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Notes de stage de Da Cheng chuan à Calam. Par Jean Claude Guillot, 6 au 21 juillet 2012.



1- Participants et localisation du stage.

2- Thème et objectif de ce stage.

3- Déroulement du stage.

4- Notes relatives aux exercices abordés.

5- Réflexions personnelles relatives à ce stage.

1-Les participants, et la localisation du stage.

a-participants

Michèle et Christian Ribert, en tant qu’enseignants sur place.

Matthieu Le Moal, professeur diplômé d’état d’arts martiaux, élève avancé.

Jean claude Richard, doyen, enseignant en qi gong, adepte solitaire avancé.

Aurelien Garcia, adepte solitaire avancé.

Lionel ZIngaretti,  enseignant en qiqong, adepte solitaire avancé.

Franck Bouthegourd, professeur d’Aïkido, élève avancé.

Marie Claire, professeur de yoga.

Noelle Renaud, élève d’Atemi Mont d’or.

Yves Montezin, adepte solitaire, moniteur de sport.

Jean claude Guillot, enseignant en arts martiaux chinois,

Cinq autres élèves, dont je regrette de ne pas avoir noté les coordonnées.

Nos guides Ribert ont cette fois ci choisi de rassembler non plus le groupe d’anciens habituels, mais un ensemble de passionnés de niveaux divers, tous adaptes d’une discipline énergétique ou martiale, issus des quatre coins de France.

b Localisation du stage -

Le stage, ou plutôt les stages, puisque celui-ci fut précédé par une session de qi qong yang sheng avec de nombreux participants communs aux deux sessions, se déroule non plus en notre si cher centre Calam, mais dans un centre voisin, le Centre du Croizet, spécialisé dans l’accueil de sessions de ce type, davantage orienté vers les groupes de méditation Zen. Nous voici donc dans un endroit totalement isolé, encore plus que ne l’est Calam, endroit que bon nombre d’entre nous, dont moi, éprouverons une certaine peine, pour ne pas dire une peine certaine à trouver. L’endroit est solennel, perdu dans la campagne, en plein milieu de nulle part, entre deux villages de l’Auvergne profonde, si calmes, semble t-il si déserts  que seuls des chats errants croisés dans leurs rues auraient pu me renseigner sur ce fameux centre,  dont ils n’avaient manifestement jamais « croisé » la route !!   Nous voici installés dans une immense bâtisse rurale en pierre de taille, divisée en réfectoire, en chambres dans une aile particulière, collectives ou individuelles dans une autre ,  un immense dojo en étage d’au moins deux cent mètres carrés,  superbement aménagé pour la méditation,   offrant quelque soit l’activité concernée,  un espace beaucoup plus confortable que le pourtant mythique mais minuscule dojo de Calam . Le confort y est spartiate, mais somme toute suffisant et satisfaisant …mais  je regrette un peu la chaleur et la convivialité de la demeure de Michèle et Christian, lieu  investi semble t-il par des adeptes permanents de la  méditation avec qui ils font retraite de longue durée. Les repas sont tour à tour préparés ;par Michèle , puis  Christian… le jour de l’une semble béni par les participants, les bonnes volontés cuisinières spontanées se multipliant le jour ou Christian tente d’officier ;  un tour de corvée est planifiée dès le début du stage pour le ménage, la vaisselle , mais aussi pour l’entretien des toilettes, qui ont ceci de particulier que ceux situés dans un bâtiment ne doivent recevoir aucun papier, même estampillé, que ceux situé dans  l’aile des chambres individuelles, glaciaux , sont  conçus pour fonctionner avec la sciure écologique de bois ….Les candidats pour l’entretien ne  se bousculent pas ,  cette corvée ne semblant entrer ni dans les papiers des uns, ni dans  le futur du recyclage des autres , ni surtout trôner au zénith de leurs préférence  !! Un immense champ s’ouvre devant la bâtisse, offrant de multiples endroits pour s’isoler, lire, méditer ou téléphoner, pour les  indécrottables addictifs  à l’électronique.  J’ai personnellement regretté l’ambiance feutrée et intime du Centre Calam, la proximité et la communion conférée  par un groupe restreint d’habitués.  Nos guides sont toujours tels qu’on les aime ; mais j’ai  toutefois eu la sensation de  partager ces journées avec deux joyaux regrettablement extraits de leur écrin qui leur est consubstantiel …la chaleur humaine rendue plus proche grâce à un espace plus restreint , tant autour de la table et la petite cuisine , que dans le dojo, le sourire rayonnant et communicatif de Michèle toute à ses élèves inondant  les moindres recoins de cet endroit unique, les  propos « humoristicaustiques « de Christian tentant  d’édulcorer son immense rigueur de fond   se perdent un peu dans l’immensité surprise du lieu de pratique..Leur absence le matin lors de la séance de méditation debout génèrent un manque dans la motivation de certains …Manies d’assisté ? Résistance au changement ?... incapacité d’évolution avec les contingences du fil du temps qui passe, mais ne ravaude pas  forcément les plaies et l’usure de l’habitude, ou  la notion de prise en charge?

