Notes de stage – Da Cheng chuan, Centre Calam, St Priest des Champ, Auvergne.2 au 6 aout 2011.

 

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Notes de stage – Da Cheng chuan, Centre Calam, St Priest des Champ, Auvergne.2 au 6 aout 2011.

 

Participants

Sebastien Vaudon, adepte en Da Cheng chuan .

Matthieu Le moal, enseignant en arts martiaux   , adepte en Da Cheng chuan.

Aurelien Garcia,  adepte en Da Cheng chuan.

Franck Bouthegourd, enseignant en Aikido,  adepte en Da Cheng chuan.

Yves Montezin,  enseignant en culture physique , adepte en Da Cheng chuan

Jean- claude Guillot, enseignant en arts martiaux chinois, adepte en Da Cheng Chuan.

Stage sous la direction technique de Michèle et Christian  Ribert, enseignants diplômés d’état, experts  en Qi qong Yang Sheng, et en  Da Chen chuan. Christian et Michèle, co-fondateurs, animateurs chercheurs et résident au Centre artistique littéraire des arts martiaux (Calam), sont les élèves directs de Maitre Wang Xuan Jie  , qu’ils ont régulièrement côtoyé de 1990 à  2000 , selon une dizaine de voyages en Chine, ou ils ont reçu, à chaque fois pendant au moins un mois, à raison de nombreuse heures de pratique quotidienne l’enseignement et la transmission authentique du Maitre,  lui même disciple du fondateur, Wang Xiang Zhai  . Leur  compétence s’est ensuite forgée grâce à un travail personnel quotidien  , sans concession et sans relâche . Ils s’efforcent   , lors de leur propre transmission,  de se positionner en tant que partenaires d’entraînement auprès des différents stagiaires   , quelque soit leur niveau . Ils mettent un point d’honneur  à ne transmettre que la seule trame authentique de ce qui leur a été transmis, sans interprétations personnelles ou déviances adaptatives. Ils demeurent ainsi volontairement dans le strict sillage d’une tradition également empreinte de la personnalité culturelle comportementale de leur  Maitre  . Leur transmission s’avère , sous l’angle de la forme,  (par exemple des postures (zhuan ) , des déplacements (bu) ou des essais de force, (shi li)  même  des pousses mains, ( tui shou))  ,parfois différentes de celle pratiquées et prodiguées par les  Maitres chinois contemporains de haut niveau . Selon eux, le fond, l’objectif, la quête  demeurent toutefois le même.

Dimanche 01 aout ,18 h, réunion de concertation et de présentation dans leur petits dojo (40 m2) , en présence de tous les participants.  L’objectif du stage est simple : compte tenu du fait qu’ils estiment avoir à faire à un groupe d’adeptes empreints d’une certaine  expérience, en tout cas de pratiques diverses affirmées,  ils nous convient  , pendant l’entièreté de ce stage, à un travail intensif sur l’étude des cinq éléments, qui constituent, avec les essais de force, la série technique des cinq animaux et des  diverses paumes issus du Pa kua chuan, un des incontournables du Da Cheng chuan. Christian et Michèle nous annoncent  qu’ils désirent,  par le biais de ce stage,  nous livrer progressivement, mais globalement, sans rien omettre, la totalité de leur savoir en ma matière, nous propulsant ainsi dans les traces affirmées d’un  travail personnel ultérieur, indispensable  pour  forger esprit et corps, afin d’intégrer avec le temps , la trame du fil de soie interne propre à chacune des cinq techniques .

Les chinois estiment que l’on devient ce que l’on pense, par extension, ce à quoi on pense   ; ainsi, un adepte  capable de s’imprégner mentalement,  voire comportementalement d’une intention (yi) propre à le remplir de la certitude que la technique explosive dont il va se servir ,  revêt corporellement les propriétés de celui des éléments auquel il pense intensément.  Le métal confère au bras  ou à celle des parties du corps qui frappent, une sensation de dureté coupante, comme celle d’une lame bien trempée ; le bois, selon le principe de la lance qui pénètre en estoc, donne la sensation à l’adversaire d’être  transpercé ; l’eau semble venir se grouper au bout de l’extrémité qui frappe, selon une force à  la fois dense , souple et mobile ; le feu est une  frappe explosive et violente qui s’éteint aussi vite qu’elle a été allumée  ;  la terre, elle,  déracine et balaie l’adversaire. Tout  n’est concevable, je le répète, que dans la mesure ou l’état d’esprit et le corps ne font plus qu’un, selon un contexte ou la notion de survie, ou notre intégrité physique, voire notre pronostic vital, ou celui de nos proches  seraient   en jeu ; la dimension du combat sportif est donc exclue de ce type de débat, de recherche, et de conception de travail.

Le stage  est programmé pour durer cinq jours, soit l’étude approfondie d’un élément par jour.

Le lundi sera ainsi consacré à l’élément « métal ».

Le mardi à l’élément « bois ».

Le mercredi à l’élément « eau », selon une particularité horaire qui nous amènera à travailler plus tôt le matin .

Le jeudi à l’élément « feu ».

Le vendredi à l’élément « terre ».

Chaque journée sera composée de trois entrainements ; le premier, chaque matin, de 6 à 7 h, selon une heure complète de posture sur deux appuis, dans le dojo et le silence le plus complet ; la deuxième session se déroulera de 10  à 12 h 30, dans le jardin, ou une aire spéciale d’entrainement a été judicieusement aménagée ; la troisième, de 16 à 18 h, la journée se terminant  dans le dojo, selon une demi-heure de méditation assise   . CR et MR nous expliquent également que chaque journée sera construite autour de l’étude d’une phrase ou d’une citation traduite  extraite d’un ouvrage du fondateur ( Wang xiang Zhai) , ( traduit si j’ai bien compris avec l’aide de notre ami Emmanuel Agletiner) , dont nous nous  servirons pour approfondir et  illustrer notre travail ,en tout  cas tenter de lui conférer , également, une dimension intellectuelle . Enfin, ils nous font part de leur désir de mettre en application par deux l’ensemble de ces cinq techniques, selon des ateliers expérimentaux, à propos desquels ils nous invitent d’ailleurs à réfléchir sur leur bien fondé, voire sur l’éventualité d’en concocter d’autres  de notre cru , afin de rendre notre recherche un plus concrète, mais sans pour autant que cela ne devienne le but ultime de notre pratique, de crainte des fameuses déviances vers des  sessions de combat libre , au cours des quelles nous savons que la finesse technique et énergétiques  péniblement entrevue lors des  pratiques de  base ,  s’évaporent  dans l’élan brouillon de nos orgueils respectifs, par trop linéaires et tendus..

 


Chaque cours sera construit de la même manière, à savoir :

-Une heure de posture standard sur deux appuis avec renforcement du travail personnel  de l’intention (yi).

-Une plage de quarante minutes de postures variées adaptées à chaque technique, sur un appui.

-Introduction de l’intention directionnelle (yi)  propre à la technique en cours.

-Répétition lente sur place de la technique du jour.

