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Chronique d’un voyage en Chine, aout 2009

Participants : 10 personnes.

Christian et Michèle Ribert, 57 ans,  enseignants  qualifiés en Da Cheng chuan, à l’association Calam

(Centre artistique et littéraire des arts martiaux), à St Priest des Champs, près de Clermont Ferrand (63)

Co- organisateurs de ce voyage.  voir site www.centrecalam.com

Emmanuel Agletiner, de Paris, 33 ans  adepte en Yi chuan, co- organisateur du stage, maitrise la langue chinoise,  sert d’interprète tout au long du séjour et des entrainements.

Voir site  www.

Isabelle ….x, 33 ans,  acccompagne d’Emmanuel, venant de Stockholm, Suède.

Matthieu Le Moal, 32 ans, professeur de Karaté Shito ryu à Granville, (50)

Elève avancé de Calam.

Aurélien Garcia, 33 ans, de Nantes,  grimpeur –élagueur,  ex élève de Pierre Porto- Carrero,  maintenant  élève avancé de  Calam.

 Sarah Baudry, 28 ans, de l’Oise, professeur d’anglais, pratique le tai chi chuan, depuis quatre ans, par ailleurs élève de Calam

Cécile Gamberoni, de Nancy, érudite en culture et langue chinoise.

Françoise Guillot,  59 ans, de Lyon, accompagne son époux.

Jean- Claude Guillot, 59 ans, de Lyon, enseignant professionnel en Qi- qong, Tai-chi, et

Jisei- budo –voir site-www. atemimontdor.com.

 

Participants chinois,  sur place

Maitre (Sifu) Wang Shang Wen, 57 ans, disciple de Wang shan Xie, ex maitre des Ribert, lui-même disciple du fondateur Wang   xiang  xai

Shen Hongpu, la trentaine, 1er assistant de Sifu Wang Shang Wen.

Xia Tian nan, 23 ans, disciple  avancé.

Shang Lin chao, 27 ans,  disciple avancé.

Li Jun, la trentaine, disciple avancé.

LI Zongdao, 19 ans, débutant, sert d’interprète anglais-chinois.

Li Hongmiao, la trentaine,  adepte de Kung fu à l’échelon national, disciple du maitre

Li Chen man, la quarantaine, disciple du maitre.

Gian Zhaoguo, la quarantaine,  chauffeur tout au long du périple.

 Comment et pourquoi ce  voyage  a-t-il été décidé.

Pratiquant les arts martiaux d’extrême d’orient, dont le Yi - chuan et le Tai chi depuis de longues années, pratiquant également une forme de Qi qong,  ayant par ailleurs entrepris depuis 18 mois  l’étude de la  langue chinoise, des prémisses d’envie de voyage m’avaient déjà  assailli  l’an passé, renforcés  par le contact avec Manu Agletiner, venu diriger un atelier chez nous en janvier dernier.

L’ appel de la source, davantage que celui du large, la distension conjoncturelle  des liens organisationnels   avec Trfi , mais aussi   la possibilité de rencontrer des experts célèbres  dans le pays même , la perspective de voyager avec Manu, parlant chinois couramment,  mais aussi avec mon épouse Françoise, au sein d’un groupe constitué non seulement  par des adeptes,  mais aussi  des personnes dont la vocation pouvait n’être que  touristique, a fini par emporter ma décision….et puis la soixantaine approchant, cette opportunité me semblait devoir  être  saisie  au bond , d’autant que les conditions tarifaires en semblaient  avantageuses

Je n’ai pas eu à le regretter….

Ce voyage a pris place du mercredi 12 aout au jeudi 27 aout 2009.

 Mercredi 12 aout 2009 -Prise de contact avec le groupe

Après un voyage en Tgv de Lyon à Roissy, puis une nuit d’hôtel dans ce même aéroport qui me laissera toujours un sentiment de pétaudière géante,  la rencontre avec le groupe s’effectue le lendemain vers 10h00 devant le comptoir de la compagnie Finnair , avec laquelle les organisateurs ont choisi de voyager, compte tenu des tarifs plus élevés d’Air France d’une part, mais d’autre part à cause de leurs  rumeurs persistantes  de grève pour l’été même. La prise de contact avec  Manu et son amie Isabelle , avec Aurélien et Sarah, Mathieu et Cécile est simple et cordiale, Françoise et moi sentons au premier regard, que nous serons acceptés par tous ces jeunes gens, qui pourraient presque tous être nos enfants.

Un premier vol sans histoire de deux heures nous conduit jusqu’à Helsinki, ou nous avons à attendre quelques  heures avant notre vol en correspondance  pour Shanghai.

Celui-ci est plutôt agréable malgré les presque dix heures de voyage ; il y a toujours aussi peu de place à bord pour ceux qui ont de grandes  jambes ;  il est toujours difficile  pour certains de trouver ou provoquer le sommeil dans cette position assise, compressé contre son ou ses voisins, selon si l’on est en bord d’allée, ou au centre d’une gondole. Le service de Finnair  est attentionné, précis, fréquent ; les ordinateurs de bord, installés au dos de chaque siège permettent de s’occuper de manières variées, entre les films dont certains sont proposés en français, à défaut en anglais, les clips musicaux, les informations, les jeux en ligne; il existe également un indicateur de vol schématisant la position de l’avion par rapport à la base de départ et d’arrivée, révélatrice  des pays,  régions, villes, survolés. Nous arrivons à Shanghai à 7h00 heure locale, au petit matin, éprouvés mais heureux.

 Jeudi 13 aout - Premier contact avec l’Empire du Milieu (Zhong Guo)

Dès la sortie de l’avion, le premier contact avec la Chine s’effectue sous forme d’un gros choc thermique. La chaleur est lourde et poisseuse; nos vêtements nous collent immédiatement  à la peau, rendant nos volumineux bagages encore plus pénibles à trimballer. L’impression de pénétrer dans une étuve  constitue un comble, quand on a survolé  toute l’Asie, quittant le pays froid  des saunas …  !!

Il est tôt, et  ce gigantesque  aéroport  semble pourtant  étrangement vide.

Une ombre s’affiche sur le front pourtant toujours radieux de notre jeune chef de groupe, Emmanuel…...le couple Ribert, qui a choisi un autre vol, selon des  horaires différents,   sensé nous retrouver dans ce même aéroport n’est pas au rendez vous ; quelques appels sur portable ne donnent rien; la recherche dans l’immense aéroport commence; en vain…. Nous nous installons à une terrasse de café, ou il m’est très rapidement possible de constater que les 18 mois passés à étudier les rudiments  de la langue chinoise ne me serviront pas à grand-chose, lors de ce court séjour; mon accent, ma syntaxe  pour commander des fruits et du thé, ne semblent pas suffisamment affûtés pour permettre aux serveuses, hilares, de me comprendre, puisqu’elles apportent des  gâteaux et des fruits; heureusement, Manu est là pour tout arranger. Un couple de touristes  occidentaux passe à proximité, hagards, essoufflés, porteur d’un sac marqué « lutte chinoise »… j’interpelle le Monsieur, en lui demandant à tout hasard s’il ne serait pas Mr Ribert ; un immense sourire illumine son visage, le groupe est au complet !! Cet épisode ne fut  pas sans me rappeler  mon voyage de 2002 au japon, puisque j’ai pendant dix jours côtoyé deux  compagnons à la tête rasée, tout comme Christian Ribert, décapés  intentionnels  de la  coupole, ratiboisés du promontoire, comme mes amis Alain Stoll et Francesco Rossena, dont l’influence et le niveau manquent cruellement à notre Ecole ….C’est en effet en apercevant le premier,  de loin le crâne rasé perché en haut des deux mètres de Francesco que le groupe s’était constitué ; l’histoire est un éternel recommencement !!

Le décalage horaire semble pour le moment supportable pour chacun d’entre  nous.

Lourdement chargés, notre petite troupe s’est laborieusement mise en quête de taxis, afin d’attraper notre train pour Hangzhou, dont l’horaire ne semble pas constituer un problème, dans la mesure où il en part un chaque demi heure.

Manu négocie fermement le prix  d’un taxi, de style petit bus Ww, dans lequel nous pouvons tous embarquer.

D’autres chauffeurs, désireux de nous transporter, s’accrochent à nos basques, allant jusqu’à prendre nos bagages, en proposant des prix attractifs, et ce sans se soucier du dialogue en cours avec notre chauffeur !!

Nous voici tous embarqués, dans le même véhicule; nous en profitons pour mieux faire connaissance avec notre plus proche voisin. L’envie de bien communiquer, et de bien s’entendre est unanime et manifeste.

Le mini bus traverse les faubourgs de Shanghai  pendant près d’une heure, nous offrant le spectacle de la Chine en travaux : tout le pays est en chantier; routes, autoroutes, autoponts, trémies, immeubles, buildings grattes ciels,  centres commerciaux, installations culturelles et sportives, etc., rien n’échappe à l’armée de camions, de bulldozers,  aux myriades d’ouvriers disséminés sur les chantiers, besogneux et actifs malgré la chaleur étouffante.

 Pendant quasiment tout le trajet, le paysage évoque  les érections précipitées et simultanées de  plusieurs «tours de Babel », affirmant la volonté de ce  pays de vite se mettre au diapason d’une mondialisation qui l’aurait oublié ou négligé pendant plusieurs siècles; nous pouvons tous observer que les vieux bâtiments des  quartiers des faubourgs, ou de la très proche périphérie de Shanghai semblent être systématiquement « explosés » au bull- dozer, pour laisser place à  de fières et  imposantes  constructions verticales modernes, sans nul doute au détriment de la culture et du passé de l’empire du milieu.  Une autre chose nous frappe tous, tout du moins, ceux qui, comme Françoise et moi, débarquons pour la première fois…Le trafic routier est plus qu’intense; les embouteillages sont nombreux; nous sommes pare choc contre pare choc… ; le code de la route semble pourtant  totalement étranger à tout ce petit monde, pour qui, files, priorité, stop, sens unique, clignotants, feux rouges, courtoisie, respect des autres, ne semblent en aucun cas exister !! les chinois fonctionnent au klaxon, s’engagent, jusqu’à ce que l’autre cède, mais ce sans provocation du regard, de la voix, ou du geste ; le calme  est maintenu, mais nous avons tremblé plus d’une fois en manquant d’écraser deux cyclo pousse, d’être calaminés par un porte conteneur, ou de télescoper une bonne dizaine d’autres voitures, selon un choc frontal, dans la mesure ou notre chauffeur dépassait , en troisième position, par la gauche ou par la droite, selon la meilleure opportunité. Je ne peux m’empêcher de penser, que, sachant que peu de chinois possèdent un voiture, et que tous maintenant, compte tenu de leur passage à l’économie de marché, tendent à en avoir une, la pollution de notre planète et son réchauffement augmenteront proportionnellement, reléguant les accords de Kyoto et de Copenhague  au rayon des anecdotes  Il y a en effet 16 millions d’âmes à Shanghai, et plus d’un milliard- recensés- dans tout le pays…..

Nous arrivons à la gare de Shanghai; le choc est immense, la gare, en question, qui d’après Manu n’est pas la principale de la ville, nous offre le spectacle d’une véritable fourmilière  humaine, pressée, besogneuse, hargneuse,  peu encline à prendre en compte nos lourds bagages et notre rythme lent pour accéder à la grande salle d’attente. Les gens nous marchent pratiquement dessus, ou sur nos bagages, se comportant un peu comme les chauffeurs dans la circulation.  Il est un peu plus de huit heures lorsque nous nous arrivons dans la salle d’attente, notre train étant programmé vingt minutes plus tard…. mais avec une demie heure de retard ;

 Le hall est gigantesque; un haut parleur permanent diffuse des messages  par la voix militaire  d’une péronnelle en colère, qui semble invectiver son monde à répétition ;  il est occupé par d’interminables rangées de sièges, tous  investis  par des familles entières, certaines, peu scrupuleuses, ont installé tous leur nombreux bagages sur des sièges vacants, se souciant du tiers comme du quart de ceux, qui, comme nous guettent, debout, épuisés,  la vacuité d’un siège. Manu nous éduque, expliquant qu’il convient d’aller les déloger, en demandant courtoisement la possibilité de s’installer … tous s’exécutant d’ailleurs sans le moindre problème, le plus souvent même, avec le sourire ; mais aucun ne propose de se pousser et de faire place libre !!  Le hall est une véritable volière ; il est impossible de s’entendre parler .Le chinois, en général est peu discret, expansif, bruyant, peu distingué ; il ne sait s’exprimer en groupe sans hurler; le chinois est sale ; il crache par terre, après avoir bruyamment et abondement expectoré. Le chinois mâle est mal fringué,  en général  peu distingué, portant pantalon de survêtement, maillot de corps ou t-shirts, tongues, tennis  ou petites chaussures de Kung Fu,

Les chinoises, dont beaucoup sont jolies et soignées, semblent   plus coquettes,  influencées par la mode occidentale. Un stand de ventes de pâtes lyophilisées en boite avoisine un distributeur d’eau bouillante,  et l’accès aux toilettes publiques, ainsi conçues  que l’on peut apercevoir la tête et les pieds des  gens installés sur le trône,…quand il y en a un-  Sur les bancs, des femmes dorment, allongées, abandonnées, les mains vissées sur la poignée de leurs sacs. Des hommes de tous âges mangent,  aspirant bruyamment et goulument  leurs  pâtes, d’autres téléphonent d’un mobile, vociférant et gesticulant avec véhémence,  semblant haïr et détester leur correspondant, au point de réveiller les dormeuses, et de bousculer  leurs voisins, ce qui  ne semble  le moins du  monde  ni choquer, ni déranger des lecteurs sur revue ou ordinateur, installés en périphérie.

Le téléphone portable est un outil universel, dont chacun semble être équipé, et dont l’usage m’a semblé encore plus frénétique, et moins raisonnable que chez nous …. !!!Beaucoup fument, empuantissant l’atmosphère d’un nuage âcre et malodorant. En Chine, il est admis de fumer dans tous les lieux publics, et de très mauvais ton de s’en plaindre !! La Chine est le pays des libertés…chacun semble pouvoir y faire quand il le veut, ou il le veut, et comme il le veut, ce que bon lui semble , sans se soucier d’autrui, ce qui ne semble , pour eux,  pas constituer un atteinte aux codes de bonne conduite; il me semble que le raffinement culturel, apanage de la Chine ancienne, est, comme les vieux quartiers et comme les vieilles pagodes traditionnelles,  bel et bien passé à la trappe…ceci n’a pas manqué » de me rappeler un ouvrage, offert par mon Père, intitulé « l’âme des Peuples, écrit par André Siegfried au début du 20e siècle, qui s’efforce de décrier les grands traits comportementaux des principales nations ou peuples du monde. J’avais été frappé par le paragraphe consacré aux chinois, à propos duquel l’auteur estimait  que les plus proches comportementalement des chinois n’étaient autres que les français…liberté, liberté chérie…

Je tente, mais de plus en plus timidement, d’engager quelques dialogues avec des gens du cru; certains me comprennent ou me devinent; mais je dois pratiquement à chaque fois rendre les armes lorsqu’ils se mettent à déverser gutturalement leur langue…..je n’ai pas le niveau… !!!

