vraie chambre, dans un endroit enfin silencieux…enfin, tous, sauf Mario qui a du s’étendre en travers de son lit trop petit pour tenter de trouver le sommeil. Nous avons du temps devant nous ; après un petit déjeuner européen (cela change de la tambouille aux pates … !). servi avec une certaine lenteur  par les membres de la famille propriétaire de l’hôtel, mais non sans une grande prévenance.

Nous  décidons de partir tous ensemble pour tenter de trouver une banque, et y changer  de l’argent, Manu

devant   prévoir, entre autres, de payer l’hôtel, assurer les frais de repas jusqu’ à notre  départ, et surtout de régler Maitre Li ;  c’est ainsi que nous apprenons avec stupeur que les banques seront fermées toute la semaine, tout le pays s’étant mis en congé au titre de la fête nationale ; nous errerons ainsi beaucoup de temps à la recherche d’un agence bancaire ouverte, que nous ne trouverons d’ailleurs  que l’avant dernier  jour.

Cela n’arrange aucun d’entre nous, chacun n’ayant  changé à notre arrivée à Pékin, le 23 septembre, qu’un minimum, sachant que nous nous n’aurions besoin de peu  dans le Chantoung, et que nous reviendrions dans la capitale pour y faire du shopping.  Nous nous arrêtons dans plusieurs boutiques de fringues afin de profiter, sans savoir que nous allions le faire,  de larges soldes sur des prix déjà très abordables de par  notre taux de conversion de l’euro ; un sympathique déjeuner dans une avenue  dédiée aux restaurants, nous permet à nouveau de déguster de nouvelles spécialités sous forme de boulettes de  poulet à la sauce piquante, non sans que notre  repas  soit littéralement pourri par deux infects marmots qui se courent sans cesse après dans tout le restaurant,  en hurlant et en montant sur les tables, le tout en complète impunité des parents, rendant toutes conversation impossible . Nous retournons à l’hôtel ; en marchant dans les rues, il m’est possible d’établir une comparaison favorable d’avec Shanghai ; s’il y toujours autant de monde  , l’allure des gens ne semble pas aussi pressée et stressée, mais plus asiatique, moins occidentale ; les avenues sont plus larges, il y encore beaucoup de maisons  à un ou deux étages, plus typiquement chinoises, beaucoup de petites ruelles typiques avec de petites boutiques (hu tong) ,y sont  tenues par de petits commerçants  besogneux et bruyants au fond de leurs échoppes bigarrées ;  nous avons un petit moment disponible pour siester, lire , ou  déposer nos notes,  ou jouer dans le patio avec le lapin blanc en liberté, mascotte familière de l’hôtel.

Maitre Li s’annonce sur le coup des 15 heures comme il l’avait prévu, par un cri de stentor, dès l’ouverture du battant de la porte, selon un  «  fa li » (explosion de force) traditionnel qui surprend, pour ne pas dire terrorise les filles du propriétaire. Il est accompagné d’une de ses élèves, la cinquantaine en bonne santé, médecin, attentionnée, presque maternelle avec la maitre ; celui-ci  investit  immédiatement les lieux de par son immense personnalité, malgré sa taille minuscule. Nous asseyons tous confortablement autour d’une des tables du jardin, et commandons thé et boissons  . Il ne m’appartient pas de présenter Maitre Li , Emmanuel Agletiner, son élève direct l’ayant déjà fait d’une manière beaucoup plus complète et documentée que je ne pourrais jamais  le faire, sur son blog  «   Guangxue blogspot.com ».

Maitre Li, entre  autres informations  le concernant   appartient à l’ethnie Hué, soit une des peuplades musulmanes  qui peuplent certaines provinces  de la Chine ; il a quatre vingt sept ans, précisément l’âge de mon père ; il nous explique d’entrée qu’il vient juste de perdre sa Maman, âgée  de …111 ans !! Il est un témoignage vivant du dernier siècle chinois,  puisqu’il a connu ce pays avant , pendant et après Mao, vestige parlant des énormes bouleversements et changements qui caractérisent ce pays depuis  60 ans ;   il est de très petite taille, aussi large que haut, très râblé et très puissant ; gravement blessé au genou lors d’un accident de la circulation à bicyclette en ville,  il claudique d’importance, et éprouve le besoin d’être assis ; il se soigne lui-même ; il  toujours vêtu de la  meme manière, d’un veste trois quart sombre et d’une chéchia noire à parements  dorés  qui semble greffée à sa tète ; il est venu avec un grand sac à la main portée par son assistante,  rempli d’albums photos dont certaines très anciennes, qu’il met un point d’honneur à nous   produire  avec force commentaires   dans un anglais approximatif, qui nous permet en tout cas mieux de le  mieux comprendre que s’il parlait mandarin, ce qui soulage un peu Manu ; ainsi ,  page après page, avec force  détails  retraçant sa longue carrière d’artiste martial  , en tant qu’ élève du fondateur du Da Cheng chuan   Wang Xiang zhai, dont il  est le dernier disciple vivant,  , puis en tant qu’enseignant  il se délecte ainsi  à nous montrer de quoi fut jalonné son riche parcours, et les gens qu’il lui ait donné de rencontrer ; sur les photos, il m’est possible d’y reconnaitre des délégations étrangères composées de gens que j’ai moi-même eu l’occasion de rencontrer ;  ainsi,  Jean Luc Lesueur, Kenji Tokitsu, ou  Shigeru Uemura,  personnage  qu’il ne semble particulièrement pas porter dans son cœur, comme tous les japonais en général  , ce qu’il nous expose , selon moult  exemples historiques documentés,  au travers d’une  longue et violente diatribe à l’encontre de ce peuple qu’il juge, comme beaucoup de chinois nous précise t-il,  invasif, dominateur, agressif,  cruel et guerrier

Maitre Li semble soucieux de nous faire savoir qu’il est célèbre en Chine pour trois raisons ;

Tout d’abord, il est universellement connu et reconnu en tant que Maitre d’arts martiaux ; ensuite, il est célèbre également de par ses qualités de calligraphes ; pour exemple, la moindre de ses œuvres  est maintenait cotée près de 2000 €  ; il en a vendu dans le monde entier, et principalement au gouvernement chinois qui en a décoré certains de  se édifices publics ; ensuite, il est connu pour avoir la capacité de soigner, voire de guérir les gens, ce dont il semble le plus fier ; cet homme est simple, direct ; il nous invite à pratiquer un peu posture, mais ne désirant pas diriger l’entrainement sur le toit de  l’hôtel, peu désireux non plus de ressortir pour aller dans un  parc en ville, ni de rester dans le patio,  il décide  de diriger son premier cours dans le couloir des chambres de l’hôtel ;  Le déploiement technique qu’il nous propose est davantage orienté vers le Qi gong Yang Chen

( prendre soin de soi ) , les postures et la manière la plus détendue de les  pratiquer ; nous étudions ainsi sous sa direction 7 postures différents, de la plus simple avec les bras ballants, de la pluies ardue avec les mains en l’air, comme pour un holà up ;  il nous explique qu’une bonne posture, quelle qu’elle soit, est nécessaire pour une bonne sortie de force (fa li) ; pour illustrer son propos, il pousse encore quelques cris retentissants et inattendus,  ce qui a pour effet de faire sortir de leur chambre quelques clients médusés, prêt à protester, mais finalement radoucis quand ils se rendent compte qu’il s’git là d’un cours  d’arts martiaux. Je dois dire que chaque cri poussé à pour effet non seulement de nous surprendre, mais d’éveiller au fond de chacun d’entre nous de profondes et surprenantes vibrations ;  il agrémente une de ses sorties de force par un maitre coup de pied dans le tibia du pauvre Mario, qui n’ a pourtant rien fait  de particulier que d’être plus costaud que les autres ; le bleu enregistré sur sa jambe viendra ainsi compléter une panoplie de camaïeux de violet et de bruns qui , comme vous le savez, émaillent déjà sa poitrine  , selon l’ensemble de l’œuvre de Wang Shang Wen  ; les deux maitres seront t-ils donné le mot, ?...Je précise que Maitre Li portait au moment du coup de pied de grosses chaussures  en cuir bien dures !!

Lors des entrainement – forums, , ou chacun est invité à poser des questions, la langue anglaise étant la plus utilisée, Maitre Li se montre disponible, disert, et semble t-il avide de nous  transmettre le plus possible de choses, des techniques, des faits  historiques ou des anecdotes. IL ne cherche pas à apposer à ce  débat, ou à insinuer avec ses réponses, la sous tension d’une hiérarchie, d’une subordination  quelquonque   , malgré sa célébrité ; il me fait penser à un grand père et ses petits enfants, empreint d’indulgence et de compassion, ce qui nous encourage à tenter de nous rapprocher de lui  par nos questions  .

L’essentiel de ses  propos au demeurant , très fournis, me semble résider dans le fait qu’il nous martèle , à plusieurs reprises, que la pratique du Da Cheng chuan consiste , d’abord et avant tout, à  passer par celle, scrupuleuse et assidue du Yang Cheng , soit la capacité de prendre soin de soi, afin d’acquérir et  maitriser un corps sain, ; ce n’est qu’une fois que ce résultat est atteint, puis entretenu par une pratique quotidienne de la posture, qu’il est, selon lui, envisageable d’aborder la pratique selon ses objectifs martiaux .