3-Déroulement du stage

Pratique chaque matin de 6 à 7 heures de la posture sur deux appuis.

Pratique de 9 à 11 heures ou 11 heures trente, de techniques martiales diverses, précédées  par 30 minutes, au moins de posture sur un appui

Pratique de 15 heures à 17 h 30, identique à celle du matin

Pratique, de 18 à 19 heures, pour ceux qui le désirent,  de la méditation assise, dans une autre salle en étage, spécialement réservée à cet effet.

Les plages de temps intermédiaires sont réservées aux travaux d’intérêt collectif, au repos individuel, à la lecture, aux notes, ou aux échanges entre stagiaires, ou avec nos guides.

4-Notes relatives aux techniques abordées


Thématique du stage

L’objectif de ce stage consiste, comme toujours, à revoir les fondamentaux  da Cheng chuan, et à les approfondir. Michèle et Christian nous rappellent fort justement que le registre technique de cette ingrate discipline n’est pas si étendu que l’on puisse lui consacrer de nombreux stages en abordant de multiples techniques à l’infini. C’est la raison pour laquelle il estiment, selon leur expérience, qu’une forme de frustration succède, chez beaucoup d’adeptes, à la prime illumination lors de la découverte des principes de cette boxe interne, et de son caractère si particulier, attractif et secret  ; la pratique des postures, du déplacement attentif, des essais de force , des techniques répétitives des cinq éléments et même des pousse mains ne semblent ainsi très rapidement ne  plus fournir aux adeptes en quête d’adrénaline  une variété suffisante, ni surtout le challenge martial que nous recherchons tous plus ou moins, qui nous permet de nous mesurer, d’éprouver l’aboutissement, ou pas, de notre travail. Nos guides nous proposent ainsi de pratiquer en tentant de relier ces différentes gammes,  en les assortissant de quelques applicatifs ludiques. J’ajoute qu’ayant déjà été confronté à cette  réflexion,  je ne manque jamais, lors des cours que j ‘assure les mardi soirs, à Atemi, dans mon petit club,  d’instiller quelques  défis par deux, selon  des thématiques codifiées, propres à respecter l’intégrité physique de tout  un chacun.  Ceci permet d’apprécier le degré d’efficacité atteint lors d’exercices trop souvent solitaires, au cours desquels nous stockons de l’énergie sans avoir forcément l’occasion de la restituer. Cette frustration engendre de nombreux abandons.  Ce stage sera donc basé sur de nombreux exercices par deux.

Plages de postures sur un appui, les matins de 6 à 7 heures, soit du lundi au vendredi,