-Répétition en semi- statique.

-Répétition en déplacements divers, mucabu (pas linéaire) , santiaobu  (pas en triangle) ou pakuabu ( pas tournant)

-Introduction dans le travail de qianwu (enchainement en expression  libre), avec ajouts  successifs des  trois principaux essais de force (shi li) , des deux liants défensifs avant et arrière, ce incluant tous les types de déplacements.

-Application par deux en ateliers, mais sans intention de domination ou d’affrontement.

-Retour au calme avec à nouveau, la technique au ralenti sur place.

Chaque geste, chaque technique doit comporter une recherche kinesthésique profonde propre à nous faire ressentir le passage de la force (énergie) à partir des pieds, jusqu’à sa sortie par l’extrémité de celle des parties du corps sensée être en contact avec l’adversaire. La recherche en question se base sur un état de liberté et de spontanéité :  le chaos nait du néant, la force est issue de la détente, la mobilité de l’immobilité, selon un relâchement du moi, consistant à occulter le passé, le futur, et à s’inscrire dans un présent respiratoire disponible et intense.

Lundi 2 aout 2011- minutes de l’entrainement.

Plage de posture de 6 à 7 heures .

Nous nous retrouvons tous les huit , encore endormis debout  ,  silencieux,  dans le petit dojo , face aux baies vitrées s’ouvrant sur l’obscurité de l’immense jardin ; la nuit n’est pas encore terminée ; un petit vent frais colporte quelques cris de chouettes et de  plus lointains  meuglements…chacun s’installe à sa convenance en perspective de ce qui va consister en une des plus grandes difficultés : se détendre  pendant la totalité du temps  fixé ; quelques lumières lointaines sur les flancs du  Puy de Dôme et des massifs environnants nous permettent de fixer notre attention sur un lointain  abstrait . Les recommandations sont toujours les mêmes  consistant à apposer sur la durée, (une heure complète de posture représentant un travail difficile) la recherche du vide  en nous, occultant un passé irrémédiablement épuisé,  un futur par trop hypothétique pour que nos attentions se cristallisent en tension  , en perspective de ce qui n’est pas encore et ne sera pas forcément.   Il nous est à nouveau reprécisé que l’exercice ne consiste pas à rechercher  la performance , soit « tenir » , envers et contre tout ou contre tous, à tout prix ; chacun peut ainsi baisser les bras s’il en ressent le besoin, mais non sans avoir tenté de vérifier si cette décision est bien amenée par un dysfonctionnement corporel, prospectif, imminent ou engagé, ou si cela ne serait pas le corps  qui subit le dictat de l’esprit… « Qu’est ce que je fais ici à rester bras levés aussi longtemps  dans le silence, alors que j’ai par ailleurs tant de choses à faire et à régler….à quoi bon ? ..En plus, cela me fait mal…ne suis-je pas devenu maso,…pourquoi dois je partager aussi longtemps cette torture avec ces gens que je connais à peine…..je serais mieux sur un appui…il ne doit rester que la moitié du temps imparti… » Compter et égrener le temps pour savoir ou on en est revient  à tendre vers un futur souhaité, occultant ainsi le ressenti potentiel d’un présent qui nous sommes sensé vivre pleinement,  qui s’évapore inéluctablement dans un passé  en fait très présent, et très  voisin ; la frontière entre le vécu et le rêve  s’avère ainsi on ne peut plus ténue. Dans quelle mesures  nos vies respectives n’en ont elles pas été affectés, conditionnées, dévoyées, aliénées ?

Mes genoux usagés plus mêmes bons pour la réforme me font souffrir très rapidement ; je décide de concentrer mon attention sur la recherche de détente par l’abandon à la douleur, mettant ainsi en évidence de trop nombreuses tensions entre les cervicales et les épaules. La fin de la séance revêt à la fois une sensation de délivrance, toutefois  contrebalancée d’un  plein de légèreté et de disponibilité positive  physiologique comme mentale,  le sentiment d’être allé au bout de ce que je m‘étais imparti  constituant  incontestablement une sensation d’estime rassérénant  à mon propre égard….sensation de bien être ou de fierté.. ? … autosatisfaction déplacée ?.

Lundi 2 aout -9 -30 à 12 heures,

Etude détaillée de Pi- chuan, (fendre, élément « métal »), force sagittale, de haut en bas.

« Les mains se transforment en deux lames tranchantes  qui effleurent la cloche en silence, et qui coupent comme s’il s’agissait  d’argile. Dès que l’on touche  la cible, la force explose et s’enchaîne sans interruption » (Wang Xiang Zhai, fondateur.)

Il nous est proposé ensuite de reprendre notre travail de posture, mais cette fois ci sur un appui, en l’occurrence, selon celle de « porter le bébé », (tuo  baobe zhuan) . Le poids est installé à soixante dix pour cent sur l’appui arrière, les trente pour cent restant également arc bouté sur le pied avant, selon un subtil dosage de gestion des appuis. L’exercice va durer quarante minutes ; il consiste à rechercher la détente maximum de la globalité du corps, afin de transformer ce dernier en une cheminée creuse, propre à laisser circuler les impulsions volontaires qui partiraient des pieds, justement grâce à  la subtilité de nos appuis.  Il s’agit de rester le plus longtemps possible sur la même jambe avant que de changer, jusqu’à ce que s’installe la douleur ;  là encore, il convient de persister, jusqu’à ce que cela devienne impossible à tenir. Cette posture, contrairement à celles  de profil, s’effectue davantage avec une recherche avec les  hanches de face.  Les bras utilisent la force en triangle  selon un positionnement haut  quasiment à angle droit entre bras et  avant bras, poignets pliés, paumes parallèles à hauteur de visage, doigts tombant afin de créer la force du crochet, si l’on tire vers soi en abaissant  le bras, ou en le montant. La jambe avant est intimement relié au bras le plus haut, et inversement.

L’étape  suivante consiste à instiller  le travail mental  du yi (intention), selon lequel notre concentration doit nous confiner dans la visualisation d’une situation de danger extrême, propre à nous faire  instinctivement transformer  notre corps selon l’état d’esprit dans lequel notre pensée nous a propulsés.

Un travail  mental connexe, tout aussi difficile, consiste à nous imprégner du fait que les bras sont devenus des lames  coupantes   , tranchantes et lourdes  et ce de l’extrémité de l’index jusqu’à celles des  coudes.

L’étape suivante consiste  à bouger les bras parallèles à partir de  cette position statique  , à les porter plus haut, au dessus de la tête , comme pour prendre un élan, avant de les abattre sur la cible, possiblement la garde de l’adversaire, afin de le désarmer, de le surprendre , attirant son attention sur une partie de son anatomie, ,créant ainsi un vide, puis un temps de retard dans sa perception , vide  qui sera ultérieurement exploitée en enchaînement immédiat par une autre des quatre techniques , ou issue d’un autre registre.