Il évoque, la recherche du retour « au ciel antérieur, soit l’état de d’abandon propre au nourrisson, tel que nous l’avons tous connu avant d’apprendre à conscientiser nos actes et notre vie ; il s’agit, selon lui, de tendre vers l’acquisition d’une détente maximale conférée  par la pratique régulière d’une pratique au maximum simplifiée, basée sur le travail postural, les déplacements lents et les essais de force, soit  selon un langage en de nombreux points connexes à celui de Wang Shang Wen.

Maitre Li essaie de nous convaincre que la pratique du combat ne peut être, sur le long terme,  que nocive à la santé ;  qu’à partir d’un certain âge, il convient de ne se consacrer qu’à la pratique de la recherche de santé

Il ne nous a pas été possible de  poser clairement la question, en des termes pou lui accessibles, et ainsi pouvoir obtenir une réponse claire, la barrière linguistiques aidant, à propos de quel type combat maitre Li parlait ; s’agit il de la pratique sportive du combat libre, ou plus simplement de la pratique de la partie combat du Da Chen chuan ? Cette opinion n’est elle pas  émise  par une personne essayant, en fin de parcours, de préserver sa santé, donc peu encline à pratiquer des exercices pour lui devenus fatigants, voire  violents, susceptibles d’attenter à son reste d’intégrité physique ? Par ailleurs de quelle « santé »  voulu parler Maitre Li ? Entends t-il par là que certaines  pratiques, meme conduites sérieusement  sur le long terme, recèlent un danger potentielle pour le corps, ou s’agit plus simplement de danger articulaire, touchant l’arthrose et l’usure de notre matériel cartilagineux ?  Ces propos, combat et santé, ne sont t’ils pas tenus par une personne vieillissante, peut être moins à meme de démontrer  son efficacité,  comte tenu de son âge et de son très regrettable accident au genou ? j’ignore si ces réflexions sont fondées ; il n’en resta pas moins vrai que cette personne semble encore posséder , à 87 ans, une force hors du commun, et un puissance qui transparait lorsqu’il adopte une posture, notamment celle de « tenir le tigre », qu’il effectue avec un brio surprenant, ce  malgré son problème ligamentaire ghinnocial. Les cris qu’il pousse,  les quelques coups qu’il porte encore, toujours au meme Mario, attestent en tout cas d’une puissance hors du commun, qui laisse penser ce que devait être celle qu’il eut, lors de l’époque de la  pleine possession de sa  mobilité.

Nous terminons cette journée , après son départ, par une excursion au tour d’un des grands lacs intérieurs  à la ville de Pékin, bordé d’allée bourrées de gens baguenaudant en famille, à pied, à bicyclette  ou en canot, à rame ou à moteur, mangeant, buvant, fumant, flânant  ca et là au gré des multiples d’échoppes pour touriste, dans lesquelles les chinois aiment également  marchander et  acheter ; sur une des  places pleine à craquer de monde, un vieil homme  souriant gagne sa vie en traçant sur le bitume, à l’aide d’une éponge mouillée encastrée au bout d’un bâton,  des merveilles de  caractères anciens,  qui s’effacent à mon gout  trop rapidement, la douceur atmosphérique surprenante séchant à toute  allure chacune de ses œuvres calligraphiques  uniques et éphémères . Un bon diner dans un nouveau restaurant  principalement occupé  par de très jeunes gens volubiles , nous amène à déguster des écrevisses à la sauce piquante ; l’attente est un peu longue ; il convient de les décortiquer avec les doigts, en se brulant d’importance le bout des phalanges  ; leur assaisonnement est si intense que la bouche et  les lèvres en sont comme anesthésiés ; de plus , ils s’avèrent atrocement glissants :  mon  premier écrevisse , ripant subrepticement entre mes doigts ébouillantés,  finit à terre ;  le second sur les genoux de Mario , le troisième , de guerre lasse, directement dans l’assiette de M anu, plus patient et moins maladroit. Je me sustente  avec le riz blanc  à la vapeur, dont je me délecte. Nous regagnons notre charmant hôtel,  bercé  par l’assurance d’une bonne nuit de sommeil, et peut être… une  grasse matinée…

Lundi 4 octobre 2010.

Nous avons une chance exceptionnelle : le temps est toujours clément et ensoleillé.

Il y a encore un peu de vent, mais le ciel de Pékin est magnifique, et l’attraction de l’exotisme extérieur irrésistible. J’ai le loisir de m’en rendre compte dès le petit matin, puisque le décalage horaire poursuit son effet…réveillé vers cinq heures,  debout vers sept heures, je rencontre Jean- Claude et Patrick sur la terrasse, occupés à leurs exercices de posture qu’ils effectuent chaque jour avec courage , sérieux et régularité, malgré la fatigue, ce qui n’est hélas , pas toujours mon cas !!  Je crois meme savoir que Jean- Claude agrémente ses séances par d’autres exercices complémentaires,  tels le mouvement régénérateur, qu’il me recommande vivement,  auquel je me promets de m’intéresser aussitôt que possible. Maitre Li arrive immédiatement après le petit déjeuner, vers les neuf  heures, toujours en s’annonçant d’une  manière tonitruante, ce qui lui évite de manœuvrer la sonnette  ; en attendant Manu , à nouveau parti à l’aventure pour tenter de trouver une banque ouverte, je le reçois dans le petit salon de l’hôtel, ; nous nous installons assis  au bord  sur un vaste lit antique à opium, aussi grand que large ; la discussion porte sur la pratique, mais les questions posées ne me semblent pas perçues et comprises comme je le souhaite,  du fait des limites de son vocabulaire anglais, et du mien en mandarin ; il en revient toujours aux mêmes phrases toutes faites,  préceptes de base, selon lesquels le Da Cheng Chuan comporte sept portes, qui sont :  postures, marche, essais de force , explosion de force, pousse mains  , émission du son et combat ; là encore, je ne parviendrai pas à savoir de quel combat il désire parler, ni  pourquoi il l’évoque, alors qu’il nous l’a vivement déconseillé la veille encore … !!

Il me recommande , lors de mon entrainement personnel si possible quotidien, de meler les trois éléments qu’il considère essentiels, soit la posture, la marche et les essais de force, le tout selon une durée ne comportant pas préceptes établis, mais consistant plutôt à chercher des sensations de bien être en fond, sans jamais tomber dans le piège de l’exagération et du frénétisme compulsif, consistant à pratiquer par exemple, plusieurs heures de postures quotidiennes, ce qui équivaut pour lui, à bruler sa vie par les deux bouts,  à vouloir en meme temps bruler les étapes de la progression, selon un esprit spéculatif s’éloignant  totalement de celui, perceptif, car basé sur l’exacerbation d’un ego dont les manifestations vont en encontre du principe de « lâcher prise »

A propos de fa li, ou explosion de force, il me recommande vivement de ne pas  le pratiquer lorsqu’on sent faible et fatigué, ou surtout, lorsqu’on ne ressent pas l’envie de le faire ; c’est dans cette mesure que m’apparait à nouveau la nécessité d’adapter, lors de mes  cours collectifs, cette difficile et ingrate pratique à chacun, en précisant bien que les performances de l’un ne peuvent pas forcement être accessibles à d’autres

Quant au pousse mains (tui shou) , il me précise qu’il ne convient en aucun cas d’entrer en compétition avec l’autre, selon le principe du bras de fer, mais plutôt d’entrer en communication avec lui, à apprendre, sous sa pression, à demeurer souple, et à sortir , au bon moment, lorsqu’il est  moins attentif, ou moins centré , une force de fond venant  du bas, basée sur l’étirement des tendons, et le regard vissé sur la ligne de centre de l’adversaire  Une fois Manu  de retour, mais encore bredouille, ce qu’il ne comprends pas, maitre Li décide à nouveau de diriger son cours dans les couloirs des chambres de l’hôtel, en reconduisant le travail de la veille sur les sept postures thérapeutiques de base, à propos desquelles il nous précise bien qu’elles sont également applicables en tous points pour le combat ;  nous allons ainsi de la position bras ballants , à celle  consistant à tenir bas par en dessous, paumes vers le ciel, , puis avant  bras parallèles au sol, puis paumes déchirant le sol coudes écartés, puis paumes  à hauteur et en face  du plexus, puis la postions standard à hauteur de poitrine, puis celle avec les mains en «  hold up. » Il va de l’un à l’autre, corrigeant avec gentillesse et précision l’écart de nos pieds, la rectitude de nos colonne, la poussée vers le haut de nos tètes, la chute de notre coccyx ,  notre relâchement général, la fonte de notre zone sternale et pectorale , notre relâchement mental , notre regard, et surtout, chez presque chacun d’entre nous, nos doigts, qu’il mallée de façon à leur  donner une forme courbe , comme si on tenait une tuile dans la paume .Il nous recommande d’être heureux lors cette pratique, en nous persuadant bien que si nous avons le loisir et la chance de la répéter chaque jour, cela prouve que nous avons les capacités et la santé pour cela , ce qui selon lui constitue un excellent premier pas.  Le cours se déroule ensuite sur la terrasse, ou il semble qu’il y a moins de vent. Je suis stupéfait par la facilité avec laquelle il grimpe l’  escalier étroit et raide   , puis  enjambe la marche haute d’accès au gravier de la terrasse !! La, sans doute un peu fatigué, Maitre Li nous invite à  rassembler  autour de la table les quelques sièges disponibles, puis nous explique que le travail postural doit nous faire passer par quatre stades différents avant de trouver une forme de bien- être  ce qu’il nomme le ciel antérieur, état  favorable à la libre circulation du « chi » dans l’entièreté du corps.