Il est six heures précis. Les stagiaires se présentent presque tous en même temps dans le grand dojo, dans le silence le plus complet recommandé par nos hôtes. La campagne est fraiche,  déserte, le silence du matin est parfois  troublé par les meuglements de quelques charolais voisins Tous les élèves changent préalablement de chaussures pour venir pratiquer, choisissent un coin de dojo, puis s’installent, au coup de gong de Mathieu,  pour une heure de posture, bras à hauteur des épaules. D’autres ayant choisi de pratiquer moins longtemps arrivent en silence de loin en loin, en prenant bien soin de ne pas perturber le travail bien engagé des autres. Je redoute l’épreuve d’une heure de pratique dans le silence et l’immobilité, face à moi-même,  autant pour mes genoux que pour mes épaules, ce d’autant plus qu’une très récente intervention chirurgicale m’a coupé de toute pratique pendant l’entièreté du mois de juillet. La surprise est de taille…..L’heure passe comme un enchantement, malgré une première demi heure plus laborieuse ; comme les étés précédents, et comme lors des séances quotidienne de trente minutes -hors problèmes de santé- que je m’impose dans mon propre dojo, mon ressenti s’avère gratifiant…. Mon esprit est limpide comme une source claire, positif, insouciant, décidé à entreprendre et à construire, voire reconstruire  avec autrui….les problèmes laissent place à davantage de choix de solutions que je ne l’aurais cru ; quant à mes épaules, elles me murmurent que quand la posture devient mentale, elles ne sont plus si sollicitées qu’on ne le craint de prime abord, et donc moins fatiguées…Christian et Michèle nous ont dit et répété que lors de cette pratique, il est essentiel de ne se connecter ni sur le passé, ni sur l’avenir. Dans ce second cas, il convient de se persuader que nous avons le temps de pratiquer cette posture pendant une heure, et que toutes les autres choses que nous jugeons importantes de faire , si urgentes soient elles, attendrons !! Cela revient à dire qu’il convient d’être ici, là, et dans son corps, et dans son esprit lors du travail postural, afin que les tensions liées à notre futur, ou à notre passé, ne nous affectent pas, en créant des tensions physiques liées aux souvenirs douloureux, ou aux incertitudes, doutes, peur et surprises du lendemain. Toutes les autres séances de tous les autres jours seront vécues de la même manière. Est-ce là avoir progressé dans le travail postural, ou est un préalable à une autre forme d’illumination « satoresque » ? Puissions nous, autant lors de ces moments de partage dans la culture orientale de l’ici et maintenant, comme dans la culture latine, et surtout lors de notre quotidien,  savoir vivre et profiter pleinement  du trop fugace instant présent. (Carpe diem).

Plages  de posture sur un appui (matin de 9 à 10 et après midi de 15 à 16 heures).

Je fais avec surprise le même constat que pour la posture sur un appui. Les séances  se dérouleront, comme tôt le matin,  sans encombre ni trop de douleurs aux  genoux, telles que celles endurées lors du stage  de 2011. J’ignore pourquoi.  Mais compte tenu de l’état de mes articulations, il m’est indispensable  d’alterner  souvent les  jambes, environ toutes les trois ou quatre minutes.  Le constat n’aurait alors peut  être pas été le même si j’avais pratiqué, comme certains adeptes du stage, dix minutes et plus sur chaque jambe ce que je crains objectivement de ne jamais pouvoir effectuer, sans que cela soit dicté par un quelquonque blocage mental, aussi , i hélas par une rude réalité articulaire. Le repos, l’atmosphère détendue entre stagiaires  liant petit à petit connaissance, puis, le petit déjeuner nous ont redonné des forces ; les longues plages   de postures sur un appui, sont agréablement réchauffées par les ardents rayons du soleil matinal qui inonde silencieusement mais de plus en plus intensément le dojo, au point d’ajouter  de la chaleur à celle qui nous investit déjà de par notre travail  interne. Les postures sont  réparties entre celle du «  bouclier et la lance »,  celle de « porter le petit trésor »,  de « tenir l’oiseau au creux de la  main » ou «  écarter  les nuages, »  les explications préalables de nos guides nous y encouragent. La sensation accumulée, quelque soit la posture considérée, est une impression d’arc tendu prêt à décocher une flèche mentale dans la direction du regard et de l‘intention, tout en déchirant le sol sous nos pieds.

Une de ces séances se déroulera à l’extérieur du dojo, dans un château médiéval en pleine campagne, dominant toute la moyenne montagne vallonnée, nous offrant ainsi la possibilité de développer notre regard périphérique. La dureté des dalles de la salle du donjon s’avérera pour moi, mais aussi pour certains autres, beaucoup plus  difficile à supporter que le sol  moelleux du dojo.

Lors de ce stage, il nous est demandé d’insister sur le travail postural «  écarter les nuages », avant coureuse du pas circulaire du Pakua . Il nous est recommandé de lier mentalement les deux mains, et de maintenir la verticalité au paroxysme de ce que nous pouvons atteindre, sans bien entendu créer la moindre tension musculaire. Il nous est rappelé, à maintes reprise, que le travail de posture, aussi ingrat et peu ludique fut il, est le garant de notre construction corporelle architecturale mais aussi mentale, quand ce n’est pas comportementale ;   les fondements de notre édifice martial, les sous bassement de nos techniques, fussent elles statiques, semis statiques  mobiles, ou explosives, en dépendent. Ces postures  s’avèrent devoir être aussi exactes techniquement qu’elles le doivent l’être  mentalement, selon un esprit attentif,  tendu  comme un arc.