Ce travail doit être effectué en prenant bien soin de mobiliser l’amplitude des plis  de l’aine, ( kua ), de façon à ajouter à la technique de bras la force du bas du corps , la rotation des hanches et le trajet avant arrière 70-30  concomitants  jouant pour beaucoup dans l’intensité de la technique. Ceci s’effectue selon le principe  général de «  bolang  shi li «  (essai  de force de la vague) . Les bras  s’abattent puissamment  mus par un affaissement du buste lui même entrainé par une brusque flexion de jambes, comme si on était monté sur ressorts, ou sur amortisseurs  , en laissant brusquement fuser le son (sheng), d’une manière brève et dynamique , comme un lâcher d’un trop plein de vapeur à l’intérieur d’un machine sous pression  .

L’étape suivante consiste à inverser les bras concomitamment, l’un s’abaissant  alors que l’autre remonte,  selon un principe de doubles couperets successifs , selon  le principe de tenségrité , ou forces contraires  complémentaires : lorsqu’un bras  s’abat , l’autre remonte en même temps, non seulement afin d’augmenter la force de celui qui s’abat, mai aussi dans l’objectif d’assurer un équilibre   parfait à la technique , le tout étant piloté par le bas du corps ,  selon le principe de globalité. Présence du son souhaitée.

L’étape suivante consiste à greffer cette technique sur le pas linéaire (mucabu), puis  sur le pas en triangle (santiaobu), puis et surtout  sur le pas tournant ( pakuabu) propre au pakua chuan  . A cet effet ,  il convient de toujours garder le centre en vue derrière la paume avant , d’’installer une rondeur entre les deux bras,  comme si on déchirait les nuages ,  de fondre la zone sternale et pectorale , le bras avant étant toujours plus haut que celui arrière. .L’introduction de Pi chuan se fait  dans le pas tournant, sans qu’aucun vide se vienne s’insérer  ni dans le  déplacement,  ni dans la garde des bras lors du changement de paume, ou  dans la concentration et l’intention.

Les ateliers sont  au nombre de trois.

Le premier se travaille seul, face à une branche souple émanant d’un noisetier voisin complaisant ,  ayant bien voulu mettre à notre bonne hauteur de bras, une de ses ex -croissance parallèle au sol.  Sa réactivité n’est pas sans  rappeler celle d’un bras humain.  La branche a été recouverte d’une mousse protectrice ; l’exercice consiste  à abattre les bras  selon une série de frappe prenant en compte les préceptes ci dessus détaillés ; il est également possible, après  la frappe, de s’entrainer maintenir la branche baissée, afin de ressentir en continu le rôle prépondérant joué en l’occurrence par le bas du corps.

Le second s’effectue par deux, l’un revêtant ses avant-bras de protection améliorées de kendo ; l’autre s’entraine, comme sur la branche, à abattre la garde de l’adversaire, mais en apposant un déplacement latéral ou tournant   à  son travail  , cette technique de Pi chuan  étant difficilement concevable sur un plan frontal, soit en face de l’adversaire.

Le troisième atelier se fait justement à deux, au sein d’un cercle de terre battue réservé à cet effet.

Les deux partenaires tournent l’un en face de l’autre, à distance ,  selon le pas et la garde du pakua , tentant,, dans la plus stricte lenteur constructive, de rentrer leur technique de pi chuan à tour de rôle, sans dévier du rythme du pas , non sans avoir précédemment effectué le changement de paume, en  raclant celle ci sous l’aisselle, , selon un travail de fermeture –accumulation du buste .

Quelques tui shou  frontaux (pousse mains)   proche de cette technique, ponctuent la séance, avec incitation à ne pas utiliser la force musculaire, ce qui s’avère utopique pour qui travaille avec Yves ou Sébastien,  véritables forces de la nature, dotés  qui plus est d’un excellent fond interne. http://www.youtube.com/watch?v=8kKDxFo_4u0&feature=related (ctrl + clic pour suivre ce lien).

Lundi  2 aout ; séance de l’après midi,  de 16 à 1 8 heures.

L’entrainement est tout à fait identique à celui du matin.

Nous démarrons la  séance avec une heure environ de posture en tuibao be, en nous efforçant  de penser  intensément à notre technique de Pi chuan, tout en nous entrainant à  réduire mentalement le circuit interne  du mouvement au maximum :

Aurélien

« En partant d’une force déployée, il faut aussi la diminuer afin de transcender les apparences ; il n’y a alors plus de forme, mais l’esprit demeure ».( Wang Xiang Zhai, fondateur)

Nous retravaillons ensuite, mais en passant plus rapidement d’une étape à l’autre, avant de passer ou repasser aux ateliers du matin

La séance de l’après midi se termine par une présentation  individuelle  de notre travail, selon l’exercice de synthèse que constitue « qianwu » Il s’agit de se laisser aller à créer note propre enchainement créatif,  en nous efforçant de respecter les critères suivants :

-Ne pas réfléchir à ce que l’on va faire, laisser la  spontanéité jaillir des circonstances de notre placement

«  La vie est un jaillissement  d’imprévisibles nouveautés «  (Bergson)

-Rester souple et détendu

-Travailler au ralenti

-Lier les techniques de pas, d’essai de force, de liants  défensifs avec  Pong chuan, mais aussi Pi chuan.

-Toujours rester dans une  dynamique circulaire mobile.

-Ne pas se tendre lors  des sorties de force ( fa li ).

Le travail présenté par Christian et Michèle atteste de leur niveau ; ils donnent ainsi,  l’une  et l’autre, envie de progresser, de s’investir, tant leur production s’avère en tous points pertinente et potentiellement efficace ; la pratique passée  du combat libre s’éloigne encore un peu plus,  lui conférant, au vu du niveau qualificatif par l’une et l’autre déployé, , une note très bas de gamme s’éloignant  vigoureusement du concept artistique. Certains  de élèves  présents témoignent à  mon sens,  d’un métier non négligeable ; je me sens pour ma part  empêtré dans mes changements de direction,  et producteur  de vide en  gros  lors des enchainements d’une technique  à l’autre. Je soupçonne alors très fortement les quelques quarante katas de karaté que j’ai de longue date encastré dans mon disque dur cérébral de fortement contribuer à un conditionnement  psychomoteur que je crains  irrémédiable…le travail intensif et  frénétique   finit toujours par payer…  mais hélas pas toujours  dans le sens ou on l’espère…. donc par « se »   payer  !!!

La séance de méditation assise ponctuant cette première journée est destinée à nous  reposer de tous ces efforts, tout en continuant le travail de « lâcher prise  » J’éprouve les pires  difficultés à demeurer sereinement assis en cette  posture genoux repliés, même avec les aides  textiles spéciales , les genoux maintenus d’un bandeau de tissu, sollicitant malgré tout mes pauvres  articulations au point que je dois me résoudre à terminer la séance assis sur uns des bancs en bois du fond du dojo. Là encore, mon  travail excessif et sans doute mal dosé de toutes cette année me prive sans doute de perspectives et d’ouvertures intéressantes  !!

Le schéma de travail largement détaillé de cette première journée sera  donc reproduit à ‘identique lors des quatre suivantes.