Ces étapes ont le gonflement, le fourmillement les courbatures et ……….le Puis il nous fait travailler quelques postures plus basses, telles que le dragon renversé, ou tenir le tigre, posture pour  laquelle  il me semble qu’il excelle, tant sa stature est impressionnante,  son assise forte,  le tout rappelons le, malgré son problème majeur de genou ; son faciès semble  alors rayonnant, comme si une lumière intérieure le remplissait, comme celle de quelqu’un désireux de vite en partager les bienfaits ave son entourage  .

Je me rends compte qu’avec près de trente ans de  moins que lui, j’ai davantage de mal qu’il n’en a  à me  bien sentir en tenant ces postures, la fatigue étant bel et  bien là pour me rappeler les limites que m’imposent dorénavant mes genoux  .A nouveau confortablement installé autour de la table, sirotant du thé, il nous régale avec  quelques anecdotes relatives à son maitre et des défis qu’il relevât et gagnât , il s’attarde  à nouveau, comme une litanie,  sur le rôle néfaste de l’influence du Japon dans l’histoire chinoise, nous redisant son antagonisme contre ce peuple insulaire responsable , entre autres , de l’épique massacre  de Nankin .

Puis il nous invite à pratiquer la marche attentive (mucabu) , nous expliquant qu’il s’agit là ni plus ni moins  du déplacement de la  posture, quelle qu’elle soit, consistant à ne pas désolidariser le buste du mouvement des jambes ; il importe, lors de ce travail  d’une grande subtilité, de placer dans le dos une force arrière compensatoire destinée à nous permettre de garder l’équilibre si on est tiré vers l’avant ; une force avant si on est tiré ou poussé  en arrière ; l’utilisation des plis de l’aine (Kua) s’avérant  primordiale , comme s’ils étaient des joints  élastiques à ressort unifiant les jambes et les bras ; Son  Mucabu (marche attentive lente) , me semble être si supérieur à ce que je fais, qu’il me semble meme qu’il nous montre là  un nouvel exercice  que je ne connais pas, alors que je passe moi-même, lors de mes cours,  beaucoup de temps à corriger mes élèves

J’en viens meme à me demander  s’il est honnête que je continue à enseigner tant le niveau et l’aisance  que cet homme semble avoir atteint … et gardé, malgré son âge et son handicap, m’apparaissent  aux antiptoses des miens,  mettant ainsi  ma pauvre  tête… à l’envers !!

Le cours de cette journée porte ensuite un long et minutieux travail sur le shi li (essai de force) de la lime et du crochet, soit sur celui relatif à la poussée et à la tirée, sur le plan  frontal, , dans les directions avant pour la poussée, et arrière pour la tirée .Le  Maitre nous propose de commencer ce travail assis, nous expliquant que l’on peut avoir les mêmes sensations et les mêmes résultats que debout ; dans les deux cas, il convient de bien respecter les quatre étapes successives, soit

1- cheng, porter

2- ning  , vriller (les poignets )

3- cha, frotter

4- an, pousser , vers le bas (comme dans le tai chi , dernière technique de tirer la queue  de l’oiseau

Maitre Li nous recommande de faire cet exercice  de cette manière, sans mettre trop de force, sans surtout aller trop loin devant avec les mains, au risque de créer un  déséquilibre général ,  afin aussi de ne pas gaspiller et éparpiller la force des mains et des poignets ,et  en envoyant mentalement le « chi » jusqu’au bout des doigts. Dans les utilisations  des shi li, apposés sur une technique martiale donnée, quelle qu’elle soit, Maitre Li recommande d’apposer la force dès le premier contact, en étant aussi rapide à l’intérieur qu’on peut l’être à l’extérieur, sans débordement aucun, soit comme le font les animaux qui ne font jamais rien d’inutile ou de superflu

A propos de cet exercice de shi li ( essai de force) , ou des deux autres qui consacrent le plan sagittal avec les directions haut et bas, puis, celui transversal,  qui consacre les directions  gauche et droit, il est primordial de comprendre  qu’il ne s’agit en aucun cas d’une série de techniques martiales en tant que telle, mais plutôt  d’une série de supports neutres adaptables ultérieurement, dans le cas d’une application martiale, à toutes les techniques adaptées sur celui des  plans de l’espace concerné ;  c’est dans cette mesure que la pratique  du tai chi, quelque soit l’enchainement concerné, doit se concevoir selon l’exécution d’une suite  entrelacée de shi li

au risque de tomber dans un «  par cœur chorégraphique » lascif, gracile et surtout stérile et superficiel.

Décomposition de mucabu, ou marche lente attentive

Cette technique, énergétique, j’entends, et non pas martiale,  essentielle dans la pratique du Da cheng chuan,

sert elle aussi de support à tout déplacement, et dans une certaine mesure  aux trois différents shi li de base, et ceux qui en découlent de synthèse, comme les liants un ou deux, ou le shi li du serpent, de la tortue, ou autres. Là, encore, il convient de bien décomposer le travail en quatre phases,

1- ti, soulever,

2- tang, passer le pied, (comme une rivière à gué)

3- BA, agripper

4- sou, reculer

Maitre Li considère que Mucabu , en quelques sortes, le sh li des jambes

Le principe mental à adopter est celui qui consiste à imaginer que l’on lutte contre un courant contraire  en recherchant l’équilibre absolu avec les mains Ainsi, quand on tire, la jambe arrière avance

ON peut également imaginer que l’on avance obstinément contre des rafales de très grand vent.

Maitre Li conclue ce cours, et par la meme ce mini stage en sa compagnie, en nous rappelant que depuis l’époque du fondateur, peu de choses ont été transmises, en matière quantitative, entend il.

Selon lui, et donc, comme selon Wang Shang Wen  , l’essentiel de l’art martial chinois  interne est condensé dans les pratiques qualitatives, mais aussi quantitatives de par leur répétitions  , assis , debout, voire couché, des postures variées, des essais de force, des déplacement lents ; cette étude  sur nous meme, certes répétitive et peu ludique, mais si enrichissante,   doit être ainsi approfondie selon un profonde introspection,  qui nous éduquera , nous éveillera selon une  logique psycho –biomécanique,  avec le temps, sur la découverte des fantastique potentialités que recèle  le fonctionnement de notre corps, mais aussi celui de notre esprit et surtout de la fine relation que l’on est alors en mesure de tisser entre les deux

Maitre Li devient pour finir lapidaire, expliquant que ceux ayant intégré l’essence profonde de ce »fil de soie « n’enseignent  plus que cela, abandonnant petit à petit la pratique, puis l’enseignement de toute forme, enchainement, tao, ou kata., qui selon lui, nous ramènent à notre néo cortex , nous éloignant de l’accession au cerveau reptilien, creuset   de ressources profondes pour la relation esprit –corps-force explosive et irrésistible . Maitre Li nous dit tout avoir abandonné, Hsing Yi, , Pakua, etc., le jour ou il rencontré le fondateur…. Il nous rappelle également que Hue Fe,  fameux généralissime des armées chinoises d’antan,  pratiquait déjà la posture  en vue du maintien d’un  esprit fort.

Il nous quitte tôt, ce jour là, nous annonçant, non sans plaisir, qu’il vient nous chercher le lendemain matin à neuf heures  à l’hôtel, pour un entrainement, puis un bon déjeuner chinois,  pour lequel il nous invite…..

Je subodore là une surprise…  !!  Il me semble alors indéniable, tant l’entrainement fut léger et bref   ,mais riche,   que Maitre Li fatigue vite, ce que je comprends et admet parfaitement ; c’est tout de meme  un privilège que de pouvoir côtoyer un homme de cette trempe…Mario s’en rend encore compte à quelques reprises !!  Serai-je moi-même encore motivé -, si j’atteins cet âge remarquable- pour encore transmettre ? …Je ne le pense pas !!  Après un sympathique déjeuner dans un caboulot spécialisé en raviolis fait en quelques minutes, par un couple chinois qui se renseigne sur l’éventuelle rentabilité d’une telle entreprise en France, nous partons, répartis  en deux taxis  vers le marché des antiquités de Pékin, célèbre  pour la variété de ses offres, et le fréquence des bonnes affaires ; Cette perspective m’enchante, et je pars en espérant bien y trouver quelques vieux jouets  (Wan Ju ) pour agrémenter ma collection personnelle.

Nous avons, entre temps, enfin trouvé une agence bancaire  susceptible de changer traveller’s et euros, mais au prix d’une queue et d’une attente interminable, pire qu’à la sécurité sociale française ; les employées, pusillanimes et procédurières, ont semble t’il pour mission de compter, recompter, faire rerecompter les devises, vérifier, revérifier les passeports, avec une lenteur et une suspicion exaspérante.