Les techniques de déplacement.

Il nous est demandé de réviser chacun des déplacements à savoir, mucabu, santiaobu, auxquels nous rajoutons petit à petit un pas chassé. Les déplacements sans pas chassés sont abordés comme si on effectuait une posture  mobile, soit avec le constant soin de maintenir la verticalité entre le sommet de la tête (bai hui) et le périnée (hui yin) . L’alignement, ou l’aplomb des point de la ligne de centre, autant devant le buste que derrière le dos, est ainsi constant, assurant une présence souple et résistante au thorax tant qu’à l’abdomen.

Un premier exercice par deux est très rapidement introduit, selon lequel il nous est demandé d’appliquer la sortie de ligne non seulement sur un mucabu ou santiabu, mais aussi avec ces deux techniques assorties d’un ou plusieurs pas chassés , dont l’exécution rapide a pour objectif de nous enseigner à systématiquement sortir d’une ligne d’attaque et de maintenir la distance avec l’assaillant . Les stagiaires ayant ce rôle sont sensés attaquer d’une manière pédagogique, en vérifiant bien préalablement le niveau de leur partenaire, afin qu’une coopération s’instaure entre eux. Nous changeons souvent de partenaires, afin d’enrichir notre culture  selon les différences entre divers interlocuteurs..

Nous revenons ensuite à quelques minutes de posture, à titre de rappel, avant d’enclencher très rapidement vers le pas tournant du Pakua, assorti du premier changement de paume. Là encore, il nous est demandé d’exécuter cette technique difficile tout d’abord seuls, puis avec un partenaire, selon une durée que je n’avais encore jamais abordée, qui n’ pas manqué d’interpeller mes épaules,  davantage que le travail postural accumulé depuis le matin six heures  Il convient lors de ce travail essentiel , consistant à contourner l’adversaire sans se faire soi même contourner, de conserver soigneusement les acquis de la posture,  en transférant d’un pied sur l’autre le poids du corps, grâce à la rotation circulaire des hanches,(kua)  comme pour mucabu ou santiaobu,  le plateau pelvien entrainant à son tour le plateau scapulaire, sans que les bras en tant que tels  n’exécutent le moindre mouvement, mais changent bel et bien de place de par leur portage bustier  . Les mains en cerceau doivent générer une correspondance entre  les doigts, selon la sensation de déchirer quelque chose ; il nous est recommandé de ne  surtout pas accélérer, d’accepter le ralenti, de bien enfoncer chaque pas, qu’il soit intérieur droit, ou extérieur circulaire, et dans le sol et dans nos hanches, afin d’augmenter la sensation d’inscription dans le sol, et minimiser le risque de perte d’équilibre et de force  lors de transfert. Un pas n’est en somme pas autre chose qu’une aventure vers le déséquilibre et la chute potentielle , un risque  rattrapé par le pas suivant ; notre travail consiste donc à également vérifier si l’espace temps  intermédiaire lors du trajet de la jambe mobile «  yang «  est aussi bien assuré que ne veut l’être  notre posture. Le regard doit être constamment dirigé vers le centre, autour duquel tourne notre pas ; la perte de bonne direction du regard  crée un vide tout autant mental que technique, accentue le déséquilibre. Le changement de direction, selon la technique de la première paume, s’effectue somme étudié l’an  passée,  dans  le  mouvement, assorti d’un écroulement (relâchement total)  de la  zone sternale autorisant ainsi le frottage du bras arrière sous l’aisselle opposée, puis son développement sur le pas suivant, toujours avec le regard adéquatement dirigé. Les Ribert nous recommandent d’intégrer cet exercice prolongé, sur un base quotidienne, lors de notre entrainement, cet exercice recelant un pouvoir apaisant, voire thérapeutique, car nous ramenant à notre simple qualité de pile neutre rechargeable entre ciel et terre, au-delà de toute nos prétentions cognitives et comportementales construites, édifiées lors de notre parcours.