Une jolie jeune fille se penche, sans le moindre gène, sur la revue d’Aurélien, intriguée, semble t-il par les caractères occidentaux;  n’y tenant plus, curieuse,  elle finit par demander d’où nous venons, et nous dit avoir un peu étudié le français ; son niveau, en l’occurrence ne semble pas meilleur que le mien dans sa langue.

Tous ces premiers contacts, s’ils emblent empreints de leur côté de curiosité et de réserve, s’avèrent très rapidement, souriant, puis cordiaux, et simples.

Notre train est annoncé; aussitôt, un marée humaine se lève, d’un seul bloc; se ruant vers le portillon d’accès au quai; nous parvenons à embarquer, non sans mal; un contrôleur refuse fermement l’accès au wagon à une jeune fille, dont la mère, bloquant l’accès au compartiment, invective le fonctionnaire d’un flot d’injures soutenues, en intensité et en durée. Nous trouvons place, réservée, dans un train de seconde classe, dont la qualité équivaut largement à celle de  nos Tgv.

Nous roulons  pendant environ  deux heures ; cette  fois ci la fatigue nous a tous investi, au point qu’il ne nous est pas  possible de  profiter  du paysage ; nous observons, mais distraitement, en écarquillant une paupière,  que le passage de Shangai à Guangzhou, soit environ trois cent kilomètres en direction du sud ouest, ne nous donne pas l’impression de passer d’une ville à l’autre, mais au contraire de traverser de grandes banlieues industrielles, avec toujours, la présence incontournable de cette armée de fourmis laborieuses, occupées à construire qui  un canal, qui  un gratte ciel, qui  un complexe de logements sociaux.

 Nous arrivons à Hangzhou, « petite ville «  de six millions d’âmes, aux grandes avenues perpendiculaires, ou s’alignent des myriades de buildings sans goût ni grâce, mais tout de même  selon une recherche d’ordonnancement et de symétrie confirmée par la présence de nombreux employés municipaux chargés, avec le matériel adéquat, brouettes pelles et balais , de garder la ville propre. ; ils zig zaguent à pied , aux carrefours, au péril de leur vie, mollement  investis par leur mission .

Nous arrivons à l’hôtel, à bord d’un nouveau taxi, dont la compétence ne semble pas évidente.

La  qualité de l’établissement  nous stupéfait, surtout pour une ville de seconde zone :

Nous nous affalons dans des sièges et canapés luxueux, en attendant l’arrivée de nos hôtes  avec qui nous avons rendez vous :  Surprise, Maitre Wang shan Wen  et ses élèves ne sont pas là ; un malentendu semble s’être glissé en ce qui concerne l’hôtel ; il semble que nos hôtes chinois aient choisi, pour des raisons de convenances personnelles, de réserver pour tout le groupe, dans un autre hôtel  de leur choix ; une conversation téléphonique par mobile nous amène à  reprendre un autre taxi pour nous y rendre avec armes et bagages ; la fatigue se fait encore plus lourde .Les retrouvailles entre les Ribert , Manu et Wang shan Wen sont émouvantes, cordiales et sincères, et ce pour les deux parties !! Le Maitre est accompagné par une délégation de six ou sept assistants, tous vêtus de la même façon, soit d’un pantalon de survêtement dont la couleur tranche avec leur chemise flottante en coton, de style bûcheron canadien… comme celle du maitre ; je suis  effaré de constater que tous nous accueillent cigarette au bec… comme le maitre ; le premier  contact avec les assistants semble  teinté de méfiance, de distance plutôt...N’est ce pas la première fois de leur vie qu’ils entrent en contact avec des français ?? (Fa Guo)

Le maître doit avoir la cinquantaine, de taille moyenne, enveloppé, brun, il semble vivre avec une cigarette vissée au coin des lèvres ; il est souriant  simple, gai,  chaleureux et cordial

Après un long conciliabule en chinois dans le hall de l’hôtel  avec Manu et les Ribert, il est décidé de monter se reposer dans nos chambres respectives, de se rafraichir, se changer, puis d’aller tous dîner ensemble dans un restaurant à proximité. La chambre est très confortable, équipée d’un doux climatiseur, bien conçue, équipée de larges baies vitrées, donnant hélas sur le dos d’un chantier en plein essor. Après deux bonnes heures de sommeil dont nous avons toutes les peines à nous extirper, nous nous retrouvons, sans les chinois, en plein milieu de l’après midi, au restaurant de l’hôtel, affamé, car nous n’avons fait que grignoter depuis le matin.

Une fois installé, je dois d’emblée assumer ce qui constituera une de mes déceptions lors de ce voyage ; en effet, la tribu de jeunes serveuses qui nous accueillent, toutes dans  la même tenue, nous servant d’entrée un breuvage chaud et clair, à propos  duquel nous pensions tous qu’il s’agit d’eau pour le rince doigt ; il s’agit en fait de thé (cha), sans goût ni grâce, qui nous donne l’impression d’avaler de l’eau chaude de base !!

Le repas , comme tous ceux que nous vivrions lors de ce séjour set ainsi organisé qu’il est composé de vingt à trente plats différents, posés les uns après les autres sur une plaque de verre ronde pivotante, permettant à tout un chacun de se servir, armé des inévitables baguettes ; soupe, entrées aux légumes verts , viandes variées, poissons, fruits de mer, tofu, riz à la vapeur, se succèdent à des cadences infernales, selon des quantités qui n’ont très rapidement plus de rapport avec notre appétit ; l’ensemble me semble propre, abondant, savoureux, et pas trop épicé, ce que Françoise et  moi craignions avant de commencer.

Nous nous séparons, fatigués et heureux de ce premier vrai repas en Chine ; cette cuisine n’a rien à voir avec celle qui nous est servie en Occident !!  Un rendez vous est fixé le lendemain matin avec le groupe chinois pour un premier entrainement, dans un endroit qui, dit le maitre, nous plaira beaucoup !!

Il est temps d’aller dormir, ce que réclame tout notre être !!

 Vendredi 14 aout –premier entrainement avec les chinois

La nuit a été hautement réparatrice … même si les affres encore agissantes du décalage horaire semblent encore tous un peu nous perturber !! Notre premier petit déjeuner chinois, au rez de chaussée de l’hôtel, nous permet ainsi de constater que les  gens de l’empire du milieu  mangent beaucoup  et salé le matin ;  ils ne boivent pas de café,  mais du lait de soja sucré, ou de la soupe chaude au riz ; sur une grand table, sont disposés de nombreux mets, dont chacun se sert à son gré, avec des pinces en acier. Une fois servi, il convient de s’asseoir à une des places des tables  disponibles, ce qui nous permet d’être en contact direct avec des chinois ; toujours d’abord  méfiants, ils cherchent ensuite, après les premiers sourires,  tous systématiquement quelque chose à faire, à défaut de le dire, qui serait susceptible de nous être agréable : papier serviette à localiser, assaisonnement, rab, thé chaud, qu’il est finalement  possible d’obtenir,  sur demande aux serveuses, débordées et expansives

Beignets frits de légumes,  de riz, ou à la viande, gâteaux salés, en majorité à la pate de riz gluant, pates, œufs de  cent ans, soit les fameux « œufs pourris » ( ils ont simplement été maintenus dans une saumure qui les noircit et les conserve, ce qui ne le s’empêche pas d’être aussi repoussants qu’immangeables)-, constituent le quotidien des petits déjeuner chinois (zuo fan) .Quelques fruits, pastèques et raisins sont également proposés ,, ainsi que de quarts d’épis de mais  rôtis..Nous nous retrouvons, vers huit heures, dans le hall de l’hôtel, au grand complet, tous animés par la soif d’apprendre et de découvrir .Nous grimpons tous dans ce qui sera, lors de ce séjour, notre véhicule attitré, soit un petit bus de dix places, semblable à celui qui nous amené de l’aéroport de Shanghai à la gare, conduit par Gian, avec qui il s’avère impossible de communiquer, car il parle un dialecte de minorité, que personne ne connait !! dommage, car sa gentillesse, sa disponibilité et son sourire, sa dextérité au volant, aussi, ont été  remarquable !! Les chinois, toujours, distants, enfin disons réservés,  nous suivent dans deux voitures individuelles ; Wang shan Wen nous redit le plaisir et la surprise que nous aurons à découvrir l’endroit exceptionnel qu’il  a choisi pour l’entrainement… !!!

Nous traversons Hangzhou, nantis des mêmes affres de circulation qu’ailleurs… de nombreux cyclistes motorisés ou pas, semblent tenter un suicide en coupant tranquillement la route à notre bus ; certains sont protégés par des casques de chantier, d’autres se promènent, tête nue, à deux, parfois trois sur un scooter, avec des enfants en bas âge, debout sur le cadre du vélo !! Nous arrivons, après un assez long trajet, dans un petit parc, gardé par un aloès multi centenaire ; nous grimpons une charmante montée d’escalier en pierre également centenaire,

pour déboucher sur un petit square en dalles, d’une surface de cent mètres  carrés environ, entourée d’une abondante verdure, et d‘ancestrales pagodes municipales en bois, propres à la lecture et à la méditation

IL s’agit d’un endroit retiré, ou peu de monde passe. L’impression d’être dans un coin de-là Chine profonde accentue la perspective du plaisir de découvrir la pratique de l’interne sous la direction d’un  spécialiste chinois ……..

L’entrainement commence sans véritable commencement…. par quelques explications du maitre, en chinois, traduites par Manu ; il s’agit de Zhang  zhuan, la posture de l’arbre … je n’ai pas le temps de me changer, et décide de rester en tenue de ville, ce dont j’ai une sainte horreur !! mais tous les chinois vont semble t-il s’entrainer dans la tenue dans laquelle ils se trouvent ; la chaleur est obsédante …,  le cours à commencé, relatif à la prépondérance de cette posture….les surprises aussi !! Ou est le cérémonial propre aux dojos japonais ? où est la sacro sainte rigueur nippone, avec son alignement  militaro-systématique, avec ses saluts, ses  courbettes et les mégatonnes de révérences délivrées aux maitres ? Ou sont  la distance, le silence,  le cérémonial, la tradition de nos amis insulaires… ? nul doute qu’un japonais, par hasard de passage dans ce lieu, en ce jour, aurait à tout coup été victime d’un infarctus fatal en comprenant  qu’il s’agissait  là d’un cours délivré par un maitre, qui plus est célèbre à l’échelon national !!! .

Pourtant, il s’agit bien d’un entrainement, d’une séance, d’un » keiko »…je n’en crois pas mes yeux !!!

En chine, il n’existe pas , à proprement parlé, d’endroit consacrés à l’entrainement  à part pour les sports de combat ; les chinois se réunissent là ou ils peuvent, de préférence en pleine nature pour des entrainements collectifs qui sont plutôt des réunions d’information ; la plupart d’entre eux ne se changent pas ; ils s’installent en périphérie du lieu sélectionné pour l’entrainement, prennent mollement une posture, devisent gaiement, téléphonent, fument, vont, viennent , partent, reviennent, rebavardent ; lorsque le maitre leur fait signe qu’il va délivrer à l’un d’entre eux une information corrective, l’attention dévient éminemment aigue ; tous s’approchent, écoutent attentivement, semble t-il nantis  d’une nouvelle dimension qui fera le quotidien , et constituera les prochains objectifs de leurs entrainements personnels à venir.

Wang shang Wen parle d’abondance ; tout est traduit par Manu, qui essaie lui aussi de travailler ; le cours n’est pas structuré ; Wang shan Wen semble vouloir, au travers de la pratique de la posture standard, voir qui nous sommes et ou nous en sommes ; ce qu’ils pratiquent n’est en rien éloigné de ce que nous pratiquons nous même ; j’observe simplement qu’il nous est recommandé de toujours penser,   « combat », « danger », situation vitale », lorsque nous travaillons une plage prolongée de posture, quelle qu’elle soit; les mains doivent toujours se trouver  à une hauteur telle qu’il est possible de défendre le visage, selon la mise en place d’un espace entre les bras dans lequel personne ne rentre.

  Wang Shang Wen fume abondement  en dirigeant le cours, cigarette sur cigarette ; lorsque l’une  est sur le point d’être terminée, il se fait apporter  la  suivante par un de ses assistants, eux même très attentifs aux besoins du maître ; ils devancent parfois  son désir,  apportant  un  nouveau rouleau de mort, qu’ils vont prélever  dans un paquet soigneusement entreposé à proximité, précipitant la fin inéluctable d’un maître qu’ils aiment pourtant  profondément  ; cette dimension me parait tout à fait incroyable, en tout cas difficile à comprendre pour des gens qui prônent l’amélioration de  la  santé par la pratique quotidienne de la posture !!  Du groupe de chinois, quelques rots sonores tentent de voler la vedette à quelques pets tonitruants,  non occultés, ou plus fréquemment de fertiles raclements de gorge qui finissent écrasés au pied sur l’aire d’entrainement…Il nous faudra composer avec cette constante, tout au long de ce séjour !! J’attire l’attention des lecteurs sur son acceptabilité lorsque les entrainements ont lieu à l’extérieur, mais en hiver, lorsque les chinois reçoivent leurs  visiteurs  dans des chambres d’hôtel pour l’entrainement, la présence de cinq ou six personnes fumant constamment doit être insupportable. En chine, il est très malvenu de se plaindre de là nocivité engendrée par les fumeurs ; chacun, je le répète, semble faire ce qu’il veut, et cohabiter avec les tares comportementales du voisin  !!

Ce premier entraînement est dédié à la découverte des trois postures sur les quelles  WSW nous dit devoir consacrer l’essentiel de  notre temps ; il nous explique, comme nous le savions déjà, que cette pratique doit, autant que faire se peut, être quotidienne, mais qu’il n’est pas dans son intention de passer trop de temps la dessus, compte tenu du fait que beaucoup d’autres points doivent aussi être abordés ; il nous propose de revenir sur les postures , lors de l’entraînement du lendemain. Ses assistants interviennent  à sa demande, pour corriger les participants occidentaux ; les correctifs sont effectués d’une manière manuelle, (non pas avec la traduction de Manu, mais gestuellement,  avec les mains des chinois) ; tout est délicat,  courtois, constructif  et souriant ; puis WSW nous propose de passer au travail de  Shi- li (essai de force), nous expliquant qu’à chaque posture, correspond un Shi –li (prononcer sheuli  li); qu’il existe au moins un shi - li sur chacun de plans de l’espace, soit transversal, sagittal et frontal. Celui, synthétique, de la tortue, constitue selon lui,  un exercice plus difficile, réservé aux adeptes, car incluant à lui seul ces trois dimensions, avec une plus grande participation des jambes et du dos.Nous passons beaucoup plus de temps à travailler, seuls sur notre coin de square, quatre ou cinq sheu-li différents, avec l’aide active des assistants, qui trouvent beaucoup de choses à corriger chez chacun de nous: raideur des épaules, synchronisation des jambes avec les bras, relâchement du thorax, regard, tenue des doigts qui doivent être toniques et toujours dirigés sur le centre d’un adversaire pour l’instant virtuel.