Le temps nous est encore anormalement favorable ; une fois sur place, nous nous séparons en groupe, ou individuellement, nous fixant rendez vous toutes les heures devant  l’entrée, pour  y  faire le point, afin d’envisager un sur retour en groupe vers l’hôtel.  Le marché ressemble étrangement à celui des Puces du Canal  à Lyon, ou je sévis presque tous les dimanches depuis 1995 ; il y a des camelots extérieurs   ; ils ont déballé leurs trésors à meme un drap étendu sur le sol ; d’autres ont élu domicile  sous des hangars en  tôles subdivisés en alvéoles ;  d’autre encore ont  pignon sur rue, dans des boutiques plus huppées, ou il présentent des marchandises d’une valeur plus évidente, ou en plus grosse quantité, ; les prix volent haut, pour finir presque « par terre «  comme on le dit dans le jargon du métier en France ; le problème avec les chinois est que dès que l’on a sollicité un prix, juste pour savoir, pour se renseigner ou vérifier, ils exigent que l’on établisse une contre offre,  s’agrippant aux manches, au mains, au sac des clients jusqu’à obtenir une réponse que les « accrochés »  n’ont pas forcement envie de donner, faute d’avoir vraiment envie d’acheter ; je fais en sorte d’ annoncer , avant de demander un prix,  que je consulte simplement (kan kan ) ; mais cela ne me réussit pas beaucoup, et il  convient alors d’ être très ferme et très prudent pour ne pas risquer de repartir en France avec une girafe , une kalachnikov, une urne funéraire grandeur humaine, une statue de bouddha en résine, ou des colliers en jade de l’époque Ming à  profusion autour de chaque membre …!!  L’offre y est variée, les objets préposés rarement  anciens, mais attractifs, amusants, car typiquement chinois ; quelques colliers de jade, quelques jouets mécaniques en tôle des années cinquante attirent mon attention ; je commande une dizaine de tampons sceaux gravés aux initiales de mes plus anciens élèves, afin peut être d’oblitérer en eux définitivement une marque indélébile, à moins qu’ils ne la considèrent comme débile… ?

Je repère d’intéressantes  larges affiches, cette fois anciennes,  du parti communiste, représentatives de Mao,  Staline, Trotski  Lénine, et d’autres joyeux drilles rougeoillants des années 30, 40 ou 50, que l’on me propose  à 20 yuans pièce (2 € ), puis, comme je tourne les talons , immédiatement à 10, avec possibilité de discuter si j’en achète plusieurs, plus d’autres gratuites en prime si je fais une offre  correcte ;  je n’en prendrai finalement pas,  compte tenu de volume et surtout du poids qu’elle représentent  ;  mais je le regrette car ce type d’article est recherché des collectionneurs sur tous les marchés occidentaux. ; Nous nous retrouvons tous en fin d’après midi, et terminons  la soirée dans un sympathique restaurant, puis dans un salon de massage, que nous avons  toutes les peines à trouver, malgré de précises indications fournies par les commerçants voisins.

Le massage complet chinois s’effectue en pièce individuelle ; le patient se voit  confier un pyjama propre  et repassé ,  à sa taille, qu’il convient d’enfiler  avant l’arrivée du masseur ou de  la masseuse afin de ne  pas créer la moindre ambigüité ; il existe d’autres massages plus spécifiquement orientés vers la partie de notre anatomie que Manu m’a interdit de nommer ici ! Le massage auquel nous nous intéressons,  se prodigue sur un lit  adéquat , agrémenté d’un oreiller ; la séance dure environ une heure, n’omettant aucun groupe musculaire ou tendineux ; le dos d’abord, le visage reposant dan un trou de la table, donnant  ainsi à chaque pression du praticien, l’impression  de l’enfoncer dans l’orifice , jusqu’au sol ; le ventre ensuite,  permet au patient de subir tout  d’abord avec appréhension, parfois avec douleur, la pénétration des mains et des doigts de l’opérateur, souvent hautement compétent ; j’ai moi meme à faire à un jeune homme avec lequel, oh joie, il m’est possible de tenir une longue conversation, en mandarin approximatif ; sa patience et sa coopération et l’utilisation des mains quand elles sont disponibles, des  mimiques,  permettent ainsi  la mise en place, tout au long de la séance, d’une vraie conversation portant sur le Wu shu (ensemble des arts martiaux chinois, (externes  ou internes)  qu’il pratique lui-même, mais dans un cadre sportif et compétitif  ; il semble très intrigué par le descriptif  du Da Chen chuan, qu’il semble ne connaitre que par oui dire.  .Nous repartons, en titubant dans la rue,  totalement moulus par   cette séance, dont le cout, de 150 yuans,  (15 €) e ne me semble pas correspondre à la qualité et à la longueur des soins reçus. En passant près d’un square situé juste en face de l’hotel, nous assiston à une soirée chinoise de fin d’automne, ou des très  nombreuses personnes, se livrent, les unes devant les autres, sans  gêne ni la moindre retenue, à leurs pratiques respectives ; tai chi, posture, Pakua , danse de salon, étirements  grâce à des appareils fixés dans le sol spécialement réservés à cet effet, pousse mains, hip hop ; le square (gong yuan)  grouille d’une activité essentiellement assurée  par des adultes, qui ne semblent  en aucun cas se se juger, mais semblent tous être là pour passer un moment  des plus régénérateurs !!Quelle différence  de culture avec notre pays, ou le moindre acrobate solitaire est  immédiatement  perçue comme un original quand ce n’est pas comme un marginal !! Nous sommes rompus par ce massage, succédant à  l’entrainement du jour, malgré sa brièveté !!!

La  nuit n’en est que plus reposante….Nous en aurons bien besoin avec ce qui se prépare le lendemain !!!

Mardi 5 octobre 2010.

Nous dormons bien dans cet hôtel !!Les clients y sont discrets, et le seul  élément de basse - cour, en la personne du  lapin blanc, s’avère, au fil des nuits, aussi discret  que silencieux , ce qui nous permet de moins être rongés par la fatigue. Apres un entrainement personnel sur la terrasse, et un petit déjeuner toujours un peu long dans le service  , vers les neuf heures,( jyu  diàn ,  )le hurlements de Maitre Li se fait  entendre,  cette fois dans la rue.;

Il nous invite prestement à le rejoindre ; il est venu avec une cohorte  de chinois quinquagénaires  , au volant

d’ une  énorme voiture très chère ; ils ont les cheveux plaqués au gel, fument tous d’importance, sont affublés de  de grandes dents dont certaines en or,  et d’énormes lunettes de soleil, comme les méchants trafiquants dans Tintin et le Lotus bleu . Le reste du groupe grimpe dans un énorme monospace non moins luxueux ;  il nous présente ces gens comme étant des disciples. Je me retrouve, seul dans une de ces voitures, avec maitre Li et deux autres chinois, qui semblent très bien se connaitre, tout au long du chemin qui nous mène , dans un quartier reculé de Pékin, selon une mystérieuse destination ;  je tente d’engager  un dialogue, mais me heurte à, un problème d’accent qui ne le permet pas de me faire comprendre , à tel point que les deux parties finissent par cesser la tentative de dialogue, et que maitre Li se contente de rigoler à gorges déployées avec  ses fans, sur un sujet à propos duquel je ne peux m’empêcher de penser que mon long nez (tai bi zi )  (pour eux) ou mon accent en pourrait être une cause .

Après de multiples détours, autoponts, trémies, bretelles sur lesquelles le chauffeur semble on ne peut plus à son aise, nous parvenons dans un quartier commercial  aéré, ou se succèdent de nombreux bâtiments en entrepôts ;  Maitre Li nous a  fait la surprise, en chuintant manifestement l’entrainement, de nous faire visiter le quartier des antiquaires, sous la direction d’une adorable guide trentenaire, qu’il a lui-même, semble t il, appointé.

Nous avons ainsi l’occasion de rendre visite à un sympathique groupe de moines typiquement chinois, dans un minuscule temple bouddhiste, ou un contact rapidement chaleureux nous permet de présenter notre travail de tai chi ou de Da cheng chuan  et d’assister, par l’un d’ente eux ,  à une démonstration de la » lao jia »  (forme ancienne) de chen.. Puis notre  ravissante  guide anglophile, de toute manière flanquée de Manu, nous fait ainsi découvrir plusieurs entrepôts , présentant essentiellement du mobilier ancien haut de gamme ; certains magasins sont remplis de statues ou morceaux de statues, en pierre ou bois multi centenaires, ou bas reliefs bouddhiste, manifestement provenant de temples ; les prix sont élevés pour le Chine, mais laisseraient , meme avec le transport en plus, une probable marge confortable en cas de revente en occident ; mais ces trésors peuvent t-ils… doivent ils sortir de leur écrin culturel ?  j’y repère des lits à opium grands comme des pièces, agrémentés d’une petite tables assorties , placées sur le lit meme ,  sur laquelle se prenait cette drogue, introduite par les anglais ; une immense fresque gravée sur du bois précieux retrace un épisode guerrier le l’histoire de la Chine ;  un lustre géant ,en forme de lanterne chinoise, lourd  de plusieurs tonnes occupe toute un pièce ; des vitrines bourrées de bijoux anciens attirent la convoitise du groupe, pour déboucher sur quelques transactions pour lesquelles le prix demeure  ferme, et l’œil sombre : on ne mélange pas les antiquaires avec les camelots bas de gamme !!! .  Maitre Li est entre temps parti avec ses disciples ; nous le retrouvons un peu plus tard, pour ce qui restera un des temps forts de ce voyage, mais malheureusement pas en rapport avec notre pratique.