Je me contenterai  pour les suivantes, de lister les caractéristiques  propres à chaque technique, leur mise en application sur les divers déplacements s’appliquant selon la même logique.

Mardi 3 aout 2001 séance du petit matin, 6 à 7 heures.

La fatigue due aux efforts de la veille se fait incontestablement ressentir.

La perspective annoncée d’une séance programmée  à  2  heure du matin le mercredi, troisième jour,  affole encore un peu plus mon petit  compteur personnel et ses piètres résistances internes ….Je sens que la soixantaine «  damnée » dont je commence à souffrir, même  s’il ne s’agit pas d’une honteuse maladie, ne me permet  plus d’envisager la perspective des entrainements lourds aussi sereinement que ne serait ce qu’il y a deux ans.C’est peut être cela devenir vieux… ??

L’exercice s’avère toutefois bien moins éprouvant que celui de la veille  ; si les dix premières minutes me semblent tout simplement  atroces, tant au niveau des épaules que celui des genoux, , alors que je pratique  quasiment la demi heure sans problème sur  une base quasi quotidienne … …les  vingt minutes suivantes  permettent à l’ensemble de mon corps de se relâcher, pour  finalement emmener mon esprit  dans une dernière demi heure presque agréable, m’autorisant à penser qu’il m’aurait sans  doute été possible de continuer l’exercice de  posture  au-delà et peut être plus, de l’heure  fixée, cette limite  constituant sans doute et une barrière mentale, et donc une autre physiologique  .

Mardi    3 aout 2011- Entrainement du matin, de 10 à 12 h 30, et  celui de l’après midi 19 à 1 8 h .

Etude détaillée de « Pong chuan «  ,  élément « bois », force frontale avant arrière, mais aussi multidirectionnelle .

Le pied vide a à peine touché le sol qu’il faut propulser la force et attaquer en s’appuyant sur la résistance du sol.  La terre me prête sa force. Une attaque avec les épaules se cache dans le mouvement

(Wang Xian Zhai, fondateur) .

-Nous débutons  la séance par  45 minutes de posture  sur un appui, selon la  forme classique de lance et du bouclier, (mao tung zhuan) . Mes douleurs ginocchiales me contraignent  à changer de jambe toutes les deux ou trois minutes , ce à propos  de quoi CR me rassure, me confirmant les termes de Wang Shang Wen  rencontré en Chine  l’été dernier , selon lesquels  le fait de ne pas persister sur un même jambe n’a pas d’importance ,  dans la mesure ou le travail interne est bien conduit, selon une forme bien entendue irréprochable .

-Nous reprenons ensuite pendant une demi heure le même schéma progressif que  veille pour Pi chuan,  avec conduction mentale de la  technique, puis avec les divers  déplacements ;  puis nous  passons aux ateliers par deux.

Le premier atelier consiste à se placer  face à face à distance large  , l’un prenant l’initiative de l’attaque, spécifiquement produite par une petit avancée, ponctuée d’un son bref et profond ( tuup !  ).  L’impulsion de la globalité du  corps doit être produite à partir des pieds  ; celui  qui est sensé défendre doit tenter  d’anticiper , en ressentant , absorbant cette attaque, en reculant de façon à cultiver la même distance. Toute tension  ou contraction  favorise  notre immobilisme et notre capacité de réaction ou décision .  IL faut, lors de   l’attaque comme  de la défense,  démarrer comme si on était en état mental de fin  d‘heure de posture, et plus …!!!

Mathieu

Le second atelier s’effectue seul ; il consiste à s’armer d’un bâton long (en japonais, Bo) et de tenir la position jambes très fléchies,  comme si on tenait une lance et qu’on avait  l’intention de transpercer un adversaire ; le relâchement est toujours de mise, le travail de l’intention se transmet à l’arme. CR nous invite à nouveau à une brève émission de son ) :  à partir d’une sensation émanant du sol et parvenant, au travers du  champ corporel libéré de tension , jusqu’à la pointe du bâton ; une fois le bâton ôté des mains, la technique de Pong Chuan demeure la même : elle peut alors être déclinée selon les divers moyens de propulsion ; toutefois, il est difficile de l’utiliser de manière unique et frontale : elle s’adapte mieux  en enchainement avec une des quatre autres techniques ; autrement dit, Pong chuan élément « bois «  n’est pas une technique directe .

Franck et Yves

Le troisième atelier s’effectue par deux, l’un des partenaires étant équipé des protections  faites de gants kendo  sabre bambou japonais) rallongées.

Le travail à consiste, pour l’attaquant, de sortir de l’axe de l’adversaire  avant de frapper, et surtout de conscientiser que l’on frappe non pas avec le poing, mais avec l’épaule, en acceptent d’abandonner la force immédiate du poing. On ne frappe pas avec la lance ou le bâton, mais avec la conscience de la rotation des kua (hanches et plis de l’aine) .

Le travail  se décline selon deux manières :

L’attaque est portée par dessous la garde de l’adversaire ; il convient alors de créer un premier choc sur son  bras afin de lever sa  garde,  ce  qui va détourner son attention, charge ensuite à nous de prolonger l’attaque au contact du bras de l’autre, en rentrant notre déplacement linéaire entre les jambes de l’adversaire, en poussant avec les hanches, puis les épaules selon  un subtil travail de transmission énergétique qui s’effectue alors, pour qui travaille régulièrement et justement la posture.

L’attaque et portée en dessus de la garde , l’objectif est donc d’abaisser cette garde, et de poursuivre de la même manière que par-dessous, l’attaque sur la base de notre force interne.

Le quatrième atelier consiste à passer seul dans le cercle, livré à nous mêmes et au regard des autres, afin de tenter de synthétiser son travail d’enchainement libre,( qianwu ) , en y intégrant, outre les deux liants et les trois  essais de force, les techniques conjuguées de Pi chuan  et de Pong chuan , le tout sur pas linéaire, en triangle ou en tournant.

IL nous est reproché, à juste titre, à tous, de tenter d’imprimer trop de vitesse,  trop de tension lors des explosions de force (fa li)

Je commence toutefois à mieux ressentir, grâce à toutes ces recommandations, la possibilité d’enchainer avec moins de vide et de  césure les différents éléments qui  sont à notre disposition ; mais la route sera encore longue avant de tenter d’approcher le niveau de de la cheville nos guides !!

Quant aux genoux ….. !!!

Séance de méditation assise de 18 à 18 h 30.

Je décide, en plein accord avec les enseignants, d’aller me reposer afin de ne pas inutilement perdre une demi-heure à tenter de me concentrer alors que les douleurs générées par la position assise s’avèrent par trop inconfortable !

Mercredi 4 aout 2011 –

Séance de 2 heures à six heures le matin : l’ « expérience «  !

La journée sera ensuite consacrée à l’étude de l’élément « eau » , avec la technique de Zhuan chuan.

Le rendez vous est fixé pour tous dans le dojo, à deux heures précises.