La chaleur est étouffante; le soleil est monté ; Françoise, qui a refait un essai de posture (pas de force), n’ayant pas senti l’énergie l’investir, est allé lire dans un des petits squares-pagodes.

Wang Shan Wen s’est beaucoup dépensé pour montrer, allant de l’un à l’un et de l’une à l’autre, pour éveiller, corriger, améliorer, toujours soutenu dans son action par l’omniprésence polyglotte de Manu

Il dégouline littéralement !! un de ses assistants, en l’occurrence, le premier, Sheng  Huangpu, un aimable bébé de plus de cent kilos, au visage croûté par des plaies qui ne doivent pas découler de griffures administrées  par sa petite amie, passe spontanément une serviette  dans le dos du maître, sous sa chemise, sans cérémonial…

Le respect semble grand, mais sans grandiloquence ni obséquiosité.

L’entraînement se termine ainsi, sur un signal du maitre, qui s’enquiert de savoir si nous avons été satisfaits.

Des bouteilles d’eau ont été laissées à notre disposition, nous permettent de nous rafraîchir et de nous désaltérer ; nous regagnons les voitures; là,  le groupe se sépare, certains choisissant une  visite  au mausolée de Yue Fei, célébrissime militaire à la gloire bien évidement  éternelle, d’autres choisissent d’aller se repose rà l’hôtel. Rendez vous est pris pour le début de soirée, dans le hall de l’hôtel,  pour une invitation à diner par le maitre lui-même, dans un restaurant de son choix.

Sur la fin de l’après midi, Françoise, Isabelle et moi, nous rendons dans un salon voisin de massage, pour y subir les affres qui d’un masseur, qui d’une masseuse, les quels ont ceci de pervers que la force de leur  doigts semble surhumaine, n’omettant de stimuler aucune des partie du corps, tout en gardant un constant et énigmatique sourire frôlant le sadique

Nous nous retrouvons vers 20h00 ; les chinois sont là, toujours groupés, à distance, mais les premiers sourires et les premières plaisanteries (gestuelles) fusent de part et d’autres, nous nous rendons à pied au restaurant, situé au fond d’une impasse ; à l’entrée, des empilements branlants de caisses  vides de bière guettent le clients ; derrière elles, un chiot apeuré semble se tenir loin des cuisines…. de nombreuses grandes tables circulaires sont installées dans la salle principale , très proches les unes des autres ; nous sommes invités à nous asseoir, je suis  un peu déçu de constater que les assistants chinois occupent une étable de leur côté, le maitre nous tenant compagnie à la seconde ; il est vrai que la barrière de la langue étant aussi étendue et haute  que la grande muraille, les perspectives d’échanges , pour l’instant bridées par les réserves comportementales mutuelles, se limitent à quelques sourires, et quelques ok ? Ok ? …. américanisme de plus, parmi ceux envahissant inexorablement cet immense pays à la culture si riche et si marquée !!! le repas est là pour nous rappeler que la nourriture chinoise, savoureuse et  abondante, est une des meilleures  du monde  ….Porc aux ananas, tofu, crevettes-, à la grande joie de Sarah qui ne laisse  en vie pas une seule de ces sympathiques crustacés, poissons de rivière, succulents mais avec trop d’arêtes, porc au caramel, poulets au gingembre, riz blanc cuit à la vapeur, beignets de crevette, etc, etc, nous sont déversés d’abondance sur le plateau tournant…, plusieurs caisses de bière chinoise légère, à deux , voir un degré, sont ouvertes, et englouties ultra rapidement.

Une table voisine, aussi immense que la notre, accueille une famille chinoise au grand complet ; en Chine, la restauration ne  semble ne pas très onéreuse ;  les chinois aiment à dîner en famille au restaurant ; lorsqu’ils investissent en masse une  table, ils font comme chez eux, parlent fort, crient, vocifèrent, hurlent …

Il est  illusoire de penser espérer mener une conversation, tant la pollution décibelométrique dégagée par leur vacarme  évoque une violent dispute….le chinois n’est pas  une langue qui se crie… elle se vocifère !!

En fait, ils devisent normalement, rient à gorge déployée, et s’invectivent en mangeant et en buvant, d’une manière décousue  et désordonnée .Nous sommes tous invités par le Maître, ce qu’il est hors de question, et de propos de refuser !!!

Nous nous quittons vers vingt deux heures, repus et encore atteints par le décalage horaire, rendez vous est pris, pour le lendemain matin, dans le hall pour » ba  dian  ban » (huit heures et demi)

 Samedi 15 aout 2009-Premier contacts martiaux  avec les chinois.

 Chacun est à l’heure, à » » ba dian ban » !!

Nous reprenons notre mini bus, direction notre square ancestral !

Une fois installés, il nous est demandé de retravailler les trois principales postures, qui selon WSW, font l’essentiel du Da Cheng chuan ; il s’agit  de la posture standard, de celle de coté, de trois quart, et celle de côté mais avec les coudes à plat,  les paumes l’une en face de l’autre, l’extrémité des doigts en face d’un adversaire virtuel, bien encrés sur le « kua » de la jambe arrière.

Nous retravaillons cette fois ci un peu plus longtemps ; il nous est expliqué que ces postures, notamment en ce qui concerne les deux dernières, permettent d’une part l’accumulation de la force  sur la zone du pli  de l’aine, avant sa restitution lors d’un fa- li (explosion de force) , ou la totalité du bassin participe au coup donné; le deuxième avantage réside dans le fait que cette posture permet de défendre, et d’engager le poids en arrière, qui sera rattrapé, si  déséquilibre arrière,  par un recul de la jambe avant, en cas de persistance de l’offensive de l’adversaire. Nous reprenons les shi-li, selon toutes leurs variantes, toujours sous  la chaleur éprouvante ; 

Nous visitons les shi-li suivants :

1- Frontal, en limant,  avec les paumes  tournées  face à l’adversaire lors de la poussée, vers notre  buste lors de la tirée.

2- Sagittal, celui consistant à  absorber bas avec les bras en direction du tan tian (pubis), à armer haut, puis abaisser, selon le mouvement de flux et de reflux de la mer.

3-Transversal,  coudes à plat, avec les mains passant sous ou sur le coude.

4-Transversal, avec celui consistant à écarter les bras  vers le bas, et à les ramener vers le centre, hauteur de hanches.

5-Synthétique- multidirectionnel, celui dit de la tortue, incluant tous les plans de l’espace, et immédiatement propre à être utilisé en combat, grâce à la capacité de mobilité du buste qu’il confère.

Il nous est ensuite proposé de nous déplacer en pratiquant ces essais de force, selon deux déplacements différents :

L’un linéaire, dit musabu, consiste à marcher en plaçant la jambe avant de telle façon qu’elle reproduise le schéma initial de répartition du poids du corps

Le second, dit San tiabu, ou la marche en triangle, est proche de la première, mais nécessite, en plus, le ramené de la jambe arrière toujours selon l’objectif de bien répartir le poids du corps, mais aussi de rajouter au déplacement, voire au coup donné, la force d’inertie de la jambe arrière.

Un troisième déplacement nous est proposé, celui ci en cercle, selon la marche du Ba gua. (huit paumes)

Nous comprenons alors que WSW est également un adepte de haut niveau de cette discipline ; il nous est expliqué que le fait de marcher en rond, est une véritable thérapie, avant d’être une technique de combat.

L’exercice s’effectue également à deux, selon un objectif consistant, en tournant, à scrupuleusement fixer, scruter, surveiller la ligne de centre du partenaire, afin d’habituer notre capacité perceptive à identifier les moments de vide, posturaux, respiratoires ou mentaux de l’autre, instants fugaces propres  au déclenchement d’une attaque. WSw nous demande de pratiquer cet exercice avec une  garde consistant non pas défendre avec une main basse, pouce vers la hanche ; mais avec les deux mains en hauteur, selon une posture de défense du visage, l’une, celle en direction du centre de l’adversaire, se trouvant plus haute que l’autre.

Cet exercice, en l’occurrence ‘hakke  sho », se fait sans aucun contact ; seul l’espace entre le partenaire et nous doit être appréhendé.

Wsw demande ensuite à ses trois principaux assistants, soit Shen  Hongpu, Shang Linchao, Xia Jiagnan, tous trois d’au moins 90kg, de faire une présentation de leur travail selon un enchainement libre dynamique  en déplacement.  Le spectacle est saisissant ; ces trois « costauds «   replets semblent tous se mouvoir avec une légèreté de plume  au vent, malgré la dureté des impacts explosifs, malgré leur corpulence, selon une mouvance alliant le linéaire et le circulaire, l’attaque et la défense,   selon  une extrême mobilité ajoutée du buste, donc de la tète,  qui doit les rendre extrêmement difficiles à atteindre en combat. J’avoue être impressionné par ce travail  d’autant plus que Manu et Donald, le plus jeune des assistants, celui parlant un mauvais anglais, nous informe du fait que Xia, âgé seulement de 23 ans, ne travaille avec le maitre que depuis quelques années seulement… !!!

 Pendant les explications, de gigantesques papillons rouges (couleur qui n’existe pas en occident chez les papillons), larges comme des hirondelles, tournicotent familièrement et majestueusement  autour de nous, au ralenti,  se posant à l’ombre des bambous qui entourent le square

WSW nous invite ensuite à travailler par deux les tui- shou (travail conventionnel par deux en contact), notemment le second en enroulement des poignets ; il incite les français à aller inviter un de ses assistants ou de ses élèves présents, tous scrutant le groupe français au travail ;  Xia se trouvant à proximité, me fait le plaisir d’accepter de travailler avec moi ; la consigne de WSW est de se déplacer en travaillant ce pousse- mains.

Je découvre chez mon partenaire un niveau supérieur au mien, notamment de par la qualité de son contact, souple, caressant, pour le moment attentiste et accompagnateur,  mais aussi  attentif, ferme et brusquement menaçant lorsqu’il me vient l’idée  d’appuyer, ou d’accélérer ; son énergie interne est profonde, continue, omniprésente, telle celle du serpent, patient, qui sait quand et comment  il va gober sa proie.

WSW  nous explique, au travers de ,notre traducteur, que cet exercice, s’il est bien pratiqué, permet d’éviter les combats durs à touche réelle, à la longue  traumatisant et usant ; je souscris d’ailleurs à cette opinion depuis quelques mois;  je constate en effet que la pénétration  progressive et inéluctable des bras et des poings de Xia dans ma propre garde constituent un révélateur de ce qu’aurait été un combat à frappe réelle…perspectives peu réjouissantes, d’ailleurs !!! Le dialogue tactile découlant de cet exercice rassemble tout le travail accumulé pendant les plages de posture, mais aussi celui d’observation  pendant ceux de marche circulaire,

J’ai ensuite l’occasion d’aller inviter celui des assistants qui, à tous,  nous semble le plus distant, le plus silencieux, le moins souriant ; Li Jun est tout simplement timide et réservé ; il semble en fait content qu’un « cavalier  soit venu l’inviter à danser »  ….doux euphémisme… !) …petit, chauve, renfrogné, la quarantaine replète,  il restera vêtu pendant les dix jours du même pantalon et de  la  même chemise ; clope au bec, il m’accueille sans sourire, avec un air consentant mais contrarié  de « tu en veux ? bon, tu vas en avoir »., rectifie avec un peu d’agacement  la position de mes mains, en tentant, par la parole, puis avec les yeux progressivement  remplis d’un esprit coopératif et pédagogique,  de me  faire comprendre que l’extrémité de mes doigts constitue  la pointe de mon épée, que celle-ci doit, dans toutes les  formes de combat ,de près ou à distance, menacer sans discontinuer le centre de l’adversaire .Le contact est intéressant; il se prolonge, alors que les autres ont déjà plusieurs fois changé de  partenaire; Li Jun veut m’éprouver, voyant que je ne suis plus tout à fait débutant… même s’il considère justement, et ce sans aucun doute que mon niveau n’est pas élevé par rapport au sien ; le pousse- main s’accélère ;  il introduit quelques petites attaques au centre,  puis circulaires, qu’il me faut tenter d’absorber sans tensions afin de garder le contact, et surtout de pouvoir essayer de renvoyer moi même ; il se pique au jeu, et commence à prodiguer quelques » fa- li « explosifs qui me secouent les bras, les épaules et le thorax ; je tente d’en faire de même, ce qu’il semble agréer par quelques hochements de tète approbatifs ou quelques grognements de satisfaction ; celui là adore manifestement  la castagne, et aimerait aller plus loin…jusqu’ou,…. ?; mon poids étant supérieur au sien, je parviens à le bouger  un peu, engendrant illico chez lui un passage sans préavis  au niveau et au rythme supérieur; il me faut alors davantage utiliser les déplacements circulaires et égaliser encore plus  les tensions, car les défenses se mêlant aux attaques, je risque de rapidement perdre pied ; il me fait alors signe, en grognassant , les yeux encore plus plissés qu’au naturel,  de tenter moi-même quelques explosions pluridirectionnelles; cela marche !! le tuishou devient alors un véritable échange; mais dans lequel je sens bien que mon partenaire a su  garder sous  le coude juste ce qu’il fallait,  afin de me faire travailler au maximum de ce que je pouvais moi même  faire, sans toutefois  altérer la qualité de l’échange ; pourtant, quasiment aucune  parole n’ été échangée, outre quelques » hen hao » (très bien) et « bu » non , de sa part . Nous nous séparons sur ce dernier exercice, que la chaleur, pourtant si oppressante n’a  pas semblé rendre pénible, tant il m’a paru agréable, édifiant et enrichissant.

En marge du groupe, WSW se fait presque engueuler  par Huangpu, pour avoir pris dans ses doigts, pour nous l’exhiber,  une énorme chenille poilue urticante dont les arbres alentours sont couverts.

Quelques promeneurs, autochtones,  curieux, se sont installés pour assister à l’entrainement, ce qui ne semble en rien affecter nos chinois, dont les cigarettes se sont rallumées de  plus belle ..