Il revient nous chercher dans la meme grosse voiture, accompagné d’une troupe importante d’autres chinois également quinquagénaires, hommes et femmes, qui ne nous sont pas présentés ; nous nous engouffrons dans d’autres  voitures, et réitérons un périple périurbain conséquent, qui nous amène dans un vaste bâtiment de style Frantel ou Novotel, sis au bord d’un nœud autoroutier ; il s’agit d’un immense complexe hôtelier ; à l’intérieur, de non moins immenses salles accueillent des groupes , sans doute pour des congrès , des séminaires et autres synopses  Il  y  a là une profusion de salons privatifs, dans lesquelles d’immenses tables  rondes accueillent des dizaines de convives ; nos guides nous introduisent dans un de ces salons, ou une de ces tables rondes  impressionnantes  a été dressée pour accueillir les 18 personnes de notre groupe …  autant dire que celles situées en face d’un convive se trouvent environ à cinq bons mètres, ce qui péjore encore la possibilité de communication, d’autant plus que les chinois se regroupent , comme à l’accoutumé, les uns à coté des autres, nous de meme par la force des choses.

Maitre Li nous rappelle ainsi avec ostentation, qu’il avait promis de nous inviter ; il semble heureux de nous montrer qu’il a tenu cette promesse, en nous congratulant dans  de gigantesques et luxueux canapés voisins  en cuir, puis, nous invitant  à être pris individuellement en photo avec lui, la main dans la main, selon la tradition « Hué. ; il nous explique que l’une des personnes ici présente , sans que nous ayons pu exactement déterminer laquelle ,  en tout cas que  l’un de ses disciples, propriétaire de ce restaurant, nous invite pour ce qui va être le plus faramineux festin de toute mon existence ; l’invitation semble donc pilotée au travers du vaste réseau relationnel que doit posséder un homme aussi connu et respecté que Maitre Li ; il occupe d’ailleurs la place d’honneur, et les élèves qu’il a placé à ses cotés sont au petits soins pour lui, mais semble t’il  d’une manière davantage orientée vers le déférence due à une personne âgée de rang,  plutôt que celle  basée sur une obséquiosité  subordinatrice ;  il est un peu plus de onze heures, je n’ai pas  très faim, le petit déjeuner n’étant pas si loin que cela …. Maitre Li ouvre le bal en se levant, imité par ses concitoyens ; une des femmes présentes, semble t’il,  l’épouse de l’un des disciples, à moins qu’elle ne possède également ce statut, lève un verre à liqueur rempli d’une eau de vie de prune de leur fabrication , qu’il convient de boire « cul sec «  (gan bei ) , au nom de l’amitié franco chinoise ; je ne peux que tremper mes lèvres dans cette eau de vie à soixante et un degré, qui meme si elle possède  en degrés le meme nombre d’années que j’ai vécu, n’accepte en aucun cas la déglutition  envisagée, occasionnant  une trop vive brulure oesophageale et stomacale . Je repose donc prudemment et  poliment mon verre, en demandant à Manu de compléter mes excuses (due bu chi) et  explications confuses que je tente de proférer. Jean Claude, situé à ma gauche, plus solide, ainsi  que Mario et Manu, réaliseront, lors de ce repas interminable, l’exploit ou le forfait, selon,  d’en avaler quatre, Dom, Patrick et moi demeurons en queue  de peloton ,  par peur d’une «  torgnole » alcoolique retentissante . Puis, arrivent les premiers plats, nombreux, copieux, variés, à propos desquels je mets un trop long moment à comprendre qu’il ne s’agit en somme que des amuses gueules ; nous sont servis des  tonnes de petits légumes crus assaisonnés, artistement découpés, de plats de viande froide de bœuf  en fines lamelles, accompagnés de  sauces  piquantes ou explosives, que les chinois continuent à faire glisser avec leur verre de gnole. Il y a aussi une  délicieuse échine de chèvre, du poulet à la sauce irritante, des beignets de crevette, du ragout de bœuf et des tranches de veau rôtis, de la dinde ,  du riz blanc  à profusion, toute les  viandes possibles étant ainsi présentes, sauf celle de porc,  dans la mesure ou  s’agit d’un restaurant musulman . Certes, la configuration des tables chinoises permet à chacun de se servir en fonction de ses gouts et de son appétit ; mais nos hôtes veillent soigneusement à ce que chacun d’entre nous goute à tout, puis se resserve, ce que je fais , à mon ventre défendant, à plusieurs reprises, ne pouvant pas toujours  tout  décliner, outre la gnole.  A plusieurs reprises, il fallut  se lever, puis faire semblant de  vider son verre de prune,  toujours le meme en ce qui me concerne, non sans en taper le socle sur la table afin de montrer qu’il était bien vide , ce qui m’obligeait à bien faire attention de ne pas le renverser ; en chaque occasion, la quinquagénaire hilare,  épaisse et lippue,  assis près de Manu et du Maitre ,évoquant irrésistiblement   une commissaire du peuple du trente deuxième district de canton du parti,  m’invite à essayer, mi insistante, mi indulgente, me donnant l’exemple, en  vidant lors de ce repas, comme la plupart des chinois présents, entre cinq et dix de ces verres, ce qui  représente  une quantité d’alcool impressionnante !!  Elle repartira d’ailleurs aussi droite qu’en arrivant ! Une fois les plats vidés évacués, nous pensons  tous que le repas tire à sa fin ; il est environ treize heures, la gnole coule à flot ; c’est alors que des turbots  farcis géants nous sont servis, qu’il convient absolument de gouter ; il y a bien longtemps que je n’ai plus faim, ; de plus,  le prolongement de cette station assise me pèse beaucoup ; le poisson est fin et bon, et je ne regrette finalement pas d’en avoir gouté ; la cohorte de serveuses apporte ensuite des petits plats remplis de fruits et légumes frais coupés, avec des bannettes en bois de crêpes de riz fumantes , que nous croyons être le dessert !! il s’agit en fait des signes  avant coureurs de la suite de ce festin, puisque…. cinq énormes canards laqués nous sont servis, puis  artistement et cérémonieusement découpés devant nos yeux .La commissaire du peuple se lève à nouveau, porte un énième toast, puis  nous explique qu’elle va elle-même nous confectionner à chacun une crêpe garnie de peau grillée , de viande de canard , accompagnée de légume, de fruit et de sauce au soja ; l’opération se déroule comme un cérémonial debout ,  avec sourire, remerciements et courbettes de part de et d’autres ; je me surprends à engloutir trois ou quatre crêpes fourrées au Kaoya  (canard laqué) , malgré ma satiété. Je dois tout de meme entreprendre en douce le déboutonnage de  mon pantalon, tant je me sens comprimé par l’avalanche de boustifaille que je viens d’imposer à mon organisme patiemment   formé à la réserve et à l’équilibre nutritionnel et ce   , depuis bien longtemps   . Je me dis que nous sommes enfin  au bout de nos peines ; il est environ quinze heures quand les petites serveuses empressées  déposent devant chacun d’entre nous une soupière blanche  fumante  pleine d’une liquide épais jaunâtre et bouillant, dans lequel flotte quelque chose de peu appétissant, pouvant être assimilé à une  pomme de pin ; les chinois applaudissent avec un grands enthousiasme , comme s’ils étaient affamés,  l’arrivée de ce nouveau met, non sans  ingurgiter sans respirer  un nouveau verre de gnole!! Je ne peux pas m’empêcher d’évoquer cette célèbre scène cinématographique d »’Indiana Jones et le temple maudit », lorsque  , cérémonieusement  reçu à un festin Sikh dans l’Inde profonde, Jones se voit servir le meme genre de potage jaunasse - glauque à la surface duquel flottent des yeux entiers au regard fixe ,  de toutes tailles  .