IL fait nuit noire ; l’atmosphère est fraiche ; le silence est complet, chacun évitant les regards  des autres afin de ne pas avoir , pour l’instant, à engager un contact verbal de toute manière déconseillé par nos guides. Chacun trouve sa place sur le plancher, comme s’il allait y prendre racine, regard déjà serti au loin, sur  les flancs des invisibles monts d’Auvergne.

L’expérience va consister à réitérer trois, peut être quatre fois, une série d’exercices successifs complémentaires, qui comprendront une demi heure de posture debout sur deux appuis, puis une quinzaine de minutes de déplacements lents linéaires bras étendus sur les côtés (Mucabu ), et enfin, une demi heure de méditation assise sur le plancher,  dans l’obscurité et un silence prégnant qui se sera  entre temps épaissi, le tout  face à l’obscurité persistante du jardin . La triple répétition de ces trois séries doit nous conduire jusque vers les six heures, heure à laquelle nous serons invités à aller nous recoucher illico !!

L’objectif de ce programme de torture nocturne plus que noctambule, consiste à nous faire évoluer immergés dans une  une zone temporelle au cours de laquelle notre corps  et notre esprit sont  habituellement accoutumés  à dormir, soit à être en principe relâchés, abandonnés, donc disponibles   ; notre recherche de détente , puis de  fabrication de force à partir de cette dernière  ne peut qu’en être favorisée ; il ne s’agit donc en aucun cas d’une épreuve virile de style commando pour machos couillus  en mal de reconnaissance , consistant à tester notre capacité à endurer un entrainement nocturne, comme il m’ a été donné de le faire lors  de nombreuses précédentes expériences.

La première demi heure de posture se déroule, outre mes constants soucis de genoux, sans problème particulier, si ce n’est la crainte de me laisser aller à l’affluence de questions relatives au bien fondé d’un tel test, à mon âge et à cette heure ; je décide de transcender ces deux données,  de m’investir  dans l’expérience, afin de vérifier jusqu’ou  elle est en mesure de me conduire… si elle me conduit quelque part. Les vingt minutes suivantes de déplacement attentifs bras tendus sur les cotés s’avèrent pénibles, de par la déjà demi heure passée les bras en l’air .  Le plus dur consiste en la troisième série d’exercices, mes genoux me contraignant  à aller me replier sur un de bancs en bois  du fond du dojo, emmitouflé  dans une couverture maison,  luttant contre le sommeil qui tente d’imposer son diktat  naturel .

Puis, le signe de la seconde série est donnée,  selon un bref tintement de cloche sans doute tibétaine ; j’ignore s’il s’agit de la même sur laquelle exercer notre Pi chuan, mais je me rue vers ce changement, trop heureux de trouver là un prétexte pour ne pas dormir. Seul Bambou, le chat de la maison , en venant se frotter contre les jambes des uns et des autres, donne un peu de vie à cette assemblé de huit totems vivants qui prennent silencieusement et méthodiquement racine pour une nouvelle demi heure ; celle-ci se déroule sommes toutes assez facilement, en tout cas dans de meilleures conditions que la première ; mon dos s’est ouvert par  nécessité, afin de contribuer à supporter le plateau scapulaire ; celui-ci s’est  allégé , ma tête cherchant agréablement le ciel ,  installant une cheminée interne ou circule  un vent frais, lequel  semble très nettement conforter la présence vive du jeu  complet des chakras  de mes deux lignes centrales, étudiées lors des nombreuses années passées au sein de ma précédente école…illusion cognitive semi volontaire, ou révélation circulatoire tardive d’un exercice  que j’ai longtemps travaillé, puis par dépit , abandonné, repris, comme un amour désiré mais en fait utopique (xiao shui tan)……… ? .

Une demi-heure de déplacement lent mains étendues s’avère également plus léger, Christian et Michèle, également acteurs de cette expérience impriment un rythme abominablement lent à l’exercice, nous obligeant ainsi à conserver une verticalité  assurant un équilibre corrompu par les fatigues de toutes sortes. Le troisième exercice de la seconde série s’avère, pour moi, être le plus pénible, car me contraignant essentiellement à lutter contre le sommeil, plus qu’à tenter de me concentrer sur ma détente. Le signal de la troisième série, celle que je redoute, est donné …La demi-heure de posture se déroule pourtant d’une manière on ne peut plus positive, dans la mesure ou j’ai le sentiment d’avoir accumulé une grande fraicheur pectorale, ainsi qu’une immense légèreté brachiale,  sans doute connectée à l’allégement mental auquel je me suis efforcé de parvenir, montgolfière  chaude , volatile et légère de mes pensées ; mes bras  semblent même s’élever tout seul, comme lorsqu’  on frappait hier sur la branche de coudrier qui s’ingéniait à reprendre sa place initiale ; j’ai aussi le sentiment d’être en mesure de tenir encore bien plus longtemps, alors que nos guides ont entamé une longue série d’essais de force frontaux,  (Guo kuo shi li), qui conduit , avec beaucoup de fatigue mais un grand relâchement, vers l’exercice final , ou je parviens finalement à redresser mon esprit parallèlement à mon souffle, au gré du jour naissant http://www.youtube.com/watch?v=5kVPV7Wj1_Y&feature=related (ctrl+ clic pour suivre ce lien)

La sonnerie tintinnabulante et libératoire de fin d’exercice  nous laisse tous silencieux, assis,  heureux de cette expérience autant personnelle que collective, tous apparemment plein de la détente qu’a occasionné cette finalement riche expérience ; je ressens une faim de loup qui me fait m’engloutir dans la boite de céréales et le bidon de lait de riz.

Rendez vous est fixé pour, ceux qui le souhaitent, sur le pré,  à dix heures, pour les exercices liés à l’élément « eau » ..

Mercredi 4  aout 2011 –Entrainements du matin 10  à 12h 30 .

Etude détaillée de Chuan  chuan, élément « eau », force sagittale. «  Le poing qui vrille «  .

Les deux heures de sommeil auxquelles nous avons eu droit entre 8 et 10 heures n’ont manifestement pas été suffisantes pour nous permettre de récupérer ; c’est donc dans un état de fatigue et de semi endormissement que nous nous présentons dans le cercle de terre battue, afin d’y aborder l’étude de l’élément « eau ».

Force mouvante et fluide qui, produite par le chaos et les muscles, est pareille à une goutte d’eau en circulation à l’intérieur du corps. (Wang Xiang Zhai, fondateur) .

Le premier exercice consiste  à accumuler de l’énergie sur quarante  nouvelles minutes de postures, cette fois ci sur un appui, selon la pratique de « tenir l’oiseau dans la main », niao nan fei  » . Cette posture est très proche de celle de la lance et du bouclier (mao tung zhuan) , à la seule différence que les poings doivent demeurer fermés, mais sans aucune tension, comme si on tenait au creux de-là main un petit oiseau vivant fragile, que l’on enserre suffisamment pour qu’il ne s’échappe pas, mais juste ce qu’il faut afin de ne pas l’écraser. Cette manière de travailler évite les tensions inutiles de bras, et par extension d épaules, lorsqu’on y  intègre des fa li (explosion de force), ou ne serait cet que des intentions de force invisibles, essentiellement avec l’esprit, comme il nous est arrivé de le faire lors des deux précédents éléments….. Inutile de préciser qu’une fois cet exercice  effectué, nous totaliserons plus de deux heures de postures diverses  sur les dix dernières écoulées ; notre organisme est donc plus que relâché, et apte à servir de canal ….pour le libre passage  de l’eau.