Il est décidé de se rendre sur le bord du lac de Huang zou, pour y faire un peu de tourisme, ce qui ne m’enchante guère …j’aurais personnellement préféré continuer les tui-shou , et essayer avec tous ceux des chinois présents…Les chinois, eux disent rentrer  à l’hôtel…n’est ce pas là qu’ils vont travailler entre eux… ? ,

Le repas, toujours selon le même  schéma circulaire et abondant,  pris près du lac est agréable, selon un service précis et rapide ; nous faisons ensuite le tour du square géant  avec ceux du groupe ayant choisi de faire cette excursion ; nous nous munissons de bouteilles d’eau pour lutter contre la chaleur omniprésente.

 Les chinois adorent faire du tourisme dans leur pays; le pourtour du lac est peuplé de familles en goguette,  les bateaux à rame et à vapeur qui offrent de petites excursions sont pleins , non pas de touristes étrangers, mais de chinois en visite ; de nombreux bâtiments anciens entourent le lac, ou aucune construction moderne ne semble pour une fois avoir altéré l’esthétique du lieu; d’immenses champs lacustres de lotus peuplent le pourtour du site   laissant, ça et là, apercevoir une fleur de lotus épanouie, joyau aquatique la plupart du temps inaccessible.

Le groupe se rassemble ensuite à l’hôtel, pour partir visiter le musée du thé, dans une des banlieues de cette petite ville ; plusieurs salles successives  climatisées nous proposent un historique  complet sur la culture du thé en chine, les différents sols, cépages, les méthodes de cueillette,  d’emballage, de goût…, nous sommes installés dans une salle traditionnelle meublée à l’ancienne, ou une  charmante hôtesse nous fait choisir, sur un catalogue explicatif, quatre variétés de thé qu’il nous faudra goûter !

Cette expérience, je dois le dire, fut une de mes grandes déception lors de ce voyage, dans la mesure ou tous les thé servis, au même titre d’ailleurs que ceux proposés dans tous les restaurants ou nous sommes allés, m’ont semblé avoir le même gout insipide d’eau chaude ou d’eau de vaisselle  diplômée  !! J’ai d’autant plus été peiné, que certains membres du groupe ont lancé de vives discussions passionnées quant aux différentes de saveurs, d’arrière ou d’avant gout, ce qu’il ne m’a pas  été  possible, malgré toute ma bonne volonté de ressentir !!

 Nous  nous retrouvons vers 17h00 à l’hôtel, avec les chinois.

Un second entrainement a été prévu dans la journée, à la demande expresse de Christian et de Michèle,  comme moi davantage portés sur l’optimisation du temps de pratique plutôt que de faire du tourisme et du shopping.

WSW nous dit nous avoir réservé, à cet effet,  une surprise de taille

Le sourire aux lèvres, il embarque , avec ses assistants, dans quelques voitures  particulières  et nous dans notre carrosse commun  .Après un nouvelle traversée de cette coquette petite ville de Hangzhou, ou j’ai toujours l’impression de traverser d’immenes ponts successifs sur de monumentales rivières ou canaux, tous différents les uns des autres , nous parvenons, après un demie heure, dans un coin isolé en banlieue, au fond d’un petit chemin , peuplé de bambous,  nous arrêtons devant ce qui ressemble à un temple bouddhiste

Nous sommes invités à y rentrer !! nous pensons  tous qu’il s’agit d’une  visite touristique…..  surprise !!!, effectivement, Li Hong Miao ( l’air très félin,) …celui des assistants, plutôt des élèves présents de  WSW, enseigne localement le Kung Fu Wu-shu en cet endroit-, qui n’est autre que la reproduction en miniature du temple de Shaolin, ou furent formés de nombreux combattants de renommée, a reçu de la mairie locale l’autorisation d’accéder à cet endroit exceptionnel, pour notre entrainement !

Il semble que tout le domaine, composé de dizaines de petits bâtiments annexes , tous en cours d’aménagement pour devenir des salles  d’entrainement ou d’hébergement, appartienne au gouvernement, ou au ministère local correspondant chez nous à celui de Jeunesse et sport; je comprends que le site doit aussi être utilisé pour des films d’arts martiaux; à l’extérieur, d’immenses allées de promenade, bordant de charmant étangs d’un calme plein de zénitude avoisine des mini forêts d’énormes bambous, des petits ponts de pierre ancestraux, ou de vielles jonques  abandonnées, semblent tous nous transposer dans la chine rurale  médiévale

A l’intérieur du temple en pierre de taille,  une galerie-coursive  décorée avec des fresques à taille humaine,  gravées dans la pierre,  représentatives de posture de Yi chuan, de Pa- qua ou de Kung fu,  ceinture  un plateau en dalle surélevé, ou nous serons  invités à nous entraîner ; des pièces attenantes  comportent une cuisine, des vestiaires, un bureau, et des lieux de retraite, tous artistement décorés à l’ancienne, avec un profond respect de la tradition..Sur le fronton de la salle en dalle, figure un autel avec des statues ; dans les quatre coins, un immense râtelier  en bois rappelle tout l’arsenal des armes blanches chinoises, que nous sommes autorisés à toutes  manipuler. Il fait encore très chaud…Les chinois, qui se sont peut être entrainés entre eux, semblent avoir envie de se poser ; ils nous invitent  à boire le thé dans une salle hyper climatisée, dont la température tranche trop avec celle extérieure ; Manu rivalise de disponibilité et de  gentillesse, pour traduire ce que nous explique WSW; ses assistants, toujours groupés à une  table voisine, rigolent entre eux à gorges déployées, comme des conscrits en goguette.

Nous absorbons de délicieux melons, pastèques et raisins, énormes,  frais et sucrés, laissés en quantité à notre disposition. Le soir est ainsi tombé ; Christian et Michèle manifestent, en trépignant, leur besoin de pratiquer.

Nous nous installons sur l’aire de pratique; les chinois se placent, en observateurs, sous un chapiteau voisin, tantôt en groupe pour fumer et rigoler, tantôt pour pratiquer mollement les postures, d’autres, des nouveaux sortis d’on ne sait ou, mais semblant connaitre tous les autres,  nous ont rejoints.

 La séance commence par un époustouflant tao (enchainement)  de Kung Fu, exécuté de main de maître par le félin Hong Miao, récemment converti au YI chuan, après avoir concouru à l’échelon national en Kung Fu.

Puis WSW nous demande de reprendre, à tire individuel, les postures, surtout les trois principales.

Il s’investit en correction,  de l’un à l’autre, sans surtout  omettre ou mépriser qui que cela soit,  avec le seuls mots français de sa connaissance « oui, non », le «  dui  dui » des chinois, signifiant « si » et parfois « oui «  fusent parfois, rassurant…., se faisant aider par l’inévitable Manu, sans qui ce voyage n’aurait pu être ce qu’il a été. WSW nous rappelle que les postures procèdent d’un investissement personnel, et qu’il n’est pas dans son intention de passer tous le temps du stage à nous regarder  les pratiquer ;  il préfère passer au shi li, puis très rapidement au tui shou, et à quelques techniques de combat explosives, basées sur les  déplacements circulaires ou en zig zag, qui me permettent de constater  que nos amis auvergnats possèdent déjà un niveau supérieur, qui leur permet de s’y retrouver dans des exercices de changements de direction , ponctués par une technique explosive sur le centre de l’adversaire., consistant à prendre sa place en le frappant.

Les chinois se sont spontanément rapprochés ; il me semble pouvoir dire que les moins « bridés « d’entre eux ont  maintenant compris le profond désir, l’extrême volonté de certains d’entre nous d’apprendre, d’observer, d’écouter, …la glace se brise ….avec cette  chaleur, cela semble bien être la moindre des choses…

 Xia tian long, pour qui je ressens déjà un préférence, vient corriger mes mains, mon dos, mes postures.

Les premières connivences, une complicité naissante,  sublimant la muraille linguistique,  la plaisanterie gestuelles, les mimiques, les onomatopées installent, sans Manu, ainsi, un peu seulement,  soulagé, une atmosphère de franche camaraderie, qui l’amène, en corrigeant mes postures, à me faire comprendre que celle-ci, si elles sont correctement  exécutées, permettent aussi de renforcer le corps, contre les frappes adverses.

Puis il me demande subrepticement, et logiquement, par quelques mimiques suggestives,  si je peux accepter de recevoir quelques coups de sa part… !!!

D’après ce que m’avait appris mon sampai (en japonais, ancien), Alain Stoll, cela ne se refuse pas …

C’est pour les  chinois, leur manière de tester un adversaire, en recevant ses coups, puis en éprouvant les siens  sur lui, ce qui constitue une voie économique et semi pacifique d’effectuer le combat,  évitant ainsi  les effusions de violence et les épanchements sanguinaires.

Le choix des armes m’est offert, de par ma qualité de visiteur de l’empire du milieu  ; je vais donc  recevoir le premier le feu  de Xia, sur le haut de la poitrine ; il m’est recommandé de fondre la zone sternale, ce que j’ai toujours appris à faire pour encaisser sur le buste; je choisi non pas le poing, ni la pointe du coude, qui me semblent un peu barbares,  mais plutôt le plat de l’avant bras,  qui me parait plus raisonnable,  vu l’ancrage, la mobilité et. ..le poids de mon jaune interlocuteur…...le premier coup est sec, soudain, pénétrant,  troublant, déstabilisant, il ne me m’affecte pas plus que cela pour autant…je ne recule même pas trop….il m’est demandé si je veux bien aller plus loin, Donald Li, le traducteur, s’étant entre temps joint à nous….le second coup m’évoque la rencontre avec un phacochère mâle adulte en pleine possession de ses moyens ; une impression de brulure à la poitrine m’investit ;  mais point encore de souffle coupé, mais  un plus net recul que sur le premier coup caractérise cette frappe…

D’un signe de tête, je fais signe que je suis apte à continuer le dialogue; mais je sens bien que les chinois, qui se sont presque  tous rapprochés pour assister à ma mise à mort, doutent de ma  capacité à encaisser le troisième…celui-ci arrive, non plus comme un phacochère, mais comme un Tgv  , lancé à son niveau « ultimoume », comme disent les habitants  des  bords  du Léman….une sensation de  plaie profonde interne, s’installe, avec les éclairs du huit décembre lors des  illuminations à Lyon…., je n’ai toujours pas de souffle coupé, ni de perte de connaissance, mais le choc fut d’un rudesse extrême….; les chinois d’eux mêmes, me font signe qu’ils pensent qu’il est  déraisonnable de poursuivre l’expérience, qu’ils pensent qu’un quatrième coup inexorablement  plus profond ….(dieu est ce possible ? ) , ajouté à ses trois frères, pourrait avoir raison de ma résistance …Xia Tang long, chevaleresque, m’offre alors sa large poitrine afin que je m’y épanche à mon tour ; il s’installe dans un positon relâchée, jambe avancée, visage détendu, et encaisse ce qui sera mon seul et unique coup, comme si j’avais  frappé un  pneu surgonflé, …je n’éprouve pas même le besoin de frapper une seconde  fois, tant il  est évident que la différence de niveau est telle  que je perds mon temps à vouloir montrer que je peux « faire plus fort ». Nous nous serrons chaleureusement la main.

Je le sens tout de même rassuré  par ce test ; dans son coin, au fond de l’autre préau, seul avec une nouvelle clope, Li Jun , qui n’ a rien perdu du spectacle, me fait de loin signe , d’un d’œil qu’on plisse, le pouce levé , pour me signifier d’une petite moue approbatrice,  qu’il  n’est déjà pas si  mal que je sois encore vivant …

Nous retournons, pour un long moment encore, à nos marches circulaires, et tui- shou (pousses mains) par deux.

WSW, qui est resté dans le réfectoire avec quelques français, nous appelle pour le dîner, qui, ô surprise, va aussi se dérouler dans le temple. La table a trop abondement  été  garnie de milles mets appétissants…. nous sommes encore invités…l’ambiance est de plus en plus détendue, des toasts  à la bière , puis au thé, quand il n’y  a plus de bière, sont portés avec les chinois ; tout le monde semble joyeux, rigole, plaisante, Mais  la fatigue se faisant encore sentir, nous regagnons nos sièges respectifs,  pour entendre les réponses aux questions que nous souhaitons poser à WSW ; Manu et Donald, selon, se positionnant  en interprète ..

Les questions, d’abord timides, se font plus nombreuses, notamment de la part des Ribert,

Certaines on trait à l’aspect thérapeutique de la  pratique de la posture.

WSW nous explique que n’étant pas praticien, il ne tient en  aucun cas à se montrer assertif sur la capacité de guérison de certaines postures  prolongées.

Il nous cite tout  de même, pour mémoire, des faits,  sous forme de diverses anecdotes, retraçant quelques cas célèbres en Chine, de personnes atteintes gravement, s’étant vues guérir, ou ayant  stabilisé leur mal, grâce aux conseils avisés de Maitre célèbres, ou de personnes , parfois obscures, investies d’une capacité à soigner,  qu’il choisit de  ne pas nommer… !!!

De nombreuses autres questions tournent autour de la pratique martiale.

Je me lance dans l’utilisation de ressenti du corps énergétique, et des différents point vitaux  lors du travail de posture ; WSW explique que cette sensation, selon lui relève d’une forme de sophistication sensorielle certes intéressante , mais que l’essentiel du travail se concrétise par l’installation progressive, au fur et mesure des années de pratique, d’une sensation de force et de bien être, dont les principes se mettent  automatiquement en place, de par la logique introspective de celui qui veut bien s’en donner la peine ; bien sur, la présence d’un maitre,

 s’avère indispensable, mais sous réserve que son intervention limite le champ cognitif de la  pratique et que les étapes soient franchies progressivement, sans vouloir aller trop vite.

Autrement dit, il estime qu’un maître doit se comporter comme un guide, en indiquant à ses élèves ceux des exercices  essentiels dans lesquels il estime que les élèves doivent s’investir, sur le long terme

WSW pense que la multiplication des taos, (katas) s’avère à la longue fastidieuse et inutile, dans la mesure où il est préférable de maîtriser à fond  cinq ou six techniques, plutôt que de se perdre à en assimiler 50ou 60, et de toutes les faire moyennement bien, ou médiocrement.

WSW estime également que la multiplication des postures, lors de ses entraînements personnels, s’avère inutile; les postures sur une jambe, ou les postures bases, comme retenir le tigre, ou le dragon renversé, font effectivement partie de la tradition du Yi chuan ; il nous en fait d’ailleurs, dans la salle à manger même, une brillante démonstration, selon des postures d’une qualité touchant à la perfection, si j’en puis juger….