En fait,  il s’agit en ce qui concerne mon propre séjour en  Chine profonde,  d’un concombre de mer , ou holothurie, selon le nom scientifique ; c’est donc un animal qui m’est servi là, s’apparentant aux oursins et aux étoiles de  mer , sans les branches ni les piquants , mais selon un coloris brun strié dont la flottaison légère et agitée  me semble aussi peu ragoutante qu’évocatrice ; je n’ai plus faim ; je suis au bord de l’implosion ou de l’explosion, à moins que cela ne soit les deux … ; la commissaire du peuple me fait dire , voyant ma réserve teintée de désespoir, qu’il s’agit là de celui des mets les plus apprècié des chinois, et que le fait de s’en voir servir un d’une si grande taille constitue un honneur doublé d’un privilège ; je peux alors me réjouir d’avoir échappé à un de leur supplice chinois, dont je mesure ainsi,  en toute connaissance de cause, la probable portée perfide . La mort dans l’ame et dans l’estomac, ce soir là situés  à peu près  au meme endroit, je dois me résoudre à absorber cette bête  flottante  cylindrique  ….la sauce, la potage ou la soupe, que sais je,  n’ont hélas   , ou fort heureusement aucun gout, à tel point que je me demande bien à quoi elle sert ; peut etre à rammolir la bete ? celle  ci s’avère  caoutchouteuse à souhait, selon la meme consistance qu’un marchmallow ou du calamar mal cuit ; …mais la mesure  est comble, je ne peux vraiment plus rien avaler, au risque de renvoyer au profit de tous,  sur la table tournante,  mes précédentes agapes ; les chinois ont pendant ce temps  littéralement dévoré leur holoturie, lampant la soupe à grand renfort de bruit de succion, évoquant le  plausible vivant  de cette curieuse bestiole ; mon chinois le plus proche , voyant que ni Jean Claude ni moi ne nous décidons à absober notre punition, sollicite  l’autorisation de se les approprier, puis  se jette dessus  , les engloutissant  à vive allure, aidée en cela par un grand verre de prune….il est environ seize heures quand des fruits frais nous sont servis , finalement  bienvenus .Je ne parviendrai à reboucler ma ceinture que vers le soir…. ! Nous nous séparons vers les dis sept heures, devant l’hôtel ; je me surprend à promettre à la commissaire du peuple de la recevoir en aussi grand apparat si elle aussi vient en France un jour…. ; mais je réalise que pour lui rendre la pareille, il sera difficile de trouver des plats qui la rebutent  autant que cette holothurie, puisque les grenouilles et les escargots, situés pour nos voisins étrangers au sommet de l’échelle du dégout,  me semblent largement aussi assimilables que les scorpions , frelons  ou que d’autres araignées, rats  ou serpents, auxquels nous avons  pour l’instant échappé !! La séparation entre Manu et son Maitre sont émouvantes.

Manu sait qu’il s’agit, peut être là de sa dernière rencontre avec cet homme étonnant ; peut être aurons nous encore la chance de le côtoyer  à nouveau, si un voyage peut être mis sur pied l’an prochain. Nous rentrons à l’hôtel  ,puis   partons  en ville pour y faire du shopping. Il convient également de préparer nos bagages, puisque notre retour est programmé pour le lendemain…vers   ..24 h, à l’aéroport de Pékin ; nous comptons donc laisser nos bagages à la réception de l’hôtel , et passer notre dernier jour en ville, grâce à une autre journée de soleil annoncée, ce qui est une agréable surprise en cette saison.

Mercredi 6 octobre 2010--Voyage de retour.

Nous décidons, de concert, de nous lever tôt, afin de profiter au mieux et au plus longtemps de cette dernière journée, et de ce beau temps magnifique. Nous avons programmé un peu de shopping dans un centre commercial immense, situé au centre de Pékin, ou nous nous donnons épisodiquement rendez vous à la sortie, sur un escalier dominant le trafic intense de la rue adjacente ;  chacun gère ses emplettes comme il l’entend, selon ses besoins, ses attentes et  son budget ; puis, dans un autre coin de la ville ,aisément accessible en métro (cong  cong qiche )    nous visitons rapidement «  le temple du ciel » qui surplombe la cité interdite, nous donnant  de cet édifice historique un aperçu beaucoup plus complet et surtout moins fatiguant que si nous ne l’avions interminablement visité à pied ; d’ailleurs, il nous est possible de nous rendre  compte de l’immensité de ce site touristique du fait de  notre position dominante qui  nous offre une perspective permettant de réaliser  que la proche sortie  de la cité grouille de milliers de personnes en train de piétiner sur place;

ceci  laisse à penser ce  à quoi doit ressembler l’intérieur, aussi étendue qu’une ville de banlieue ; nous devons encore à Manu, guide expérimenté, de nous avoir ce jour là, exonéré d’une visite certes incontournable, mais par trop  pénible car interminable, au seuil d’une journée programmée à rallonges , puis  d‘un double vol intercontinental .

Nous  déjeunons rapidement dans un restaurant bon marché, avant de nous  rendre, comme Manu l’avait programmé, dans l’un des parcs municipaux  de cette belle ville, ou de nombreux artistes martiaux, parfois célèbres, s’  adonnent là  à leur  passe temps favori. Manu espère d’ailleurs pouvoir y surprendre, lors de son entrainement personnel, un célèbre Maitre de Bagua…..de loin, j’entends…. !!!

Le parc qu’ a soigneusement sectionné Manu est d’une taille impressionnante, sans doute deux a trois fois plus grand que celui de la  Tète d’Or à Lyon, qui constitue mon seul étalon de référence ; il s’agit d’une étendue de paix et de silence, écrin serti tel un poumon vert au cœur de  la cité trépidante ,écrin   d’ailleurs non pas interdit, comme la cité, mais au contraire ouvert à tous et à toutes ;  il est admirablement entretenu ; les pelouses y  sont  nombreuses, rases et épaisses, ; des arbres centenaires sont peuplés d’étonnants et familiers oiseaux exotiques , et tous entourés , afin de les protéger, d’une  grille carrée en fer forgé antique ;  ces espaces, très prisés des chinois,  sont  dédiés  aux pratiques diverses, à la détente, la flânerie, le jogging,  et au bien être ;  assez curieusement , le sol me semble moins jonché de détritus divers comme partout en ville ; les chinois semblent respecter ces lieux de ressourcement qui ont été mis à leur disposition, dont ils  usent et abusent.

Ainsi, au détour d’un bouquet d’arbres, nous  tombons sur un vieil  homme occupé à exécuter le tai chi chuan de style Wu, seul, concentré, dégoulinant,  pénétré par sa pratique, se moquant du regard de ce groupe d’occidentaux qui ne perd pas une miette de ce qu’il enchaine ; là ; un groupe d’une vingtaine de personnes  semble investi dans un travail de qi gong ; ici, un groupe encore plus important a branché une sono et s’adonne avec passion et brio au tango argentin ; puis nous franchissons un monticule de pierres  , nanti d’un adorable petit pont antique pour découvrir , dans un frais sous bois, un adepte du bâton long , exécutant  son enchainement d’une manière époustouflante ; ses congénères, spectateurs attentifs ,  s’essaient   à leur tour, en silence, se transmettant l’arme avec précaution, dans  le respect des uns des autres, détachés des regards périphériques, pourtant nombreux. Un peu plus loin, au bord d’un étang, un groupe pratique avec intensité le tai chi lao jia  (forme ancienne ) de Chen, celui meme que je suis allé découvrir en juillet en Espagne avec maitre Wang Xi’an ; afin de ne pas  être constamment être  dérangés  par les gogos de notre acabit, les responsables du groupe ont placé , entre deux arbres, un grande pancarte et  en mandarin et en anglais, explicitant l’origine, et l’objectif de leur pratique ; j’observe qu’il y a là de  très jeunes gens des deux sexes, et des anciens , tous s’adonnant , ensemble,  avec ferveur à leur enchainement ; là, un vieux maitre barbichu donne des conseils à quelques jeunes gens sur ce qui me semble être un des enchainements de l’école Yang ; un peu plus loin, sur une place pavée ou nous faisons une halte, un homme , plus jeune, vêtu de blanc immaculé enchaine magnifiquement une suite de mouvements lents, à propos desquels Manu opine qu’il s’agit d’un Qi gong ,  alors qu’il me semble ,compte tenu de la  durées de la nature de l’exercice, j’entends de par les séquences  résolument martiales, qu’il s’agit d’un tai chi, mais sans pouvoir  lui donner de nom ; quelques dames audacieuses tentent  individuellement de le suivre de loin, sans son appréciation ,  et ma foi, selon une dextérité qui surprend compte tenu de leur âge et de leur début d’embonpoint ; sur un talus voisin, une belle jeune femme tiendra la posture tout au long de la  demi heure que durera notre halte, dans bouger une oreille  d’un seul cun . Nous poursuivons notre périple ; los d’une nouvelle halte, Dominique se laisse happer par un couple, dont l’homme, qui s’avère finalement être un enseignant, donne un cours, semble t-il de Bagua,  à une femme âgée ; une fois celle-ci partie, il prend Dom en charge, lui offrant ainsi maints conseils éclairés sur la façon de tourner.