Christian                                          Sébastien

Le second exercice consiste justement à tenter de faire passer une petite force spirale à partir des pieds, en tentant d’éviter toute forme de contraction du corps , surtout des épaules et des bras ; l’exercice doit être répété de chaque coté de la posture, et bien  entendu dans les deux sens  possibles de l’explosion, en sollicitant l’arrivée de le force au bout des deux poings relâchés , l’un poussant ou tirant l’autre, leur gardant ainsi une équidistance qui contribue à l’équilibre de la technique .(tenségrité)

Le troisième exercice consiste à commencer à pratiquer lentement, sur place, la technique, qui correspond en anglaise à l’uppercut, au Xing yi chuan à la quatrième dans l’ordre consacré de wu xing chuan (boxe des cinq éléments). Le bras avant, placé à l’horizontale remonte vers le haut en balayant, ouvrant la voie à celui arrière, qui vient percuter sous le menton de l’adversaire , en passant très près de la ligne de centre ; il est bien évident que cette technique n’est valable que si elle accompagnée de la participation des hanches et des plis de l’aine, (kua), qu’elle soit travaillée sur place, ou selon les divers types de déplacement que nous pratiquons ensuite.

Nos guides insistent également sur notre capacité à ressentir notre force montée sur ressort, comme si les coups donnés émanaient  de la terre, avant d’y retourner pour un nouveau circuit.

L’atelier suivant consiste , dans le cercle de terre battue, à intégrer cette nouvelle technique avec les deux liants , avant et arrière, selon un qianwu que CR et Mr nous demandent de concevoir  non plus trop linéaire, mais multidirectionnel, afin d’apprendre  et intégrer la coordination des bras , des jambes, et de celle des techniques en cours.

Nous terminons le cours par un passage individuel en Qianwu   ( expression technique libre ) , dans le cercle  en terre battue , en présentant successivement une synthèse de nos connaissances et de nos acquis, avec les divers types de déplacements, de liants, de shi li  (essais de force) et les trois premiers éléments ; il est tentant d’aller plus vite que requis, chose qui permet de masquer les vides, ou les césures, notamment lors des changements de direction ; j’observe, en regardant le travail des autres, et en pratiquant moi même, que si l’intention et la visualisation nous imprègnent , l’intention permet davantage de liant  à l’ensemble.

Mercredi 04 aout 2011, de 16 à 18 h .

L’entrainement est en principe facultatif, pour ceux qui ne sentent pas trop épuisés.

IL m’est arrivé de me  sentir plus en forme qu’en cette fin d’après midi, mais estimant que la proximité  de nos guides est précieuse  et rare  , il me parait donc pertinent de profiter de leur transmission au maximum ; je décide donc de participer à la réunion, ou tous finalement sont présents .

Je choisis  de passer les deux heures à améliorer, sous les conseils patients et avisés de Michèle, notamment, la première transformation simple du Pakua, en prenant bien garde d’améliorer les points suivants :

1- Le regard doit toujours se porter derrière le coude du bras avant, , vers le centre du cercle autour duquel on tourne.

2- IL convient de porter les bras en cercle, sans tension aucune dans les mains relâchées..

3- La main avant est toujours plus haute que celle, arrière.

4- IL convient d’être attentif à l’effondrement du sternum.

5- Lors du pas, le pied extérieur  est tournant, alors que le  pied intérieur va droit .

6- Le changement de direction doit absolument s’effectuer dans le mouvement, et non sur place avec un re-départ

7- Le changement s’effectue avec un des bras et sa paume dirigée vers le centre, soutenu par le regard.

8- IL convient de faire « râper » le dessus de l’autre  main qui « change »  sous l’autre aisselle, afin de ratisser large.

9- Bien associer le changement  de main et  celui de direction, sans  fuite du « yi  ( intention) ( regard au centre).

10- Le pas tournant doit s’enfoncer dans le sol, sans trop ou pas asez d’écart entre les pieds.

11- Ce sont les « kua » (plis de l’aine) qui vont impulser la frappe de la technique, quelle qu’elle soit,  que nous allons greffer sur ce

pas tournant.

Mercredi 4 aout, séance de méditation assise ; elle se transforme pour moi en séance de travail en position du boxeur couché dans l’herbe du jardin, avant de me jeter sur le délicieux repas du soir, puis de plonger tête la première sous  ma couette.

Jeudi 5 aout 2011.

Etude du feu,           coups de poings circulaires multi directionnels,

« Force explosive et violente foudroyante, cinglante « (Wang Xiang Zhai, fondateur).

Séance du matin de 6 à 7 heures.

Le pli semble être pris mentalement,  pour ce premier exercice de posture de-là journée consistant à pratiquer la posture debout sur deux appuis ; la première demi heure s’avère, comme à l’accoutumé, un peu plus pénible, la seconde de plus en plus aisée et agréable ; une grande disponibilité mentale m’investit lors de chaque fin de séances, me laissant entrevoir, malgré la légitime fatigue et mes incontournables gênes aux genoux, l’entrainement suivant avec envie de » faire « et d’apprendre, ce qui n’était plus le cas dans ma précédente école lors des trois dernières années..

Séance de jeudi  10 h- 12 h3 0.

Nous entrons dans le vif du sujet pour l’étude du « feu ».

Cette technique s’avère être selon moi, mais aussi selon le ressenti de nos deux expérimentés guides, celle la plus difficile à réaliser techniquement ; j’entends par là que les cercles concentriques  simultanés effectués dans un sens par un poing , dans l’autre par l’autre poing, concomitamment au travail de va et vient des hanches et à l’immersion du bas du corps lors de chaque  impact, s’avère d’une haute technicité ; ce d’autant plus qu’il convient de ne pas oublier le souffle et l’intention, le tout devenant encore plus ardu lorsqu’un déplacement est envisagé.

Cette technique est très liée au « Fa li » , (explosion de force) ;  il s’agit d’une force souple d’accumulation , spontanée, sans tension ni relâchement prolongé ,  qui doit amener notre corps et notre esprit de concert en une explosion spontanée , comme  parviennent à le faire tous  les animaux lorsqu’ils sont en danger ; ceux-ci ne se posent pas de question pour réussir ce genre de sortie de force, peu encombrés qu’ils sont par  leur intellect, comme nous , humains, le sommes tous ( enfin…..Plus_ou_moins ) !! .

Dans cette technique,

-1 La respiration doit être élastique, et non pas forcée.

2-Le  bas ventre doit être gonflé.

3-Les pieds cloués au sol.