Il nous fait même éclater de rire, en expliquant qu’en vieux flemmard qu’il est, s’il lui arrive de pratiquer une posture sur une jambe, il appuie celle là  en l’air sur une chaise, estimant que c’est la jambe d’appui qui doit surtout travailler. WSW nous explique que l’essentiel de la pratique du Da Cheng chuan  réside dans la pratique quotidienne relâchée  prolongée de la posture, simple ou de côté, si possible les deux ; je me réserve, à cet effet, quelques autres questions qui me brulent, pour la fin du stage, si une autre occasion nous est donnée, de dialoguer directement avec lui... il nous apprend, nous révèle que ses disciples et lui pratiquent parfois plusieurs  heures d’affilée ; il nous conseille, pendant cet exercice, de toujours développer une pensée martiale, selon laquelle, nous sommes en plein combat

Il en profite pour « déménager «  Wang Hong Pu et son quintal, en exécutant sur lui, alors qu’il est en posture,  quelques frappes relâchées, dont la puissance m’a semblé terrifiante, malgré le clope au bec !!! Son assistant a semble t-il du mal à encaisser,  recule de plusieurs mètres sur ces frappes pourtant apparemment contenues  !!!

WSW nous explique, qu’il estime que le savoir n’appartient à personne, même celui de la tradition ; il estime qu’il se sent investi d’une mission de transmission, qu’il peut tout révéler à n’importe qui, car de toute manière, si les gens ne pratiquent pas et ne créent pas en eux même un ressenti kinesthésique, aucun secret ainsi révélé ne pourra leur être utile, comme s’il connaissait la cache d’un trésor, sans   pouvoir jamais  y accéder.

Cette réflexion n’est pas sans me rappeler ma lecture engagée le même été, relatives  au traité d’Ouspanski, disciple de Gurdjieff, lequel affirmait que même  si on donne le savoir au gens, ils n’en veulent finalement pas si celui-ci doit déranger leur habitudes….

Je  sens chez cet homme une disponibilité étonnante, alliée à une volubilité et une ouverture par le moins surprenante pour un asiatique rencontrant, pour certain d’entre nous, pour la première fois des occidentaux au niveau incertain, leur dispensant une écoute inattendue et surprenante.

Nous  nous séparons très tard

Le stage a vraiment commencé, et continuera demain, à ba dian ban, devant l’hôtel, pour nous rendre dans notre square préféré.

 

Dimanche 16 aout

La chaleur  est déjà épaisse et moite, dès le matin

Nous nous retrouvons pour le petit déjeuner, dans la petite salle bruyante du bas de l’hôtel, ou les chinois arrivent régulièrement après  nous. Le départ en mini bus, avec notre chauffeur attitré, devient un rituel quotidien ; mais cette fois, la glace s’étant nettement rompue, Xia Tian Long, Donald et Shang Linchao prennent également place parmi nous, devisant gaiment, cherchant à multiplier les échanges ;  le chauffeur a allumé son autoradio qui déverse à plein tube des airs occidentaux que les chinois reprennent en fredonnant

 Nous nous rendons à notre petit square, pour le dernière fois, nous dit on, puisque le programme prévoit que nous devons le lendemain, évoluer vers Moga shan , une autre « petite »  ville tranquille !!

Un fois sur place, nous dérangeons  une jeune  et jolie femme en train d’exécuter un tao de tai chi ; nous sommes un vingtaine à investir bruyamment le square, ; elle ne semble en rien perturbée par notre intrusion , et seule au milieu de nous, accomplit avec assurance et sérénité  son tao jusqu’à la fin ; je ne peux m’empêcher de l’observer attentivement ….Il me semble que son tai- chi, tout accompli,  gracieux , léger et continu qu’il soit, ne  recèle pas le fond interne qui m’a été inculqué dans mon école ; la jeune femme s’en va , et nous investissons la place. Le soleil devient accablant ;  les quelques minutes de postures avec lesquelles nous entamons le cours nous mettent immédiatement en nage ; WSW nous refait ensuite travailler quelques shi –li, mais cette fois ci directement en déplacement, linéaire ou multidirectionnel,  ce qui contribue à davantage nous faire « mouiller le maillot ». Puis, nous sommes invités à aborder les tui-shou, en changeant le plus possible de partenaire.

J’ai ainsi l’occasion de travailler avec Matthieu, ce qui me montre qu’il n’y  a pas que les chinois qui ont un bon niveau ; chacun des participants français est occupé à travailler avec un des assistants chinois, le maître demeurant au centre du square pour diriger la manœuvre, en fumant, se multipliant par la voix et le geste,  toujours avec l’aide précieuse de Manu, pour aider l’une, l’un ou l’autre, et ce sans jamais omettre qui que cela soit de notre groupe, même  les plus débutants..

J’ai ainsi l’occasion de recroiser les bras avec Lijun, selon un grand moment de régal technique et une incontestable complicité dans l’échange, puis   avec Xia, qui, dégelé par la petit séance de la veille, déploie un travail plus intensif, me mettant largement en difficulté.

Il m’est ensuite possible d’inviter Sheng Hong pu, le premier assistant du maître, avec qui le tuishou prend une dimension extraterrestre, non pas uniquement de par son quintal ambiant, mais aussi de par la puissance supérieure qu’il sait déployer à partir de son dos, grâce à ses subtils déplacements qui me mettent d’emblée en difficulté majeure !! Il interrompt plusieurs fois l’échange pour corriger la direction de mes mains vers le centre, me recommander, en grognassant, de davantage travailler seul,  me montrant du doigt, en exécutant une posture sur le jambe arrière. L’impression d’être enfoncé par un Tgv lancé à pleine vitesse est celle dont on est investi quand on travaille avec une personne de si haut niveau.

Les explications de WSW sont nombreuses et passionnées !!  Je note, en vrac….

-Que le travail régulier et prolongé  de postures, selon les trois principales recommandées, est primordial, et personnel et doit constituer le quotidien de nos entrainements personnels.

-Que le travail  avec le poids du corps sur le pli de l’aine (kua) permet d’accumuler de la force, un peu comme un arc qui se tend ; je crois comprendre que cette posture jambe arrière sollicite énormément des muscles profonds comme le grand couturier et le psoas iliaque.

-Que les coudes ne doivent jamais se baisser, au risque de faire disparaitre la force

-Que le doigt central, le majeur, doit être mis en  crochet  en direction du centre de l’adversaire, protégeant notre propre centre, comme un point de repère.

-Que penser  être assailli  par de multiples  adversaires aide à concentrer notre force pendant les plages de posture.

Quelques démonstrations d’enchainement libre nous sont à nouveaux présentées par les trois principaux assistants ; le travail déployé me semble magnifique, car lié, sans vide, basé sur des déplacement à la fois linéaires et circulaires, agrémenté de quelques explosions de force qui impliquent tout le corps de l’exécutant, sans toutefois que son souffle soit le moins du monde altéré,  l’intention (yi) semble omniprésente dans le déroulé des gestes et des sorties  de forces ; de petites explosions de voix ponctuent  chaque coup de poing donné, afin , explique WSW, de justement laisser sortir  un peu  de la pression accumulée, la qualité du son ainsi exprimé peut être révélatrice de celle l’énergie interne  accumulée ou pas .

Lorsque se termine cet entraînement, nous sommes tous en nage, surtout à cause de la chaleur  qui atteint, croyons nous  son paroxysme .Nous retournons nous changer à l’hôtel.

Après un très agréable repas entre français au bord d’un petit lac, dans une bambouseraie,  il est décidé que l’après midi serait libre, consacrée, pour ceux qui le souhaitent, au tourisme et au shopping

Nous sommes dimanche, et les rues sont bondées de monde, en promenade familiale

Il est prévu de partir visiter un temple taôiste célébrissime, à Lin yin, dans l’immédiate banlieue de Hangzhou.

Le mini bus nous y dépose après le repas  .J’aurais personnellement préféré poursuivre le travail de Yi chuan avec les chinois ; mais ceux-ci ont éclaté leur groupe, certains étant, volontaires ou désignés, dévolus à notre accompagnement. Un taxi hésitant nous dépose aux abords  du temple, ou nous y cherchons, assez longtemps, et non sans  inquiétude, au sein d’une foule hyper dense, et sous une chaleur abominable, Isabelle et Françoise, parties de l’hôtel le matin pour faire du shopping. La visite du temple, des temples, devrais je dire,   est longue et fastidieuse ; il y trop de monde, à tel point qu’il nous faut piétiner sur le macadam, faire la queue partout ; les entrées des différents bâtiments sont à chaque fois  payantes ; les édifices sont certes spectaculaires, mais à mon goût trop  chargés de couleurs et de Bouddhas géants chamarrés et inquiétants ; je me sens plus à l’aise , lors des haltes , par la proximité d’une petite rivière coulant drue au bord d’une falaise en pierre, dans laquelle ont été taillées des statues religieuses ancestrales, de dimension respectables ; les chinois, adorant se prendre en photos, nous demandent  de figurer dans  notre groupe ; les séances sont longues et joyeuses, chacun désirant être pris avec tous les autres.

Aux abords  des temples, de nombreuses personnes achètent des bouquets de brindille  d’encens vendus par des femmes accrocheuses et insistantes,  qu’ils allument, le tenant à deux mains, ils profèrent en direction du temple des incantations ponctuées de hochement de  tête,  le tout dans un grand recueillement.

Les chinois dépensent pas mal d’argent à acheter ces bouquets d’encens ; ils semblent mettre un point d’honneur à aller, de temple en temple pour y vénérer, tous les dieux représentés.

Ca et là, des personnages hauts en couleur vont et viennent, nous souriant ; une  nonne tondue, d’un âge respectable, profère ses prières face à un des bouddhas de pierre de la falaise ; elle transporte un poste de radio, seul objet pouvant nous rappeler, dans son accoutrement moyenâgeux, qu’elle fait partie de notre modernité. De nombreux enfants intrigués, voire fascinés par la barbe d’Aurélien ou par la mienne, nous dévisagent, nous montrant du doigt, parfois amusés,  souvent apeurés, quand ce n’est pas terrorisés ; beaucoup, une fois amadoués, se laissent prendre en photo, avec l’assentiment joyeux des parents ; peut être me prennent t -ils pour un père noël  délocalisé qui se serait trompé de continent … et de saison !!

Nous sommes tous épuisés, surtout  par la chaleur !!

Le retour va s’avérer d’autant plus pénible, qu’aucun des pourtant nombreux taxis présents sur le site n’accepte de nous déposer à notre hôtel, ou nous avons rendez vous avec les chinois en vue d’un entraînement nocturne au temple ; les chauffeurs, à peine  courtois,  indifférents, arguent que ce n’est pas là leur direction, qu’ils en on marre, qu’ils ne veulent pas, ou qu’ils ont fini de travailler. Manu s’escrime à aller d’un taxi à l’autre, 

Nous croyons tout  d’abord  que  cette attitude est due  notre statut de touriste ; mais plusieurs familles chinoises se faisant éconduire aussi grossièrement, non sans disputes spectaculaires, nous en prenons notre parti, et multiplions les recherches en arpentant le site; il nous faut attendre près d’une heure sous une chaleur étouffante de fin d’après midi, avant de conclure avec un « irrégulier » , qui accepte de nous déposer tous à l’hôtel dans on mini bus ; ses deux enfants en bas âge, dont il doit sans doute avoir la charge  sont présents dans la voiture, les deux bambins, très rapidement familiers, mangent chacun une sucette collante dont un bonne partie restera sur nos vêtements. Après avoir traversé la ville de part en part, avec ses immenses avenues rectilignes, après avoir manqué fracasser deux autobus, un camion porte- conteneur, dix huit cyclistes et quelques centaines de piétons véhéments, nous arrivons à l’hôtel

Là, les chinois nous disent avoir quelque chose à nous proposer, en matière de changement de programme pour le lendemain ; nous allons tout d’abord nous entraîner au centre.

Une fois arrivés, le thé est prêt, ainsi que les raisins et la pastèque ; WSW et ses assistants, dont ce doit aussi être les vacances, ne semblent pas pressés de démarrer l’entrainement ; ils devisent mollement et gaiment en enfumant la pièce ;  Christian semble en être agacé ; je souscris quelque peu à sa déception, pressé que j’étais de pouvoir retravailler avec les assistants, conscient du fait que  mon âge ne me fournira sans doute  plus  souvent l’occasion de venir en Chine pour travailler avec des gens du cru ; le fait de rester assis , dans cette atmosphère empuantie, à ne  rien comprendre de  ce  qui se dit malgré  Manu, qui a besoin de moments pour Isabelle  et pour lui lorsqu’il   ne traduit pas, me donne l’impression de perdre mon temps ; de plus la climatisation effrénée de cette pièce, tranchant violement avec la température extérieure a déjà fait un victime : Michèle devra se faire soigner la gorge et une belle extinction de voix… !! ..

Je décide, en la compagnie  des Ribert,  d’aller m’entraîner sur le dallage du temple, près d’un des râteliers d’armes ; nous choisissons tous ainsi un coin, afin de nous préparer par la posture ; les autres arrivent, petits à petit,  les échanges reprennent, agréables, variés, constructifs ; shi-li,  puis tui- shou, puis beaucoup de marche pa kua  en cercle ;  enfin, WSW demande à ses assistants de nous faire travailler une technique de combat sur place, consistant, une fois en contact tui-shou  avec le partenaire,  et en poids sur le kua de la jambe arrière, d’accrocher avec les deux mains, par en dessous, en tirant, selon un fa-li( explosion de force)  sec et bref, la garde de l’adversaire, afin de le surprendre, le déshabiller ; pendant ce cours laps de temps, la jambe avant avance sur le coté , puis, un pas avec le jambe arrière nous permet alors facilement de rentrer sur son centre, avec une technique courte de coude, ou de genou., en prenant carrément sa place, en enfonçant sa ligne de centre, le tout  selon la plus grande rapidité possible.

Après le cours, une réunion est proposée dans le hall de l’hôtel, avant le diner dans un restaurant voisin.

Manu nous relaye la proposition de WSW de nous rendre le lendemain dans une plus petite ville  Jinhua, à deux ou trois cent kilomètres, plus  tranquille, car il ne voit pas l’intérêt d’aller à Moga shan ; le groupe semblant indifférent à ce changement, l’idée est rapidement adoptée à l’unanimité

Nous nous couchons fatigués, même celles n’ayant pas participé aux entrainements

 

 

Lundi 17 aout .Départ à Jinhua

Nous voici tous regroupés tôt le matin, bagages prêts, harnachés,  motivés pour la suite de l’expédition.

Nous  nous installons dans le mini bus, en compagnie de deux ou trois chinois, semblent ils beaucoup plus à l’aise, à vrai dire de plus en plus à l’aise ; les traductions de Manu et de Donald nous permettent ainsi d’entretenir des conversations suivies, et d’apprendre que Donald, issu d’un famille aisée, a la chance de pouvoir suivre des études très chères à Toronto, au Canada, dans une école de commerce, où tous les cours sont dispensés en anglais…j’espère pour lui qu’il parvient à capter toutes les subtilités de la langue de Shakespeare, car il ne semble employer que les mots de base, avec un fort accent …chinois, qui le rend difficile à comprendre ; il est néanmoins charmant et attentionné, et se met en quatre à notre moindre souhait matériel ou de communication.