Puis, nous tombons sur un groupe important, dont le leader semble très occupé à déraciner du sol  tous les autres participants, selon un travail de pousse- mains subtil qui ne manque pas de m’interpeller ; ils sont une  dizaine, environ ,hommes et femmes ; sous les arbres, deux groupes de femmes s’emploient, pieds parallèles, genoux  fléchis, à tenter de  réussir cet  exercice , mains sur le buste l’une de l’autre, tirant , selon, poussant ,  mais d’une manière douce qui privilégie la détente sur la contraction  ; le leader travaille  , à tour de rôle, avec des chacun des participants masculins, les éjectant avec douceur , mais fermeté à plusieurs mètres quelque soit leur poids ou leur intensité d’action ;  lui-même doit avoir une cinquantaine très mince, à la limite du maigre ; ceci ne l’empêche pas de demeurer constamment  sur ses bases, aucun des membres du groupe ne semblant en mesure de le bouger ; ayant depuis un bon moment déjà observé que nous nous intéressons à son cours, il nos invite cordialement, à venir «  éprouver « (Niémen  Yao shi shi  ma ? )  ; Manu demande  à la cantonade si l’un de nous est disposé à répondre à l’invitation, mais non sans  nous recommander , si nous sentons  que nous prenons le dessus, de le ménager, afin qu’il ne perde pas la face devant ses congénères ; je me précipite pour cette expérience, que je n’aurai sans  doute  pas l’occasion d’avoir  à nouveau au cours de ma  vie ; mais  mon  «  Kung Fu » s’avère vite insuffisant, meme si tout au  début, mon adversaire semble avoir du mal à me bouger, il attends stratégiquement et intelligemment  que je me perde dans la persistance de mon attaque- poussée  pour trouver , après  avoir subtilement annulé l’effet de ma force,  grâce à ses mains sensibles comme des antennes, le point de rupture qui lui permette, par une double appositions des mêmes mains ,  du bas ver le haut, à me soulever comme une plume, les deux pieds décollés, , pour me faire me reposer quelques mètre plus loin ; l’individu ne pèse pas plus de soixante kilos ; avec mes quatre vingt cinq , sans doute agrémentés  d’un conséquent  bonus du aux  canards laqués,  turbots et autre holothuries, je me retrouve  pourtant désarmé  pour déraciner ce fil de fer hilare, doux  et calme ; Mario et son quintal athlétique n’y parviendront pas mieux , à la grande joie du reste du groupe ; nous sommes ensuite présentés à un très vieux Monsieur , assis sur un proche banc ,occupé à fumer et cracher  d’abondance ; il  s’avère être le Maitre,  en qui Manu finit par reconnaitre une célèbre maitre de tai chi de Yang de la cinquième génération, célèbre dans toute la Chine . « Fil de fer » doit donc être un  disciple, ce qui explique sans doute la facette du niveau qu’il a bien voulu nous dévoiler…. Que ceux qui osent prétendre que le taïchi n’est  qu’une aimable  danse récréative,  veuillent bien  se rendre  à Pékin, puis  osent défier ce caillou malingre pour tenter de le déraciner de son parc !!!!!

Nous rentrons déposer nos trésors à l’hôtel, avant d’aller diner en ville  , à proximité, puis terminer la soirée en famille ,à l’hôtel,  avec quelques touristes avec qui nous avons sympathisés, ainsi que les filles du propriétaire, qui acceptent de se charger de nos 76 cartes postales, écrites dès notre premier jour à Pékin, mais  qui n’arriveront ainsi en France  que bien après nous, compte tenu des difficultés que nous avons  à trouver une poste ouverte, dont les horaires correspondent aux nôtres.

Vers 22 heures, nous repartons  lourdement chargés vers l’aéroport, après un périple urbain loin  d’être des plus confortables compte tenu du nombre et du poids de nos bagages, plus important qu’à l’aller.

Nous embarquons, comme prévu, vers 24 h. Le vol de retour vers notre escale émirati, outre un verre de gin blanc avalé «  gan bei »  (cul sec)  par mégarde  par mes soins en lieu et place d’un verre d’eau   , provoque l’hilarité du personnel de bord, et une toux irrépressible dont je ne parviendrai à me débarrasser  qu’au bout d’une heure ; les alcools forts ne me réussissent décident pas !!

Le transit à Dubaï  , déjà long et insipide, non doté d’ère de repos, est davantage terni par la confiscation suspecte par les douaniers, ou employés du contrôle bagages, du cognac et de l’armagnac  de Manu, et des cigarettes d’autres, sous prétexte que « it is  forrrbidden , sir  » ; cette , emplette, pourtant légalement et réglementairement achetée à l’aéroport au duty free de Pékin, n’ont pas du être interdites pour tout le monde

Il  s’agit là d’un véritable et scandaleux racket perpétué sous le  couvert  d’une fonction  officielle , dans un pays ou il ne vaut mieux pas  contester de crainte  de se retrouver démocratiquement « charrié » ,  embastillé, emminaretisé ,  devrais  je dire,  au mitard !!

Jeudi 7 octobre 2010-

Nous arrivons à Roissy en début d’après  midi, dans les temps impartis, bien évidemment heureux,  enrichis,  la tète pleine de souvenirs, mais tous littéralement épuisés, et sommes toutes, soulagés de rentrer chez nous.

La séparation d’avec les  parisiens et  du grenoblois, nous permet  de faire la connaissance des parents de Manu, venus le récupérer ; nous nous  promettons tous   , avec enthousiasme, de garder le contact par courriel et téléphone. Patrick se voit privé de sa valise, oublié par Emirats Airlines à Dubaï ; je récupère la mienne   éventrée,  sans que personne au guichet ne se considère comme responsable …

Notre Tgv est prévu à dix sept heures ; il est environ 14 heures. Nous courrons nous renseigner au plus proche guichet Sncf pour tenter de réserver sur un autre train en partance plus tôt ; nous en trouvons un  idéal, vers 15 heures,  mais pour lequel la préposée SNCF nous réclame  une rallonge tarifaire équivalente au prix payé !

Devant notre étonnement et notre révolte, elle s’insurge, expliquant que ce n’est pas sa faute, que ce n’est pas elle qui fixe les tarifs,  puis  menace de fermer son guichet, acceptant tout juste de me répondre lorsque je lui demande  de m’établir un duplicata de ma carte vermeille, malencontreusement oubliée, ce qui me vaut  de devoir payer une photocopie 8 € ! Bravo la Sncf !!

Nous essayons de tuer le temps en nous installant dans un bar du hall,  en complétant  nos notes sur ce séjour.

Nous avons, Mario et moi , grande  envie d’un sandwich au saucisson , bien français, et Dom,  d’un thé chaud ; nous attendons longtemps , que quelqu’un vienne prendre notre commande, pour finalement comprendre qu’il nous appartient d’aller faire la queue, puis  choisir au bar où des employés aussi souriant que Dracula après son premier coup de sang, nous facturent un sandwich desséché 11 €,  le déposant brutalement et indifféremment avec un bol d’eau bouillie au micro  onde devant nous, nous indiquant  du doigt le  sachet de thé qu’il nous incombe de prendre dans le présentoir , le tout pour 4 € supplémentaire !! Je précise que nous sommes enfin  sensés  débarrasser notre place, ce que je me  refuserai  à faire.  Ces péripéties ne prêtent pas vraiment à conséquence ; mais placées dans un contexte d’extrême fatigue et d’énervement, , elles stigmatisent, selon moi, le mal profond dans lequel sont désormais plongées nos démocraties occidentales, ou le travail et les services ,  ainsi que le produits, atteignent  des prix exorbitants,  ou les gens, meme s’ils ont un travail  n’ éprouvent plus aucun fierté ni aucun entrain  à l’accomplir , ni ne sont  à meme se rendre compte qu’ils ont la chance d’en avoir un,  alors que beaucoup, relégués sur le banc des remplaçants de la société, rêvent d’en décrocher un au plus vite. Ne sommes nous pas à la fin d’un cycle économique et  sociétal ? L’impression de dynamisme et de fraicheur  laissée par les chinois qui s’accrochent pour vendre, servir, communiquer est frappante ; notre pays  et les entreprises qui le peuplent sont aujourd’hui au bord du gouffre,  écrasés de charges et d’impôts,  dirigés par des hommes politiques corrompus et des chefaillons trop  souvent incompétents et surtout dépassés, peuplées d’employés démotivés, confinés dans des taches d’exécutants,  dont lls ne font rien pour se sortir , se dégoutant petit à petit de leur travail  et de leur propre existence, jetant toutefois  l’opprobre sur les clients,  qui pourtant leur permettent de manger et de porter une culotte, ce au lieu de prendre les choses à bras le corps  et de se convaincre que leur situation n’est après  tout  pas aussi dramatique qu’elle l’ a été par exemple , en Chine, lors de la famine dans les années soixante , qui raya de la carte démographique des million de chinois…. faut il que notre nation connaisse de tels avatars pour se rendre compte de certaines différences ?N’est ce pas dans  cette  mesure que nous pouvons évoquer, en ce qui concerne la Chine, le terme de «   pays, émergeant » de par , entre autres, l’enthousiasme économique que placent les chinois dans leurs démarches, alors qu’ils partent de rien ….  meme si cette expansion économique  fulgurante, basée sur un dumping à la limite du  fair play commercial,  contre balance,  voire, ne  favorise pas notre propre économie, n’y at.-il pas là matière à se prendre des exemples ,  se poser les bonnes questions quant à l’attitude à adopter,,  meme si notre propre posture  et celles de nos employés, peut , dans un certaine mesure être imputée à ce renouveau chinois, qui nous coute beaucoup ? .

Nous rentrons chez nous vers 19 h, heureux et à bout de force. non sans nous promettre, avec Mario et Dom de repartir dès l’été prochain.

Suite….