Alors, aujourd’hui encore, quand cela ne va pas, je tourne….

Je tourne une main vers le ciel, et je tourne…

Je tourne une main vers le sol, et je tourne…

Le ciel tourne au dessus de moi…..

Le sol tourne au dessous de moi ….

Je ne suis plus moi, mais un des atomes qui tournent autour du vide qui est tout.

Corolaires :

Principes communs à la posture, au déplacement, à l’expression libre, au travail par deux .

Adopter une bonne posture, un état sans tension, un esprit vigilant ouvert à tous les possibles-Allier la concentration à la souplesse, autant celles du corps que celles de l’esprit.

On ne dépense pas inutilement d’énergie, on ne dévoile pas son intention.

Comment aborder les pousses mains (tui shou).

L e pousse main, en chinois tui shou, de « tui « , verbe, pousser et « shou », la main,   qu’il soir effectué  selon le mode à un bras, ou celui à deux bras,  est un exercice éducatif que beaucoup  trop d’adeptes, voire d’enseignants se contentent, en fin de compte d’assimiler et de réduire à une séance de bras  de fer. Il existe d’ailleurs des championnats de France de tui shou, ce qui stigmatise bien  le besoin qu’éprouvent certaines organisations à vouloir codifier des pratiques dont la subtilité ainsi s’évapore, puis  se perd au fur et à mesure des générations de transmission. Le pousse mains, fut sans doute mis au point, selon son principe éducatif conventionnel, pour permettre le développement d’un ressenti mutuel, entre deux partenaires ayant implicitement accepté d’abandonner toute velléité de dominer l’autre à tout prix. La finalité de cet exercice consiste alors en un précieux et subtil dialogue tactile, qui permet à l’un de ressentir, davantage que savoir, voir, ou surtout comprendre, ou l’autre place ou va placer sa force, son intention, son « yi ».Tout ceci doit s’effectuer selon une ferme et mutuelle volonté d’éviter le rapport de force, et le piège testostéronique du bras defer , car cela revient alors à devoir reprendre les séances bourrines de musculation des biceps, et à retomber dans une vision plutôt basse de plafond de l’art martial. Ainsi, le premier gorille ou bonobo venu, velu ou pas, bien que probablement vainqueur dans toute pratique de pousse main, codifiée ou pas,  ne peut se targuer de pratiquer un art ; à contrario, le gringalet quinquagénaire qui m’a fait décoller du sol  lors d’un tui shou, un beau jour de l’été 2010 dans un jardin public à Pékin (voir notes de stages voyage en Chine été 2012) , peut lui revendiquer l’appartenance à une caste de vrai adepte de l’art de faire saillir la force avec subtilité et efficience.

Michèle et Christian s’attachent donc à nous faire travailler plusieurs fois plusieurs minutes les deux premiers pousse mains,  avec divers partenaires, de tailles , sexes, poids et niveaux aussi différents qu’opposés, ce qui permet à tous de prendre autant que de recevoir, dans le respect et le silence. IL nous est recommandé, autant pour la défense que lors de l’attaque, de respecter le principe de la force triangulaire des bras, ce qui revient à ne jamais tendre les bras ; il nous est également recommandé, pour le premier tui shou à un bras,  de ne pas fermer les mains lors de l’absorbation en défense, mais de fermer le poing lors de la poussée en attaque , tout en gardant l’index  pointé sur le centre de l’adversaire . Il nous est également recommandé de bien prendre soin de soigneusement  et préalablement à tout exercice, d’installer d’entrée le principe des forces opposées contraires, de manière à ne pas chuter vers l’avant si l’autre s’efface ou tire, ou de ne pas chuter vers l’arrière si l’autre pousse ; la verticalité, alchimisée en un subtil aplomb réparti entre l’avant et l’arrière, le haut et le bas, la droite et la gauche,  doit nous permettre de synthétiser les consignes mentales autant que celles biomécaniques, de manière à ne plus être qu’un seul muscle souple, réceptif, adaptatif et potentiellement réactif.(fa li)