Xia tia long, lui, travaille comme trader dans une compagnie exportant en Europe, notamment en France, du minerai ; il ne m’a pas été possible de savoir de quel minerai il s’agissait ; en tout état de cause, il devait s’agit d’un minerai d’or, puisqu’il nous explique que lors de l’exercice écoulé, sa compagnie avait généré un profit de …23 million d’euros !! J’ai bien tenté de lui faire précisé, par l’intermédiaire de Donald, s’il s’agissait bien de marge nette, de marge brute, ou de chiffre d’affaires, mais ces termes là ont justement semblé échapper à la compétence anglophone de Donald…..Quoiqu’il soit, Xia nous explique bien vivre, et faire un job intéressant !!

Shan lin jiao, lui, en tant que second assistant, travaille dans l’informatique et la conception de sites

Il est d’ailleurs en train de boucler celui de Wang Shan Wen, qui devrait être en ligne d’ici peu.

Savoir quand, exactement, relève du plus illusoire des espoirs,  le temps n’ayant pas en Asie la même prise que chez nous !! le premier assistant, demeure,  comme un garde du corps, toujours à proximité du maître …., Huang Hong Pu, lui, ne parle pas ; il fait un peu « phacochère à part », sourit peu, fume beaucoup ; de ce fait il ne nous a pas été possible de connaître son état civil et son job.

Nous nous dirigeons au sud ouest de Shanghai, à environ 300km, par une autoroute désespérément droite, semblant traverser un immense chantier, avec des canaux, des constructions, à perte de vue, assurées par des nuées d’ouvriers chinois, des banlieues, et parfois, une rizière abandonnée au milieu d’un complexe urbain en plein essor, où va sans doute  immigrer brutalement  une nuée d’autres chinois. Quelques petites bourgades nous offrent le spectacle d’un village rue constitué de bâtiments délabrés à un étage, dont le » rez de chaussée « est occupé qui par un commerce de nourriture, qui par un garage, qui par un débarras rassemblant tous les débris possibles et imaginables, avec une population dense semblant très occupée.

 Nous arrivons à destination en fin de matinée

La chaleur est toujours là, tenace et oppressante.

Un nouveau  disciple chinois, grand et longiligne, plus distingué que les autres par sa sveltesse et sa tenue vestimentaire recherchée,  issu semble t-il de Jinhua où il a ses quartiers, ayant rejoint le groupe le matin à l’hôtel, nous invite dans un immense restaurant au nom américain, « Sunshine oasis »

Il s’agit plutôt d’une usine à nourriture, ou plusieurs centaines de tables rondes à douze places  sont disposées, soit dans un immense hall-verrière  transformé en serre tropicale climatisée, soit dans des pièces  privatives situées en galerie en étage. Au premier niveau, la décoration est étonnante, avec ses palmiers, ses bambous géants, des perroquets et autres psittacidés vivants; l’espace entre  la cuisine paysagée et les tables est vite comblé , malgré l’éloignement de certains, par la célérité des serveurs ou des serveuses, montés sur patins à roulettes, chargés d’immenses plateaux de boisson ou de nourriture, slalomant à vitesse supersonique entre les convives assis, et ceux, comme nous se rendant à leur table . La pièce qui nous accueille en loggia est somptueuse, meublée avec goût, vaste,  équipée de toilettes et vestiaires  privatifs immédiatement accessibles; une nuée de serveuses zélées nous inonde immédiatement de bières légères et  des mets les plus abondants et des plus variés, nous permettant de découvrir de nouveaux plats et de nouvelles saveurs.

Nous reprenons ensuite le bus afin d’aller nous installer dans notre nouvel hôtel

Celui-ci s’avère beaucoup mieux en tout point de vue que celui de Hangzhou.

L’accueil y est beaucoup plus disponible et aimable, les chambres plus vastes et mieux équipées, la vue  sur un parc verdoyant et un groupe de temples taôistes  nous donnent vraiment   l’impression d’être en Chine, et non pas de dominer un bidonville brésilien égaré, comme précédemment.

La journée est prévue sans entrainement, ce que nous sommes plusieurs à regretter; l’après midi sera consacré à la visite, dans la proche montagne, d’un groupe de temples taôistes dominant toute la région.

La ballade en minibus est agréable, longue, sinueuse, nous traversons quelques paysages ruraux dignes de la Chine profonde, malgré la très grande proximité citadine, croisant quelques charrettes tirées par des ânes ou des bœufs,  ou de nombreux paysans, chapeautés de paille plate,  nous saluent longuement de la main.

Nous nous garons sur un parking réservé, au pied la colline au sommet de laquelle est bâti le temple

Nous devons faire le reste du chemin à pied, sur un sentier pavé à forte déclivité, bordé d’arbres tropicaux, sous la chaleur humide ; d’immenses papillons aux ailes rouges et noires, familiers, viennent spiraler  autour du groupe ; l’ambiance est gaie, les plaisanteries avec nos amis chinois, de plus en plus proches relationnellement, fusent de chacun vers tous. Les abords immédiats du temple sont flanqués de petites  échoppes , vendant à des prix dérisoires ce que nous qualifierons « d’attrape touristes », soit des bracelets des chapeaux, des casquettes, des éventails, des jeux,  etc.….une des boutique propose des chaussures d’entrainement noires avec semelles  fortes, identiques à celles portées par Xia, que j’avais remarqué ,  en les lui montrant du doigt, et qu’il avait commencé à ôter afin sans doute de m’en faire cadeau ; j’essaie de communiquer directement avec la vendeuse pour en trouver un paire à ma taille, l’intervention de mon nouvel ami chinois permet d’ajuster la taille, soit 43 au lieu   des 42 que je porte en France….30 yuan, soit 3 €, ce que je ne cherche même pas à négocier , malgré les virulents encouragement de Xia, pour qui, tout au long du séjour, tout ce que nous aurons désiré  acheter  sera , par principe toujours trop cher; beaucoup d’entre nous n’ont pas voulu oublier ou occulter, lors de ce voyage, que si 3 € ne représentent  pas énormément pour nous, il s’agit sans doute pour la plupart de ces vendeurs le gain d’un journée de travail et de nourriture.

La visite du temple tient tout à la fois d’une  découverte et d’un après midi de délassement, ou de nombreuses photos sont prises ; il y là plusieurs édifices bâtis en long , assez hauts de plafonds, en forme de pagode géante, aux couleurs chamarrées , tirant entre le jaune, le rouge  et vert cru, peuplé à l’intérieur d’immenses dieux aux noms et caractéristiques  compliqués ; à l’extérieur, d’immenses encensoirs en forme d’abreuvoir en bronze, , recueillent les reliques des bouquets d’encens offerts par les pèlerins de passage .

Une immense cloche multi-centenaire, semble t-il également en bronze, avoisine un groupe de tables basses en onyx pur, autour desquelles  prend place une partie du groupe, s’asseyant sur des plots faits de la même matière.

Ca et là, des moines résidants en tenue traditionnelle-  soit une veste noire brillante, un pantalon blanc serré aux chevilles par des guêtres noires, affublé de la traditionnelle coiffure chinoise avec une longue natte dans le dos-vaquent  à leurs occupations de balayages, de renseignements, ou d’office religieux, s’interrompant de temps en temps pour passer ou recevoir un coup de fil volubile et véhément sur leur portable

A l’intérieur, un office démarre ; certains des moines déjà aperçus à l’extérieur, se sont regroupés devant un autel, revêtus d’immenses capes oranges,  proférant des incantations ponctuées de coup acerbes et insistants  de clochettes ; quelques pèlerins autorisés à entrer reprennent en chœur ; sur la droite de l’autel, le téléphone portable d’un des officiants est posé en bonne place  à coté des clochettes et des bouquets d’encens.

Une autre partie du groupe s’est massée sur l’esplanade dominant toute la vallée de Jinhua, à l’ombre de gros arbres porteurs de pamplemousses monumentaux ; la balustrade dominant la vue est décorée avec le signe du tao, devant lequel nous nous faisons tous photographier avec les chinois, ravis de l’aubaine.

La descente vers le mini bus, après la visite d’un second petit temple du même acabit, est toujours joyeuse, certains d’entre nous se laissent tenter par quelques babioles, malgré la promesse qu’ils s’étaient faite à l’aller, selon laquelle ils auraient bien d’autres occasions d’acheter des souvenirs

Nous regagnons notre nouvel hôtel pour nous y doucher, et nous retrouver un petit plus tard, au restaurant de ce même hôtel ou le nouveau disciple nous a  encore invité, ce que, tous gênés,  nous essayons, mais sans aucun succès de contester auprès de Wang Shân Wen….

Le restaurant est un restaurant de classe , sans doute cher ; les mets servis y sont fins, abondants, copieux, gouteux ….il y en a tellement et encore, que les plats repartent presque tous à moitié consommés, ce qui peut s’avérer gênant pour notre hôte ; celui me semble différent des autres, il circule à bord d’un 4/4 audi du dernier cri,  signe extérieur manifeste de richesse, voire d’opulence vu le prix  de ces engins en Chine ; il nous accompagnera jusqu’a ‘à la fin de notre séjour à Jinhua, mais sans jamais s’entrainer ou prendre l’ombre d’une posture, sans jamais essayer de nous parler, de nous aborder,; il ne me semble même pas que je l’ai vu sourie une seule  fois, ; il semble destiner à WSW une grande vénération ;  il porte à l’auriculaire gauche l’ongle anormalement long, comme les inquiétants  mandarins d’antan,  ce qui je l’espère , ne le gène pas pour tourner son volant !! Nous ne saurons jamais son nom, ni sa qualité ; il partira après  Jinhua, sans que nous nous apercevions !!

La soirée est  gaie, animée de nouvelles séances de photos, Manu se multiplie à nouveau pour traduire  les propos du maître, tous orientés autour de la pratique revenant sur certains des thèmes déjà abordés la veille, ou sur la possibilité, maintes fois repoussée par l’intéressé, de venir en France.

Rendez vous est pris pour ba dian ban le lendemain matin, pour repartir vers un autre temple, dans une autre montagne, ou il est prévu, que nous puissions nous entrainer, ce que Christian se fait confirmer et reconfirmer, à mon plus grand soulagement.

 

Mardi 18 aout – entrainement dans un temple de montagne

 

Départ le lendemain matin tôt, après le petit déjeuner, ou nous nous gavons tous de grandes crêpes  de blé poêlées devant nous. La route est longue et  sinueuse, une fois dans la campagne, le paysage est tout à fait semblable à celui de-là veille, avec au début du périple, d’interminables chantiers, d’innombrables ponts traversés sur d’imposants canaux, puis petit à petit, le retour à la Chine  profonde, rurale et moyenâgeuse.

La visite de ce nouveau groupe de  temples  est tout à fait semblable à celle de la veille.

L’entrainement à lieu derrière  un des bâtiments d’un des temples, sous le regard indifférent des moines et des quelques pèlerins de passage.

Nous commençons par quelques  postures , toujours les trois principales, sur les quelles il nous est encore recommandé de travailler , une fois seuls, sur la durée ; puis les shi-li, puis les tuishou, au cours desquels il nous est encore possible de richement échanger avec les élèves du maître; pas tous, puisque Li Jun et « mon nom est personne »,  notre hôte de la veille, restent à part, en fumant à nous regarder évoluer,  j’avoue ne pas très bien comprendre pourquoi certains sont venus et sont restés tout au long de ce stage !!

WSW nous donne un maximum de conseils, apporte de nombreux correctifs, et appelle sans cesse Manu de son nom Chinois, dont la consonance  ressemble à «  Kanbia  », ou «  kandia », appellation je l’espère pasteurisée…. Les trois assistants du maître sont ensuite appelés les uns après les autres à effectuer un enchainement selon leur libre expression ; il me semble que si le travail de Huang pu, le premier assistant, ou même celui de LInpiao, le second,  est plus puissant, plus percutant, celui de  Xia  est plus mobile et plus pénétrant au centre de par sa facilité de déplacement en cercle, puis brusquement sur le centre.

Nos amis Ribert semblent  d’ailleurs assez avancés sur celle des techniques du Pa kua consistant à inverser le pas sur le cercle pour contourner l’adversaire par un coté, en revenant brusquement sur l’opposé, puis en marchant sur son centre, achevant l’enchainement par un technique de percussion à courte distance.

J’oserais dire que sa mobilité toute chorégraphique n’est pas sans m’évoquer des  séquences de tai chi exécutées à grande vitesse ; il me semble voir bouger son buste, thorax et abdomen compris, selon les points mobiles de sa ligne de centre,  lui permettant de générer le départ de chaque mouvement, ou de chaque déplacement à partir de sa ligne médiane. Sa tête est sans cesse en mouvement non pas de par des mouvements de cou, mais selon les inclinaisons  obliques latérales et frontales qu’il imprime à son buste ; je suis personnellement ébloui par sa capacité de rompre une grande distance en un temps éclair , et d’arriver sur le coté ou dans le dos, sans qu’on ait eu le temps de voir et de comprendre de quelle manière il s’y est pris; lorsque je lui demande de décomposer le mouvement et le nombre de pas, il m’explique, par l’intermédiaire de Donald, qu’il ne s’agit pas là d’une recette, mais d’une capacité conjoncturelle d’évaluation de distance , et de concentration de l’adversaire !!

Je me demande ce qu’il adviendrait si on combattait de près contre un tel phénomène….. !!

L’entrainement se termine un peu trop vite à mon goût.

Nous devons renfiler nos vêtements, trempés par l’effort, pour nous rendre, un peu plus haut dans la montagne, dans un restaurant de campagne ou nous avons enfin convaincu les chinois de se laisser inviter.

Là encore, deux tables sont dressées dans un petit relai fermier anodin ; les chinois nous font goûter un apéritif local au goût proche du martini L’endroit est quelque peu rural, à la limite de la propreté ; un chiot laissé pour compte vient compisser plusieurs fois de suite l’espace entre les deux tables, évitant soigneusement de se laisser caresser, ignorant sans doute si les occidentaux consommaient canin.

Les met sont abondants, mais loin d’être aussi goûteux et surtout aussi soignés que dans les restaurants dans lesquels nous avaient invités les chinois; nous sommes gênés; peut être ont-ils volontairement choisi cet endroit afin de ne pas grever notre budget ?  Dans un coin de la pièce, plusieurs seaux  ou bassines en plastique laissent entrevoir ce dont sera constitué le met des prochains clients; une tortue trempant  dans un minimum syndical aqueux attend, résignée son triste sort, ce que ne supportent pas nos amis Ribert, bouddhistes pleins de saine  compassion pour les animaux dont ils ne mangent pas …Le chiot, semblant ignorer cette qualité, ne s’approche pas pour autant d’eux. La tortue, illico baptisée «  Caroline « sans doute du fait qu’elle a failli être alignée devant nous sur le carreau, sera achetée au restaurateur, et emportée dans le mini bus.