Réflexions et conclusions

L’organisation de ce voyage, pourtant préparé au mieux par Manu Agletiner , s’est trouvée considérablement perturbée tout au long du séjour,  par les changements de programme,  de destination, et de budget, apposés en dernière minute, à la chinoise, par nos hôtes. La fatigue et la contrariété   , l’inquiétude et le sentiment de frustration impuissante  qui en ont  ainsi découlé, meme si elles  n’ont en rien ôté le coté attractif de la pratique et de sa  transmission directe, nous a couté  beaucoup, diminuant, en tout cas en ce qui me concerne, notre capacité d’écoute, de concentration, d’assimilation, de synthèse  . Si d’autres voyages ont prévus, s’ils deviennent effectifs  , je ne désire plus en aucun cas subir les inconvénients dus à trente heures  de train de nuit en couchette dure en altitude ,  atteintes au prix d’exploits alpinistes , ni au manque de sommeil chronique  du à des trains- bétaillères surpeuplés et  mal ventilés,  des troupeaux de coqs contestant bruyamment leur proche absorption , à l’opéra de Pékin et ses trompettes pas si renommées  ,à  des escouades de  paons en perpétuelle prises de bec, à  des bandes de  chiens aux aboiements lancinants et incisifs ,   ou à  des clans de  chinois embrumés dans l’enfer du jeu,  tous machiavéliquement ligués , de concert,   pour entraver une pourtant  indispensable  récupération. Nous nous sommes donc bien mis d’accord avec Manu, comme quoi nous demanderions des garanties à cet effet avant de nous engager dans un nouveau périple.

La transmission perçue au cours de ce voyage avec WsW,

ne différât beaucoup de celle de l’an passé,  de par le désir de ce maitre de  s’impliquer à fond dans les explications, le soutien pédagogique et les démonstrations.

Il est toutefois clair que nous avons abordés plus en profondeur de nouvelles techniques, qui nous mèneront, sur la base d’un travail régulier, vers de nouvelles perspectives.

Nous  sommes repartis avec la certitude que l’essentiel dans la pratique réside dans le travail de base, des postures, des déplacements et des essais de force  .Nous sommes confortés que la pratique intensive du combat libre nous fera pas avancer, de par son statut trop conventionnel, tout comme l’assimilation de » formes » ne peut que conditionner notre spontanéité et notre créativité  , qu’en tout  cas, elles ne peuvent consister qu’ une étape sur  la voie de la pratique  . Je continue, par ailleurs, , comme l’an passé, à me demander quel est le degré de profondeur de transmission d’un maitre chinois aux disciples et aux  élèves d’un tel  niveau , qu’il a constamment à proximité, pour des  gens  comme nous, mi- touristes occidentaux, me amateurs en mal

d éclairage  , qu’il ne dirigera que quelque fois dans sas vie ? Quel est son degré de sincérité lorsqu’il évoque l’amitié au bout de deux brefs séjours, alors que le niveau que j’ai atteint ne me semble pas suffisant pour retenir  son attention ? suis - je injuste et sévère  dans mon questionnement à cet  égard ?

Une autre attitude, récurrente de ce groupe de WWW m’interpelle, encore davantage que lors de mon  premier voyage .J’ai du mal à admettre qu’en tant qu’adeptes du Qi Gong Yang sheng, ce qui signifie littéralement « prendre soins de soi », ces chinois aient aussi peu soin de leur hygiène corporelle, de par leur propension  à abuser et de la cigarette et de la table ;WSw est  à près de… quatre paquets de cigarettes blondes par jour, dont il transporte sur lui des stocks conséquents, en allumant une avec le mégot de l’autre , aidé en cela par des disciples complaisants , au briquet agile et spontané.

Les jeunes disciples de WsW sont presque tous « quintalenaires », ou davantage ,  ceux qui ne semblent pas à posséder de propension congénitale à l’embonpoint semblant se forcer à fumer et à bâfrer pour ressembler  au maitre ; je peux presque établir la meme réflexion à propos de ceux des disciples quinquagénaires de Li Jiang Liu, qui , s’ils se laissent aller trop souvent  aux plaisirs de la  table aussi vigoureusement que lors de ce mémorable festin, éradiquent sans aucun  doute d’un coup de fourchette, ou d’un lever de coude à la prune,  toutes les heures de postures passées en entrainement.

J’avais également remarqué, en mars 2010 , à Lyon,  que Maitre Guo avait, lui aussi cette détestable manie de fumer…..dans une autre vie,  c’était en 1978, j’avais ainsi observé que tous les élèves proches de Maitre Mura kami, patron du karaté Shotokai en France, fumaient, tous, tout comme leur maitre , la pipe à panache continu . S’agit il de mimétisme par rapport à une personne à laquelle on ressent le besoin de s’assimiler ?..., ou alors est ce une forme de l’expression d’une montée dans la  hiérarchie que de vouloir faire comme le maitre , à moins que cela une tradition de  l’art martial chinois que de bruler la chandelle par les deux bouts, ce dont je doute fort ! Quoiqu’il en soit, il n’est dans mon intention de communiquer à mes élèves que celles des » postures » ou ceux des comportements techniques ou pédagogiques, des modes de vie   qui auront retenu mon attention, et que je me sentirai capable de leur expliciter, à défaut d en pouvoir le réaliser parfaitement, aussi de leur transposition possible dans notre société occidentale..

Les points abordés et les enseignements tirés d’ avec maitre Li

ne m’ont pas semblé différer de ceux d’avec WSW. Il m’a pourtant semblé déceler une différence dans la transmission du second, selon laquelle sa pratique est aujourd’hui essentiellement orientée vers la santé, son âge et l’état de son genou ne l’autorisant probablement  plus à montrer des choses encore probantes en combat, ce qui,  pour moi, ne constitue en rien  un inconvénient ou une déception ; Maitre Li m’a par ailleurs  semblé flatté qu’une délégation occidentale lui rende visite, ce qui, selon  Manu, ne lui était pas arrivé depuis longtemps.

Le contact avec Manu Agletiner

s’est révélé très complémentaire d’avec ces deux maitres, dans la mesure ou ce jeune homme  brillant de trente trois ans, qui a  précisément l’âge de mon fils ainé, s’est révélé être d’une disponibilité constante, malgré les difficultés organisationnelles  précédemment évoquées, d’une gentillesse à tous égards, d’une aide auxiliaire prépondérante dans les traductions, jusque dans  l’assistance pédagogique, offrant à l’un , à l’une ou à l’autre, ses conseils, son aide, ses recommandations, qui nous ont incontestablement fait avancer. Je souhaite également préciser que cette personne me semble personnellement d’autant plus attachante qu’elle s’intéresse aux memes  choses que moi, à savoir, outre les  arts martiaux, les langues vivantes et les voyages  ; Manu a eu les tripes pour faire, à vingt ans ce que je n’ai pas eu le courage de faire, soit  m’inscrire   dans une école  de langues orientales, , puis partir, , à l’inconnu , vers des maitres asiatiques, dont  il est  devenu, grâce à sa constance et à son travail, mais aussi à la confiance qu’il a su leur inspirer,  un élève direct, doté d’ un nom chinois . Il fait bon connaitre Manu, et je compte bien user et abuser de  son talent technique autant qu’humain. Nous avons déjà un projet de stage à Lyon en janvier, puis un projet de voyage en chine en fin aout 2011, lors de la dernière semaine, ce jusqu’au 6 septembre environ de façon à cette fois ne pas empiéter sur le rentrée du dojo, et ne pas subir les trop grosses chaleurs de début aout

Ceux d’entre vous qui sont allé jusqu’au bout de ces lignes, et à qui ce type de périple  a pu faire envie, n’ont qu’à nous contacter sue nos adresses respectives, sachant, qu’ils e rassurent,  que nous tenterons la prochaine fois  ,d’instaurer  silence et récupération au programme.

Le contact avec la Chine

Immense, trépidante, secrète, variée,  mouvante, gigantesque, affamée de progrès et de conquêtes  sur des bases portant de tradition, , elle me semble encore pouvoir receler au cœur de sa culture ancestrale le secret martial « du fil de soie chinois », peut être jalousement  gardé par des guerriers debout , derrière d’infranchissables murailles, au cœur  d’une cité plus qu’interdite…….à moins que ce secret, ne réside, comme dans notre propre culture, dans l’accomplissement quotidien d’une pratique tissant jour après  jour pendant des années,  ce même fil à la fois invisible car trop près de notre œil, ,   pour  nous qui ne savons plus attendre, nous qui voulons tout de suite… Jean de  Lafontaine,  lors de la morale de sa fable « le laboureur et  ses enfants » ne nous at.-il pas déjà enseigné ce secret du fil de soie chinois, cette remontée du courant jusqu’à la source,  en nous rappelant qu’il faillait chaque jour, creuser, bécher et labourer  pour trouver le trésor ?

Hier enfant dans ma chambre

A l’aurore aux couleurs  d’ambre

Présentant  le grand mystère

J’ai cherché….

Ou est la source ?

C’est une étoile sous la mer

C’est la grande ourse

Un voilier blanc sur  l’azur

Qui poursuit sa route

Ou est l’eau pure ?

Ou trouver l’air ?

De fera de l’homme obscur

Un homme lumière

De nos âmes divisées une âme entière

Ou est l’eau qui désaltère

(Michel Jonas, de l’album « ou est la source « 1992)

Mais cette Chine en devenir ne va-t-elle pas elle aussi, désapprendre cette patience légendaire avant l’accomplissement, compte tenu de la voie de  la frénésie industrielle donc consumériste dans laquelle elle s’engage résolument ?

Le fil n’est il pas déjà brisé, et  seulement présent dans notre imaginaire occidental  utopique en mal d’absolu ?

Jean -Claude Guillot , St Germain au Mont d’or,  décembre 2010.