4-Le creux des reins effacés afin de « tenir la partie supérieure du corps «

5- Le buste bascule sur l’avant, comme le dos d’une baleine

6- L’appui se fait sur le petit orteil du pied arrière, concomitamment à celui du gros orteil avant.

7-Les épaules ne doivent pas prendre d’élan

8-La force prend racine dans les pieds.

9-Les lombaires comme courroie de transmission ont un rôle essentiel.

10- L’explosion se fait en trajectoire directe, mais au sein de la courbe.

11-La poussée vient du bas du corps  et non pas des bras, sinon, ce n’est que de la force musculaire limitée au groupe sollicité.

Cette technique du « feu » est la plus appropriée pour l’étude du « fa li », explosion de force.

Elle doit être initialement expérimentée par la douceur et la lenteur, en distinguant bien le vide du plein.

SI un seul des principes ci-dessus  énoncé n’est pas pris en compte, seul  un «  fa li «  incomplet sera exprimé.( falette , ou fa linette, selon le niveau de chacun…)

Séance du jeudi 16h -18 h00

Nous reprenons par une séance de 40 minutes de postures sur un appui, «  niao nan fai « s’avérant, comme pour l’eau, plus  appropriée que les autres postures sur un appui, pour étudier cette technique.

Nous répétons ensuite, sur place, puis selon le divers déplacement cette technique du feu.

Nous tentons quelques petits « fa li » , qui s’avèrent pour moi,  notoirement insatisfaisant, du fait d’une tension  tenace dans l’épaule droit, contrecarrant le départ en principe du bas du corps, de la force.

Un atelier par deux nous permet de la travailler en contact, comme un pousse main, (tui sou), l’un absorbant  l’attaque de l’autre.

La fin de la séance nous ramène à l’intégration progressive , au sein de «  qianwu « (  danse en expression libre, ou forme de shadow  Boxing  ) , des deux liants défensifs, des trois  essais de force, (Shi li ), et des  quatre techniques étudiées depuis le début du stage,  feu, eau, bois, métal, le tout sur le plus de déplacements variés passibles , sans césure, sans vitesse, et habité par le » « yi, »,  concentration et visualisation à l’appui..

Je me sens chaque jour plus à l’aise dans cet exercice  créatif, que d’autres ne m’ont jamais aussi bien fait ressentir.

IL n’y aura plus, pour moi, de séance de méditation assise à 18 heures.

5e  jour- Vendredi  6 aout 2011- Eude de l’élément «  terre «  , ou coup de poing transversal  . (Heng chuan )

Force pesante et stable comme la montagne, provenant du corps entier.

C’est la taille qui le commande…relâchez là !!

IL s’agit d’une force brutale et rapide pareille à un vent violent qui balaie les feuilles mortes

(Wang Xiang Zhai, fondateur) .

L’entrainement du matin en  posture sur deux appuis de 6 à 7 heures est supprimé, compte tenu de la perspective qu’ont certains d’une longue route de retour, le stage prenant fin à 12 h.

Nous sommes donc directement convié sur le pré à neuf heures, afin d’y passer la matinée sur l’élément « terre ».

Nous initions la séance par une longue plage de posture sur un appui  ( Mao tung Zhuan , lance et bouclier ) , afin , entre autre  à partir de la technique du jour,  de bien nous imprégner de la marche progressive à suivre pour aborder chacune des autres techniques , selon  une  logique progressive partant de l »’immobilité mobile » pour parvenir , entre diverses étapes ,  toutes essentielles, à la mobilité concentrée et globale.

Ce cinquième élément,  « eau » a ceci d’intéressant qu’il peut s’harmoniser très facilement et très logiquement en introduction des quatre autres,  ce qui n’est pas leur cas .

Cette force est comparable à celle du séisme, celle d’en bas, qui ébranle et qui déracine  et qui projette.

IL s’agit d’une force spirale transversale, qui à parti du poing enroulé autour de la taille, doit venir frapper ou pousser latéralement, selon une énergie imprimée à partir des appuis de la terre, du sol, de la terre,  en passant par une complète rotation des hanches (kua) ,  sans contraction aucune de la force du haut du  corps, celle-ci devant être abandonnée et relâchée . Le départ de Heng chuan peut, pour un œil peu exercé, s’apparenter à celui de Pong chuan (bois, deuxième jour)  ; mais il convient en aucun cas  de confondre cette force déracinant  transversale de la terre, (Heng chuan), et celle frontale et linéaire du bois, Pong chuan ; les deux peuvent toutefois merveilleusement et logiquement s’enchainer ., la terre d’abord, le bois  ensuite.

Pour réussir cette technique, il convient de «  bien s’imprégner de l’image de la roue et des moyeux «

(Wang xian  zai, fondateur) .

Lors de l’exécution un peu plus rapide de cette technique, il est impératif de bien penser à sensiblement modifier la direction du posé de pied avant, selon, une diagonale résolue afin de conférer davantage de stabilité dans la tentative de déracinement de l’adversaire.

Stratégiquement, il est également important de ne pas  rentrer  frontalement dans s force, mais de tenter plutôt une approche diagonale  chargée d’une casse de garde  déstabilisante, Pi chuan  (métal) par exemple.

IL nous est bien précisé que la réussite de cette technique n’est envisageable que dans la mesure où une préparation psychologique préalable a désorienté l’adversaire, qui reçoit notre séisme une fois seulement que sa propre verticalité a été affectée. IL est donc indispensable de comprendre que les marches attentives «  mucabu » ou « san tiao bu » doivent s’effectuer, surtout lors des pratiques seul, dans l’intention (yi) de rentre dans l’adversaire, de prendre sa place, de s’accoler à lui, de le déstabiliser,  de gagner avant de frapper n’importe comment, selon les hasardeuses techniques  propres aux sports de combat.

Un atelier nous amène à enchainer les cinq éléments selon le travail de Qianwu,  mais non pas dans un ordre consacré de leur étude, mais bien au contraire, afin de ne pas créer de schèmes propres à fixer des engrammes définitifs, autrement dit afin de ne fixer notre propre kata (tao ), nous les enchainons selon l’ordre qui nous vient, selon notre «  lent jaillissement d’imprévisibles nouveautés « , imprévisibilité amenée naturellement , et non pas dictée  par un par cœur par trop rigide  mais  par la liberté du mouvement, la spontanéité des  positions de nos pieds, et l’ouverture  mobile de notre buste, ou de nos bras, ou de la conjonction des deux  . http://www.youtube.com/watch?v=eAjpcHl6Qdw&feature=related (ctrl+ clic pour suivre ce lien).

Nous terminons bien entendu cette séance par une revue individuelle et synthétique de qianwu, en intégrant, à tour drôle, nos cinq éléments à ceux de liants défensifs, de pousse main, d’essai de force , selon tous les divers déplacements possibles, le tout en respectant lenteur et attention lié et relâchement, ce en quoi il me semble me sentir deplus à laisse ; cette aisance me semble bien trop vite évanescente  aussitôt que je tente d’imprimer une vitesse plus élevée ; il convient donc de revenir à une fréquence d’échappement plus appropriée à son niveau, ce qui  constitue une manière élégante de ne pas  utiliser une expression argotique de circonstance . http://www.youtube.com/watch?v=rUPCzxSrdTE&feature=related (ctrl + clic pour suivre ce lien).