L’après repas est agréable ; nous nous installons tous au bord d’une petite terrasse ombragée par divers essences locales, plantées au bord d’un étang d’où volètent ca et là d’immenses libellules et des papillons ombellifères.

Derrière, un immense élevage de canards nous indique d’où viennent  un de plats servis à midi,  soit des  pattes de canards confits,  caoutchouteuses et insipides à souhait,  d’ailleurs laissées  pour compte …, sans doute au chiot ? ,

Des contacts s’établissent à  chacune des tables ; Cécile semblant être très érudite en histoire, art et même langue chinoise, entreprend des discussions avec le maître, avec Manu comme interprète; je suis intrigué par Li- Jun, silencieux, pensif,  sombre,  attablé au même endroit que moi, avec Donald ; nous sirotons un énième thé, en regardant s’écouler un après midi où il semble que rien ne doit et ne va se passer….les chinois semblent aimer vivre ainsi, en se détachant des contingences conjoncturelles ;  peut être est ce dû à cette chaleur poisseuse qui colle à la peau, n’incitant pas à l’effort ou mouvement… et donne envie d’aller s’immerger dans le lac , avec les canards ?  Ceux-ci, sans doute conscients de ‘l’importance de notre groupe, mais  ne sachant  pas si nous restions diner le soir, semblent d’être prudemment entassés au fond de l’enclos, cancanant de plus belle

Je parviens à savoir qu’il n’est pas pas professionnel de l’enseignement des arts martiaux, mais qu’il est négociant en jouets anciens; puis , Donald rectifiant son anglais approximatif, me précise ensuite qu’il se contente, comme moi, de les collectionner ; il doit avoir la quarantaine,  je suppose qu’il doit entasser les voitures électriques standards fabriquées en Chine dans les années cinquante…à moins qu’il ne recèle quelque merveille antique, ce que je ne parviens pas à savoir, tant l’un des  traducteurs est limité, et l’autre accaparé, mais aussi parce que  Li Jun n’est déciment pas un grand communiquant ; je lui propose de lui faire parvenir pour sa collection quelques modèle de 1-43e français ou anglais, ce qu’il refuse platement; surpris, je me demande si je n’ai pas commis un impair, ce que décline Donald !! Mystère !!

Manu revient de l’accueil du restaurant, où il nous  dit s’être fait proprement arnaquer, pour avoir du payer pour tous une somme beaucoup plus importante que celle assumée la veille par les chinois dans un restaurant de luxe !! Nous repartons vers la grotte des huit dragons, étape touristique suivante de notre périple du jour.

Nous trouvons sur place une jeune guide , étudiante, qui nous  explique avec beaucoup de fierté le pourquoi de l’appellation de cette grotte ; il s’agit d’un succession de cavernes, semblables à celles que nous trouvons un peu partout en Europe, ou des dragons  se   seraient  encastrés dans  la pierre ; laissant ça et là apparaitre des parties diverses de leur écailleuse anatomie; cette visite a ceci d’amusant, que nous devons accéder à la seconde salle en nous couchant de tout notre long au fond de barcasses plates, ce afin de pouvoir passer sous une protubérance rocheuse dont  l’arête inferieure n’est qu’à quelques centimètres de l’eau.

Ca et là, la jeune guide nous révèle avec crainte et respect la postions exacte des reliques jurassiques de ces animaux mythiques, là une  queue, là, la tète, dans une autre salle des écailles qui rappellent à se méprendre une autre partie moins glorieuse, mais utile de son anatomie ; la visite se termine à proximité d’un impressionnante chute d’eau souterraine, ou de nombreuses photos sont tirées dans la bonne humeur

Sur le chemin du retour vers le parking, Cécile peut constater que l’apprenti peintre qu’elle avait conseillé à l’aller a considérablement bonifié son tableau, représentatif d’un adorable petit pont en pierre franchissant  le gué de  la même eau que celle de la cascade

Nous nous arrêtons pour libérer la pauvre Caroline dans une bambouseraie, avant de rentrer vers le  ville, ou nous nous arrêtons dans un restaurant en pleine campagne  , au bord d’un grand lac, parsemé de culs de bouteille en plastique, que nous croyons être placés là pour les besoin de la pèche locale

Il s’agit en fait  d’une aire de culture de perles d’eau douce

Nous passons un moment délicieux, tous installés  en pleine nature,  autour d’une  immense table ronde,  au crépuscule, au bord de ce lac paisible bordé  de collines  herbues,  à dévorer ce qui nous est servi, d’ailleurs  de bien meilleure  qualité, et moins cher que dans le restaurant rural de la  mi journée ; quelques gros papillons nocturnes charnus et familiers s’invitent, au grand dam de Sarah, qui  du coup n’est plus en mesure de finir son  plat de crevettes. A la fin du repas, nous sommes invités  non pas à débuter, comme prévu, un autre entrainement, mais  à poser toutes les questions que nous voulons à WSW …petite déception, qui s’estompera vite avec la qualité du moment qui se prépare … .La fraicheur s’est installée avec la nuit ; nous gagnons la salle de restaurant, dont une partie nous été réservée ; les tables et les chaises ont été poussées contre le mur, en vue d’une  séance que le maitre ne semble donc pas disposé à maintenir ; il s’est  assis sur un fauteuil clopes au bec, et  attend les questions de pied ferme, arborant un sourire engageant..

Les assistants ont occupés à deviser bruyamment dans le fond, riant, téléphonant, fumant et dégringolant des hectolitres de thé ou de bière

La première question  émane d’un des membres de notre groupe, et attrait à

 La question de la  confidentialité de la transmission

Toujours sous la traduction avisée de Manu, WSW explique qu’il considère que rien n’est secret, que le fait de transmettre, d’expliquer son art est pour lui tout autant un  devoir, qu’un privilège et surtout un plaisir.

Pour lui, il n’y a de secret pour un élève que dans la capacité à mettre, quotidiennement, en application ce qui  lui a été dit et expliqué ;  à la question de savoir à qui il transmet, en référence aux écoles concurrentes, ou à ceux susceptibles de mal re- transmettre ou réutiliser son enseignement, WSW explique par un sourire désarmant qu’il sait ce qu’il transmet, et avec qui il le fait. Je me pose alors la question de savoir s’il me connait suffisamment, moi, misérable vermisseau étranger le rencontrant pour la première fois, et peut être pour la dernière, pour  me transmettre ne serait qu’une parcelle de son immense savoir ? J e me sens donc bêtement flatté, mais avec le sentiment sous jacent  que lors de ce stage,  la véritable transmission s’est probablement effectuée dans les chambres, entre chinois, d’où le pourquoi de leur réunion, et probablement de leur réserve lors des entrainements communs. La question du niveau, et sans doute de la confiance me semble  donc  bien réelle, même si elle n’a pas été formulée, sans doute par courtoisie envers des visiteurs, au demeurant sympathiques.

 

Question  relative au rôle du Qi gong et la notion de corps énergétique dans la pratique.

Compte tenu de mon parcours, je me suis lancé  dans cette question, qui ne semble pas surprendre le maitre.

WSW n’estime pas nécessaire de prendre en compte ces notions en tant  que dimension cognitive  élaborée,  dans la cadre de sa pratique, qu’il veut simplifiée au maximum ; il nous explique toutefois que la pratique de certaines formes de Qiqong, dont celui basé sur les postures, contribue à soigner et guérir des gens atteints d’affection graves, selon certains cas qu’il a vécu, mais qu’il dit vouloir taire .

Lorsque je lui explique que lors de ma pratique personnelle de posture il me semble bien ressentir les différents relais (chakras, points vitaux, je préfère la dénomination « points mobiles)  de mon corps  énergétique, il répond que c’est là une bonne chose  en tant que repaire, ceci devant servir essentiellement à auto corriger notre posture, par l’introspection interne, que cette  constante  intervention critique de notre exercice va , à la longue permettre à notre corps, donc à notre esprit, d’adopter celle des postures qui s’avérera être la plus juste physiologiquement, la plus forte, pour nous, sachant que que ce que nous parviendrons à réaliser sera , malgré  une  façon de faire commune, différente de ce que fera notre voisin, ou compagnon d’entraînement, compte tenu de la différence d’âge, de niveau, d’état de santé de forme articulaire, voire morphologique.

 Le qi qong, quelque soit sa forme ou son école, semble revêtir pour lui un aspect formaliste de chapelle, s’éloignant d’une recherche de confort simple et évident, venant tout seul avec la pratique et l’autocritique.

 

Question sur la sollicitation multidirectionnelle* des différents chakras du corps  énergétique

(* Il s’agit d’impulsions volontaires circulaires sur les trois, plans de l’espace : frontal, sagittal et transversal)

WSW  me dit déjà avoir précédemment  répondu à cette question, en précisant qu’il juge inutile, voire superflu  d’imprimer volontairement une direction, ou une contraction lors d’un exercice de conduite d’énergie par l’intention, alors que l’on recherche justement le lâché, le vide, la flottaison, la disponibilisation  totale dans l’espace.  La durée,  la régularité et l’intensité  de la pratique de la  posture pourvoient automatiquement, selon lui, à  ce type de sensation,  qui se  met en place sur le long terme ; il en va de même avec les contractions du bas du corps alliées à la pluri-  directionnalité des intentions dans les  bras ; J’entre donc là, à ce stade, en opposition  avec ce qui  m’a été enseigné dans mon courant de pratique ,et  qui m’a pourtant semblé me faire avancer dans l’accumulation explosive potentielle. Je reconnais toutefois qu’une séance prolongée et intensive  de contractions du bas du corps a toujours eu comme effet de m’épuiser littéralement, avec une longue période de récupération ultérieure affectant ma lucidité, alors que les plages de postures simplement relâchées, et intentionnellement directionnelles on plutôt un effet inverse, à la limite de l’euphorisant.

 

 

Question sur la pratique des 24  postures variées selon la transmission du fondateur

Là, encore, Wsw se cantonne dans le meme registre de réponse, mais tout en restant affable, patient et souriant.

Il explique que chaque posture parmi les 24 à  son avantage et sa finalité propre, mais que selon son expérience,

il suffit de pratiquer régulièrement les trois qu’il nous a fait travailler tout au long du stage, pour parvenir à un résultat probant, sur le long terme, bien entendu, ajoute t-il !!

Il persifle quelque peu, par exemple, sur les postures variées sur une jambe, qu’il dit être trop paresseux pour pratiquer, à moins d’appuyer, comme précédemment  expliqué, la jambe libre  sur un meuble.

Il nous montre de quelle manière pratiquer celles de « tenir le tigre, ou du » dragon renversé », selon une technique posturale  éblouissante, qui donne à méditer sur le nombre impressionnant d’heures de travail l nécessaire pour en arriver là…

Quant à la posture sur un appui, totalement de profil (hanmi, en japonais, profil total) que je pratique dans mon école, il estime qu’elle ne reflète quelque réalité que cela soir avec le combat ; une différance culturelle s’instille ici dans la mesure où les arts martiaux japonais ont largement introduit cette posture dans la pratique de sabre, par exemple, avec parfois une extension sur les pratiques de percussion.

 

 

 

 

 

Question sur sa perception de la  pratique du Tai chi chuan

Je suis particulièrement empressé pour poser cette question.

Wsw classe apparemment les pratiques en deux registres : l’un simple, l’autre compliqué ; il dit ne pas pratiquer  quelque forme de tai chi que cela soit, estimant que la forme est dans tous les cas de figure fastidieuse et longue.

Il ajoute toutefois que cela peut, à ses yeux, constituer un excellent exercice, pour peu que l’intention, l’esprit, le « Yi », soit instillé lors de l’exécution minutieuse de chaque séquence …ce qui ne manque pas de me rassurer… !

Si le tai chi n’est pas pratiqué dans cet esprit, c'est à dire si chaque séquence n'est pas pratiquée comme un shi li potentiel,  il prétend qu’il ne s’agit alors que d’une activité culturelle à classer plutôt dans le registre des arts chorégraphiques, comme on le voit  souvent, semble t-il …. même  en Chine…. !!!!.

 

Question sur  l’utilité de la pratique du combat libre.

Manu nous avait déjà « briefés », lors de notre première rencontre,  sur la position de Wsw et de tous les maitres chinois de Yi chuan en général, position qu’il avait d’ailleurs développé ainsi :

Selon eux, le combat libre, avec ou sans protection, tel qu’il est pratiqué dans de nombreuses école de sports de combat, ou d’arts martiaux, ne reflète en rien la réalité.

Cette réalité, lorsqu’elle met face à face deux antagonistes, ne débute que rarement par une confrontation frontale, empreinte de conventions, quelles  qu’elles  soient. L’explosion de violence qui résulte d’une agression, de côté, de dos, ou même frontale,  l’extrême promptitude avec laquelle se déroule l’assaut souvent  unique,  n’a rien à voir avec le style de combat courtois que nous pratiquons à répétition  dans nos dojos civilisés.

Ce langage ressemble en tout  point à celui actuellement tenu par le maitre fondateur de mon courant de pratique, même si nous avons , sous sa direction, pratiqué le combat libre avec protections et conventions pendant  plus de quinze ans. De plus, nous n’avons que peu d’occasion de nous battre réellement lors d’un parcours de vie, et la probabilité d’une telle éventualité me semble devoir aller en diminuant, avec l’âge,  la raison s’installant.

Wsw ajoute que ce qu’il enseigne à ses disciples et élèves ne peut en aucun cas être testé, de crainte de devoir sans cesse subir de graves blessures, entrant ainsi  en contradiction avec l’aspect développement personnel et bonne santé lié à cette même pratique. ; Il réexplique que la pratique des tui-shou,,(pousse mains, )  et  san shou  (échange libre en mains collées) constituent, selon lui, un bon compromis entre la réalité et le désir de préserver l’intégrité physique de l’autre . Ceci ne diffère également que très peu avec ce que je pratique depuis 22 ans.

C’est également l’analyse que m’a proposé Nicolas IVANOVITCH,  Maitre d’arts martiaux chinois en France.

Le jeu de combat avec protection ne doit donc constituer qu’un divertissement ludique propre à nous familiariser avec l’échange, à pimenter notre pratique par une approche ludique,  mais ne doit en aucun cas être assimilé à un reflet de la réalité du combat.

Le port de protection nous amène, à la longue, à moins de vigilance, du fait que les sanctions ne sont que peu pénalisantes ; enfin, la distance réelle est faussée par l’épaisseur des casques et des gants, et nombre de touches que nous croyions décisives  ne le seraient pas en cas de combat pour notre vie.

Les techniques enseignées  et pratiquées en Yi chuan le sont, mais ne doivent en aucun cas être mise àen application réelle  lors de l’entrainement.