Le seconds tui shou est abordé lors de ce stage d’une manière fort intéressante, en cela que nos guides, dans le droit fil de leur intention de rendre la pratique plu vivante, nous enseignent, à partir d’un travail par deux à distance, basé sur l’expression libre, ( qianwu, , à nous rapprocher subtilement avec les divers bufa, (techniques de déplacement) linéaires ou circulaires, afin d’enter en contact, et demeurer en contact par le contrôle l’un de l’autres  Cet exercice passionnant, qui recèle un bien plus grande potentialité de réalité que l’affrontement linéaire  propre aux sports de combat , (et aux combats de coqs) ,  s’avère toutefois extrêmement ardu ;  j’estime pour ma part ne pas posséder un niveau suffisant pour parvenir à l’exécuter sans que n’affleurent des blancs, ou des vides dans mon pas, ma gestuelle,  mon intention, et les liants entre ces diverses composantes , entre le le  moment  ou je me déplace, bras en action, et celui ou je décide d’enter en contact ; le but de cette pratique consiste donc à entrer  en contact sans préavis de bras , ou changement intempestif annoncé de changement de direction,  exactement comme parvenaient à le réaliser les assistants  de Wang Shang Wen, que l’on voyait  pourtant partir de loin,  mais qui parvenaient comme par enchantement , un bref enchantement, à dévorer la distance qui nous séparait de leur contact , sans qu’ils se soient eux mêmes une seul instant trouvé ou à portée de poing, ou même de pied . Nos guides nous font quelques démonstrations de ce brillant travail, ce qui pour effet d’ouvrir en moi une ligne nouvelle de motivation, car je vois là un exercice à la fois profond et ludique à introduire dans mon groupe, avec les membres duquel je me positionnerai non pas en adepte maitre de cet exercice, mais en partenaires chercheurs en leur compagnie.

Pour une approche de l’exécution de la deuxième paume du pakua.

Ce stage encore nous verra aborder en détail le second changement de paume du pas tournant du pakua, exécuté selon la manière du Da sheng chuan, et probablement selon la manière de pratique de feu Me Wang Xiang Jie, le maitre de nos guides. Cette technique doit obligatoirement être abordée sur place, dans un sens,  puis dans l’autre, comme vu et revu lors du stage de la saison précédent en 2011 (voit notes à cet effet)  .Cette fois ci, il s’agit de passer  à l’étape mobile, sur laquelle nous consacrons de longs moments de pratique ; il s’agit  en fait de tourner autour de l’adversaire en passant par l’extérieur, tout en lui tournant brièvement le dos en rotation rapide,  selon le même changement de direction que pour le première paume , mais avec l’utilisation du balancement du bras  arrière destiné à créer un élan, un contrepoids , un déséquilibre dans lequel va s’engouffrer le pas tournant , alors que l’autre bras, celui qui va placer sa paume  récupère la force rotative du premier . Cet exercice s’avère encore plus ardu à deux, malgré la présence et la toujours disponible bienveillance de nos guides

Pour une approche de qianwu, (expression technique libre, ou danse libre)

Christian et Michèle nous proposent un schéma pédagogique progressif, somme toute logique et abordable, afin d’intégrer, dans la recette d’un qianwu complet, tous les ingrédients, autrement dit toutes les techniques  que doit comporter le registre d’un adepte martial, entre les déplacements, les coups frappés, les défenses, les attitudes  ,les saisies ou les poussées –tirées du tui shou. Ils considèrent tout d’abord que le déplacement, doit être une posture en mouvement, devant intégrer toute la gamme des précautions internes à conserver afin de développer « yi et li, » intention et force, sans oublier l’esprit ‘sheng) , que le  pas soit glissé, marché, droit ou circulaire, voire chassé ;  l’édifice peut être abordé en sept  phases :

1- Travail simple du pas, multidirectionnel,  selon ses caractéristiques intrinsèques ; marché, glissé, en triangle, chassé, circulaire.

2- Rajouter sur ce support, des changements de direction, grâce à l’orientation des mains qui précédent l’intention de tourner ; l’autre main doit alors compenser en se plaçant dans l’autre sens.

3- Introduction de la posture arrêtée ; garante de la  présence interne , mais aussi de son rechargement avant la mobilité.

4- Déplacement avec ces postures tenues.

5- Rajouter les deux liants, transversaux et frontaux, dans les deux sens.

6- Rajouter les essais de force, (sh i li), soit les six traditionnels, avec le crochet et la lime, le drapeau claque au vent, la vague, la tortue, le serpent, et le dragon.