Nous terminons l’entrainement par une réunion  en cercle,  assis dans le dojo, au cours laquelle chacun est invité à faire part de son ressenti selon  sa propre synthèse et son ressenti personnel  IL en ressort une unanimité, qui se dégage sur les points suivants. Tout d’abord, chacun à tour de rôle, se déclare satisfait de l’ambiance coopérative qui  a animé tous les membres de cette retraite ; des liens  se sont crées ; d’autres se sont renforcés ; ensuite, tous s’accordent également à louer la dimension pédagogique de nos deux guides, puis la qualité de l’authenticité  de leur transmission, pour peu que je sois personnellement en mesure de le quantifier, voire de le qualifier.

Christian et Michèle nous proposent ensuite une certain  nombre de formules résumant notre pratique lors de ces cinq passionnantes journées ; selon eux, travailler de la manière dont il nous l’ont proposé revient à à sensibiliser les gens, les élèves, à  « prendre conscience  de leur capacité de flottement dans l’air » ; ceci s’applique tout aussi bien pour la partie « bien être «  de notre pratique, soit le Qi Qong Yang shen (nourrir la vie), que pour sa partie martiale, le Da Cheng chuan .  Il s’agit de « produire de l’élégance » , de la pertinence enchaînée.

Ils s’attardent ensuite quelque  peu sur leur crainte de voir , dans les années futures, compte tenu de sa dimension encore confidentielle, le Da Cheng chuan  s’engager dans des  voies de de perdition à but médiatique , selon l’action de certains qui en allient  la pratique avec des sessions  compétitives ou sportives (tui shou, sanda , grades, etc…)  , ou ceux qui n’ont pas , parallèlement à leur pratique, toute pertinente  qu’elle soit, une hygiène de vie propre à en assurer et confirmer le bien fondé. Cette critique, selon moi fondée pour l’avoir vécu deux été  de suite en Chine  , n’a pas été formulée  selon un esprit de pure critique négative gratuite, mais au contraire liée au regret potentiel de risquer ainsi voir disparaitre prématurément un des derniers témoin compétent en tout point de la tradition.

Ils concluent de concert, en nous recommandant bien de produire un entrainement régulier, si possible quotidien davantage qualitatif que quantitatif, en cherchant à produire du bien être, de la force, selon une  lenteur de bon aloi, et progressivité des étapes largement entrevue lors de ces cinq  journées.

Ils nous recommandent également, en vue de la justesse et de la réussite de notre pratique, de toujours bien savoir recadrer en nous l’objectif personnel de cette pratique, afin d’être certain, et de demeurer sur la voie que nous nous sommes fixé, sur quelle ils nous déclarent être aptes à nous accompagner, sans subordina,  vénération ou prosternation

Notes et réflexions personnelles.

La réussite de ce type de retraite martiale me semble largement influencée par la qualité du lieu.

Son éloignement géographique relatif   ,  tout d’abord, puisqu’il n’est pas massif, mais bien central,  ensuite le retrait qu’il confère, dans l’isolement et le silence de la campagne environnante, au  cœur de cette  solide et quiète bâtisse séculaire.

Là,  fi des artifices  sociaux et citadins, des impostures  mondaines  ou statutaires,  des grands airs gradués , des illusions ceinturées, chacun se muant  instantanément et simplement en un des acteurs  du groupe, en un  humble lien potentiel  à l’écoute des autres , comme une des pièces indispensable à un moteur  ;  chacun se fond dans un collectif  d’ouverture et de réceptivité  .  Cette atmosphère, surtout pas requise, pas même  suggérée, vient automatiquement et insidieusement investir chacun d’entre nous dès notre arrivée ; elle   me  semble bien moins apte à être reproduite dans une salle  de sport municipale ou un gymnase public.

La personnalité  du couple Ribert , ensuite,  ajoute à la qualité de ce lieu, de par leur attitude humaine ,  compassionnelle conditionnant la qualité de leur transmission ;  aucune dissension visible  quant à la trame technique de la pratique, ou la manière de la dispenser ne transparait jamais entre eux, donnant ainsi le sentiment d’unité et de cohérence  d’un moteur rodé sans temps faible ; toujours égaux à eux même pour aider, assister, expliquer, réexpliquer, justifier, prouver, sans jamais omettre  personne, ou laisser quiconque  de côté, ils ne s’économisent  jamais pour «   transmettre «   nous faisant ainsi accepter la rigueur et l’exigence d’une pratique qui se découvre avec le groupe, mais qui s’élabore grâce à un investissement quotidien , la plupart du temps solitaire ; leur désir affirmé de strictement transmettre et de transmettre que ce que leur Maitre leur a à eux même transmis , sans aménagement,  déviance ou interprétation,  ne confère, selon moi, aucunement «  une insulte » par rapport à la discipline , assurant au Da Cheng Chuan son aura d’authenticité  ;  le fantôme  bienveillant de Wang Xuan Jie  semble  imprégner les murs du  dojo  comme  l’entièreté des pièces de  Calam ,   de par la capacité de Michèle et Christian  à « DONNER  »   juste, simplement  et bien , en orientation, comme en quantité ou en qualité . http://www.youtube.com/watch?v=ZSYhBp5N98U (ctrl+ clic pour suivre ce lien).

En tant qu’enseignant professionnel attaché à susciter l’intérêt de ceux des élèves qui veulent bien me faire confiance,  et ainsi à tenter de es retenir , également selon des objectifs de survie alimentaire, il me semble que le déploiement technique proposé par Calam, tout fondamental, pertinent et authentique qu’il soit, peut revêtir un aspect austère propre à rebuter ceux d’entre les élèves désireux des s‘inscrire pour une activité de loisir , basée sur le ludique et la détente après le stress de leur vie. Les ateliers par deux proposés par Calam me serviront donc largement afin d’égayer quelque peu mon programme pédagogique, notamment les plus jeunes en quête de leur dose d’adrénaline à chaque entrainement..

Vous qui me faites l’honneur de me lire, par hasard ou par nécessité, qui pratiquez les arts martiaux depuis longtemps , vous qui  ne semblez pas , malgré vos efforts et votre investissement de longue date, satisfaits de ce que vous êtes devenus, ou vous qui désirez débuter un parcours, mais ne savez  pas ou et  vers quel style, maitre, club,  vous orienter de par le fourmillement d’offre sur le marché, tentez donc une retraite de quelques jours à Calam ; elle aura peut être comme effet de vous déstabiliser en vous montrant votre insuffisance et en gommant à votre égard certaines illusions …elle aura  à tout coup le mérite de vous faire vivre ce que chacun d’entre nous doit affronter, ..soi même, avant de d’avoir la prétention de vaincre les autres.

Jean- Claude Guillot,

ST Germain au Mont d’or, Aout 2011.

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