7- Introduction progressive des cinq éléments et des cinq animaux, et de toutes les autres techniques isolées propres au Da Sheng chuan.

Lors de l’exécution de notre danse martial personnelle, il et important de garder le corps lié à l’esprit, tout en cultivant le maintien de la verticalité, de la détente, de la disponibilité, de la présence, ici et maintenant, notre regard attestant de la qualité de notre investissement interne, Ce même regard s’allie à la conduite et à la trajectoire du geste.

Cet exercice sera plus largement abordé, le mercredi matin, lors d’une session en plein air, sur l’aire en terre battue du casino de Châteauneuf les bains, assimilé à Chateauboeuf les nains, sur les berges de la Sioule, petite rivière auvergnate chantante. Cet lors de cette séance, dans ce leu propice à la pratique, qu’un pos décisif sera franchi dans mon propre parcours,  en cela que c’est en m’investissant ce jour là, dans cet exercice que ma machine dynamo interne a lâché….. brutalement. C’est ce jour que j’ai enfin compris que ce qui m’ avait  pourtant été prédit par bien des personnes, dont d’ailleurs les Ribert, m’est brutalement tombé dessus ; rien n’a lâché physiologiquement ; mais, plus grave, j’ai tout à coup ressenti une immense lassitude à la fois mentale et physique, une irrésistible envie de me coucher à terre  de dormir comme une souche, ce  qui m’a remémoré  que la semaine précédente s’était déroulée dans un hôpital, à la suite d’une intervention somme toute pas si bénigne que cela , que j’avais, comme à l’accoutumé négligé et minimisé, afin de reprendre le cours de ma « marche avant «  ; en d’autres terme, il ma fallu ce jour  là me rendre à l’évidence de mon âge, de mes limites, et la perspective de devoir  intégrer une nouvelle conduite plus économique et moins intense de ma pratique, ainsi que de ma manière de la vivre !!  Cet entrainement se  sera donc pour moi limité à un profond sommeil sur un de bancs en pierre de parc. J’en ai tiré quelques leçons, puis  j’ai dans la foulée décidé d’annuler ma participation à la session Calam  d’octobre, en me promettant de ne pas outrepasser mes limites lors de mon prochain voyage à Taiwan en aout, sur lequel il m’est plus possible de revenir.

L’expérience du silence.

Lors de la journée du jeudi, nos guides nous proposent de passer la journée en un total silence, sans contacts, sans conversations, sans dialogue aucun, même pour les gestes simples de la vie. Je soupçonne Michèle et Christian de vouloir aussi nous faire mesurer les bienfaits de la retraite spirituelle qu’ils conduisent actuellement, j’entends parallèlement avec un autre groupe situé chez eux, à Calam. L’objectif de cette expérience consiste à nos aider à demeurer concentrés sur ceux des objectifs qu’ils nous ont clairement fixé lors de leurs  explications, le silence  nous permettant de ne pas  donner à l’esprit d’occasions supplémentaires pour s’évader, en des considérations susceptibles de nous mener vers des divergences, différents, des tensions, des oppositions, si mimines soient elles, car toutes propres à affecter notre centration vers l’aplombe et la verticalité, la détente et  bien être,  autant de conditions sine qua non pour réussir , tout au moins apercevoir  ces difficiles techniques basée sur l’interne .

Plus l’âme a reçu  dans le silence, plus elle donne dans l’action.

Fort de cette magnifique maxime, je me pose alors la question du bien fondé de ma diarrhée  scripturale chronique, après  chaque stage,  dans ma tentative de décrire  les exercices, et les sensations qu’ils m’apportent, à défaut de ceux que je  devrais  ressentir et produire. La page blanche  silencieuse ne serait elle pas avant une écriture plus aboutie ?

On n’exagère pas le mouvement..

On ne révèle pas on intention…

On ne dépense pas on énergie. ..

6- Réflexions personnelles et acquis immédiats

La pratique de qianwu, ou danse libre, ou pour d’autres, la danse de l’énergie semble  appartenir à le profonde tradition de l’art martial interne chinois ; elle se différencie très nettement des taos codifiés du tai chi chuan et des diverses écoles de Kung fu,  ou même des technique linéaire du xing yi chuan, et surtout des katas de karaté, que j’ai assidument pratiqué quarante ans durant.  Une évidence d’impose à mes yeux ; cet exercice ne peut être enseigné, ou transmis, dans la mesure ou il s’agit d’une prestation personnelle, fondée sur son ressenti du moment, soit incluant son état d’esprit conjoncturel, son niveau général, son état articulaire, son âge, et la compréhension personnelle de ce que représente cette pratique, compte tenu des barrières sémantiques ; j’ entends par là que ce qui  va jaillir, comme une imprévisible nouveauté ( Bergson)  de la part d’un adepte « x » , ne doit pas influer, dans sa forme et la  succession de techniques, la  production ultérieure de  l’un de ses élaves « y » ; j’entends pas là  que le fait de vouloir codifier et codifier le travail de l’un , revient à couper l’autre de sa potentialité créatrice . La notion de transmission, dans ce cas précis d’exercice enchainé, doit donc uniquement s’appuyer sur  ce que l’adepte a pu communiquer à l’élève de la dimension détaillée de l’ interne, mais aussi des techniques externes, mais prises intrinsèquement ; le fait de vouloir, de la part de l’apprenant, appliquer strictement  la forme et le même ordre d’exécution que  son enseignant dans une situation de rixe , ne le conduira que vers un échec certain ; la culture et la quêter de la spontanéité, sortant de toute codification gestuelle figée, doit donc à tout  prix prévaloir dans l’approche de qianwu !! ….que d ‘erreurs commises dans la volonté d’une mécanisation codifiée systématique de cette pratique , selon  des techniques consacrées !! Le schéma en sept étapes  de Christian et Michele diffère en cela qu’il nous propose l’introduction progressive des ingrédients, jusqu’à un bouquet final dont l’ordre, l’intensité, la fréquence et la durée ne sont  reliés  qu’ à notre seuls spontanéité et créativité !! oublié les 47 katas de karaté supposés me rendre plus fort et plus éclectiques.. ne m’auraient ils pas au contraire, user, voire affaiblis ?   Voici mon premier acquis. Mais qu’en est il du tai chi chuan ?  ,

Mon second acquis est comportemental ; il découle sans aucun doute du premier, dans la mesure où le malaise si mal vécu  le mercredi matin devant les bords de la Sioule m’a indiscutablement dicté  ma conduite pour les années à venir, voire pour le temps qui reste. Je ne me livrerai plus aveuglément et inconsidérément lors de stages, des entrainements, limiterai ma propre pratique à des exercices propres à mon âge et à ma capacité de récupération, d’assimilation et de résistance, ce autant lors de mes séances d’entrainement personnel, que lors de la partie partie enseignement de ma pratique J’entends par là que je me suis engagé, lors de ce stage, à fermer ceux des cours d’Atemi, ou d’ailleurs,  qui ne se révèleraient pas suffisamment fréquentées,  sans plus tenir compte des protestations de ceux  qui ne s’entrainent pas assez , mais qui convoitent des grades ou des destinées impropres à leur engagement . Je me suis engagé envers moi  à ne plu me consacrer et m’investir qu’auprès de ceux vraiment décidé à le faire, et à ne plus vouloir tirer tous mes lèves vers le haut, parfois à leur corps défendant.

Le troisième acquis de ce stage est cognitif, dans la mesure où ma mémoire, mais ma mémoire seulement a enregistré quelques techniques nouvelles, que je vais m’efforcer d’intégrer, en les partageant ave ceux de mes  élèves décidés à les décortiquer avec moi, l’avis et le ressenti collectif agissant dans le sens de la justesse, nous  rapprochant de la vérité.

Enfin, ce stage  m’a conforté dans ma conviction selon laquelle la chimère  nébuleuse  de  l’efficacité en combat libre après cinquante ans  n’est destinée qu’à ceux qui n’ont pas encore su maitriser leur égo . L’art martial n’est décidément destiné qu’à nous rendre moins mauvais ; il est notre outil, notre objectif étant l’harmonie et la paix sociale. Il ne s’agit pas dédevenir le meilleur, mais tout simplement de devenir meilleur, ce comparatif ne se limitant pas uniquement à la voie de l’art martial.

(voir page d’accueil du site wwwatemimontdor0.com)

Fait à ST Germain  au Mont d’or, 7  octobre 2012-

Jean-Claude Guillot