 

La soirée se termine sur la perspective de plus en plus affirmée de faire venir Wsw en France ; sa phobie « avionnite » semblant s’estomper petit à petit, ….la perspective de l’émergence d’un groupe en Europe l’affriole t’il ? Ou se fait-il prier pour vérifier notre véritable émulation ? ,

Nous regagnons l’hôtel ; Une autre grosse journée nous attend le lendemain, avec la visite du village du Pa qua.

 

 

Mercredi 19 aout ; entrainement intensif en plein air

Cette journée demeurera, dans mon souvenir LA journée référence de ce voyage

Ce pour deux raisons ;  la première, est qu’il nous été possible d’avoir la chance d’être reçu tout un après midi durant dans une demeure chinoise, par une famille chinoise, ce qui est exceptionnel !!

La seconde est que WSw a voulu, pour ce qui constituait un des derniers entrainements, faire une synthèse applicative de ce que nous avions étudié, ce qui m’a  permis de comparer avec ce que j’avais déjà emmagasiné dans mon école de référence.

Les retrouvailles, lors de chaque départ, chaque matin, sont avec les chinois, de plus en plus cordiales et joyeuses ; Jian, le chauffeur, nous accueille avec force sourire ,et un discours incompréhensible auquel personne ne comprend rien, même les assistants, dans la mesure où le dialecte qu’il parle est aussi pour eux…du chinois… !

Xia Tian Long responsable du séjour, nous fait part du plaisir immense qu’il aura, à nous recevoir l’après midi dans sa demeure familiale, dans un petit village près du site touristique ou nous rendons le matin même, le trajet dans  cette partie de la Chine, urbaine et citadine, civilisée et industrialisée, ne nous réserve que le même paysage de chantier géant, dont je me suis à la longue,  lassé, dont le spectacle invariable ; à la longue  nous. échine !! Il nous explique que ses parents nous attendent pour le thé de l’après midi, et qu’après la grosse chaleur, il nous sera également possible de nous y entrainer. je me demande alors si ses parents possèdent une salle, ou un jardin…, ? Nous passons préalablement la matinée-, difficile pour Manu, qui doit assister, en plus de son rôle de fidèle coordinateur,  son amie Isabelle, victime de malaises persistants,- dans un village ou aurait été conçu, transmis et  pratiqué, dans un temple spécialisée, le Pa kua, ou boxe des huit paumes, célèbres pour ses déplacements circulaires.  Le village est extraordinairement typique ; lorsque nous arrivons sur le parking, beaucoup de touristes  d’ailleurs pour la plupart chinois, ont envahi la place, se disséminant aux quatre coins du site. Une longue allée encombrée d’échoppes à touristes surchargées d’articles cadeaux en toc  précède l’accès au village lui-même.

Dans l’une d’entre elles, je remarque de petites portes anciennes en bois peints typiques, à des prix ridiculement bas ; il y en a tant et plus, que je ne parviens pas à me décider lesquelles adopter ;

En tant qu’antiquaire-brocanteur, j’ai la certitude que ce type d’articles se vendrait fort bien sur les marchés français, ou qu’elles pourraient  décorer ma salle d’arts martiaux. ; Le problème est quelles ont volumineuses, et vont tenir trop de place dans nos bagages, à mon goût déjà trop lourds.

Je suis sur la point de conclure pour deux paires à battants , en parfait état, à part quelques fentes qui font tout leur charme, , pour 300 yuan  le tout, soit 30 €, lorsque Xia arrive derrière moi tel un typhon moyen , annulant la vente,  proférant, en direction de la vendeuse,  des « bu, xie xie «  (non, merci) autoritaires, m’expliquant qu’ils sont » tai gui « (trop chers ) et que de toutes façons il ne s’agit que de vulgaires copies, qui se fabriquent par mégatonnes dans des usines spécialisées…le conseil est précieux, mais l’achat n’aurait de toute manière pas prêté à conséquence, tant l’imitation est bien tournée, tant le prix en  est de toutes  manière ridicule !!

La vendeuse, elle, n’entends pas les choses de cette manière  !! pour elle, l’affaire était  conclue, les portes déjà emballée sommairement ,  elle attend ses billets ; lorsque nous tournons les talons, elle invective Xia  en hurlant d’une  voix suraigüe,  ne lui adressant  sans doute pas que des gentillesses, ce dont il semble se moquer comme de son dernier éventail !! En tant que brocanteur, je reconnais détester qu’on me fasse ce genre de truc !! Mais Xia m’interdit de les acheter !! …et il est plus fort que moi !!

Le village est extraordinairement attachant ; de petites ruelles typiques en terre battue , avec des toits pointus en angle de pagodes, convergent toutes vers une place centrale occupée par un pièce d’eau sale mais  scintillante, ou de nombreuses femmes lavent leur linge à la planche ; le pourtour est  occupé par des échoppes à touristes, semble t’il plus attractives ; un fabricant d’éventail en bois et papier,  calligraphie devant nous ce que nous lui demandons ; un graveur sur onyx nous propose des sceaux à nos initiales, avec une boite tampon de rouge –cochenille, destiné à marquer les lettres et les enveloppes. ; là , un soi disant antiquaire propose des tonnes de statuettes et de figurines fort attrayantes,  dans toutes les matières possibles ; il est difficile de regarder sans être accroché » et sollicité pour faire des offres de prix ; il convient alors de répondre « kan kan », afin de leur  signifier que l’on » chine », sans volonté particulière d’achat ; là, une échoppe de coiffeur –barbier , ouverte aux quatre vents, laisse entrevoir ce la manière dont les chinois se faisaient coiffer la natte au siècle précèdent, et peut être même avant ; l’hygiène n’y est  guère engageant, le matériel rudimentaire, et les cheveux à terre trop nombreux .

Le temple du pakua est magnifique ; une attente interminable, sous une chaleur d’enfer, doit être endurée ,à l’entrée, en attendant  Manu, qui a  choisi de laisser  Isabelle, de plus en plus indisposée, dans l’un des restaurants de  l’entrée ;  l’un des murs en pisé  est décorée avec un fresque multi centenaire, en noir  et blanc, représentant les huit trigrammes du pa kua  ; je n’ai que vaguement compris  le rôle d’un certain Zhu Ge Liang, auteur de roman et spécialiste dans l’interprétation de ces trigrammes ; plusieurs bâtiments, ressemblant fortement aux temples taôistes déjà visités, , proposent aux touristes un havre de paix et de sérénité, bâtis sur des dalles en pierres centenaires, sous des toits aux corbeaux et poutres guillochés, avec d’immenses salles ouvertes  meublés de tables et chaise datant du 17e ou de18e, surlaquelles chacun peut impunément se vautrer, je ne donne d’ailleurs pas très longue vie à ce mobilier , souvent en ébène, qui devrait être restauré et soigneusement tenu à l’écart des prédateurs comme nous ; La chaleur est écrasante ; WSw et ses assistants, trempés de sueur,  se sont ous regroupés dans une des salles les plus fraiches du fond, s’éventant avec du matériel achetés, à la hâte sur place,  liquidant canette de bière glacées  sur canette ; Huang Pu  essuie respectueusement le dos dégoulinant du maitre avec un serviette éponge, la passant sous sa chemise  transformée en serpillère.

Je retourne dans l’une des échoppes d’anciens afin de bien vérifier s’il n’y traîne pas un vieux  jouet oublié ;

 je n’y repère, entre autre amas de drouille chinoise sans intérêt,  que des coupelles à dessert  en jade serties d’argent, qui me semblent trop bien imitées pour être récentes ;  j’ai juste le temps de les acheter pour 200 yuan les deux , après être parti de 600 l’unité,  pour me faire chasser par le meme Xia qui m’explique qu’il est inutile de m’encombrer de ces cochonneries fabriquées en série, qui ne sont que des imitations de l’époque Ming, destinées à » attrape couillonner «  les touristes comme moi, et surtout de me faire avoir en les payant à ce prix !

Pour 20€, le mal n’est pas grand !! En tournant les talons, j’aperçois l »antiquaire «  qui place sur ses rayons deux nouveau objets ; je me détourne plus que rapidement afin de ne pas être en mesure de constater qu’il s’agit d’ »antiquités »  prélevées au fond d’une série, dans un carton marqué « made in china »… !!!

Apres une  séance photo collective ou nous immortalisons chacun de membres d entre groupe dans une antique chaise à porteur de 1700, dans laquelle il  devrait être interdit de s’asseoir,  nous rejoignons Isabelle dans le restaurant ou un repas traditionnel  réparateur nous est servi, par une hôtesse conviviale et attentionnée,

La chaleur est telle, que je délaisse le thé chaud, pourtant désaltérant, pour partager, avec la table des chinois, des  bouteilles entières  de sprite glacé gazeux et hyper sucré , dont  je  ne bois habituellement jamais.

 Isabelle va mieux ; elle re-sourit !!!  Nous regagnons notre minibus heureusement  climatisé pour un petit trajet, qui nous conduit dans un autre petit village du coin, chez les parents de Xia ; l’accueil est chaleureux 

Ces gens se sont mis en quatre pour nous recevoir, honorer les amis occidentaux de leur fils, mais aussi, m’a t’il semblé, par mesure de déférence vis-à-vis de Wsw, qu’ils semblent énormément respecter 

Nous sommes reçus dans ce qu’on pourrait appeler un patio ouvert, dans lequel est installée une salle à manger, avec une table ronde tournante revêtue d’une toile cirée,  huit grandes chaises sur lesquelles nous sommes installés avec cérémonie ; nos hôtes ont une petite cinquantaine, simples, diserts, souriants ; je regrette une fois de plus  mon piètre niveau en mandarin, et me promet de mettre les bouchées doubles à la rentrée.

Derrière, un autel avec la représentation leur dieux de référence semble dominer la pièce ; sur le coté, un bahut accueille de nombreux objets usuels, agricoles ou ménagers ;  le sol est en terre battue, ; devant le patio, un abreuvoir, ou  évier en pierre  en long fournit l’eau courante,  servant aussi,  semble t-il à la lessive ;  d’autres  petites pièces attenantes  jouxtent celle , centrale , ou nous sommes installés ; dans l'une d'elle, une  personne âgée, installée dans une chaise longue, est occupée à regarder la télé; le strict minimum fonctionnel disparate occupe ces pièces ;  la maison donne sur la place du village ;  un chaton égaye l’atmosphère, mais pas  autant que de minuscules lapereaux qui nous sont posés dans le creux de la main par le jeune frère de Xia ; le thé et des rafraichissements, mais aussi des œufs durs, des fruits et des chips nous sont servis ; Wsw reprend son constant exposé sur la pratique, Manu, étant à nouveau largement sollicité pour la traduction.

Puis, tout à coup, sans que ceux d’entre nous non sinisant l’aient vu venir,  il nous est demandé de nous lever, de contribuer à pousser la table et  les chaises au fond de-là pièce …., un entrainement improvisé va démarrer !!

Postures, sur deux appuis, puis sur un appui, rectifications, shi li, transversaux, sagittaux, frontaux, correctifs, marche en cercle, conseils, commentaires, assistance, correctifs attentionné et chaleureux…; l’espace n’est guère propice au tsui shou ; quelque vidéos sont prises, brèves mais représentatives de cet instant unique, que je me promets déplacer sur mon site

La chaleur est tombée ; Wsw décrète alors tout à coup que nous allons nous rendre sur la place voisine, afin d’y pratiquer des enchainements, l’espace restreint de la salle à manger n’étant pas très propice.

La place est goudronnée, elle est entourée par des maisons en terre  battue semblables à celle des parents de Xia, qui nous ont suivi, avec le reste  de la famille ; sur les  nombreux pylônes électriques qui bordent la place, des hauts parleurs sont installés, qui diffusent à tue tète une musique de style américano- guimauve, comme ils le  faisaient avec la propagande maoïste du temps de la révolution dite culturelle… !!!

Très rapidement, un attroupement villageois se forme ; des hommes, des femmes, des enfants, de tous âges se groupent par petits clans pour nous  observer

Postures, shi li, tuis hou ; puis très rapidement, Wsw appelle ses trois assistants, à qui il demande, à tour de rôle, d’effectuer un enchainement de techniques, offensives ou défensives de leur choix  avec selon leur façon de bouger, révélant ainsi leur sensibilité et probablement, leur niveau ; je comprends qu’il s’agit alors d’effectuer son propre tao, (kata), en synthétisant tout ce qui nous été montré lors de ce stage.

Derrière nous, sur un pan de mur, un immense pub montre Jacky chan en train de vanter les mérites d’une bicyclette électrique, dont il semble ne plus pouvoir se passer, tant son sourire semble l’avoir propulsé à  un degré orgasmique extrême ; Françoise, Cécile et  Isabelle s’installent, assises à terre, à  proximité d’une des maisons jouxtant la place ; la propriétaire des lieux leur apporte  une chaise, avec un charmant sourire.

Wsw nous montre lui-même, pour la première fois, ce type d’enchainement… il utilise pour cela les déplacements courts, multidirectionnels,  des mouvements de bras rapides, protégeant systématiquement son centre, j’observe qu’il écarquille les yeux à outrance, tire meme la langue, émettant des sons peu amènes

Les menaces de poing entrainent des coups de pieds,  les menaces de pieds, selon une jambe levée, entrainent des attaques de poing. Beaucoup de déplacement de défense semblables à la fin de katas ryusui et jiseiken de mon école ponctuent son travail ; de nombreux autres déplacement circulaires justifient la longue pratique qui nous a été demandée à propos de cet exercice.de Pakua  L’ensemble est souple mais attentiste et concentré »,  lié, cohérent, explosif mais sans préavis, varié, mobile,  en tout cas dissuasif, et sans doute d’un  haut niveau, si je puis en juger.  Wsw de son regard, mais aussi de sa gestuelle, semble  couvrir et  investir  la place  entière.

Ses assistants nous proposent ensuite leur interprétation de ce  travail, selon trois brillantes prestations exécutées par Xia, puis par Linpiao, puis par l’énorme et imposant Huang Pu, dont les explosions de force ne sont pas sans rappeler  les éruptions du Karamako, volcan asiatique  fictif d’Hergé, ……

WsW explique que ce rituel est très lié aux formes de danse  folklorique, dont les écoles d’arts martiaux se servaient parfois pour déguiser et occulter leur pratique, quand il leur fallait la rendre publique.

Puis vient  notre tour de montrer ce que l’on a compris ; le travail des Ribert  et de Manu est, me semble t’il déjà d’un bon niveau ; le mien,  entre autres,  est observé à la loupe par Wsw, qui explique que « dui » (oui (), l’esprit y est,  mais qu’il y a encore trop de contraction dans les explosions, et qu’il me faut encore travailler les bases !! Je peux maintenant affirmer  que le travail  effectué pendant 22 ans  avec Kenji Tokitsu, est incontestablement très proche de ce qui a été étudié tout au long de ce stage, encore une fois , si j’ai pu en juger … ; il   m’a ainsi été permis d’avoir confirmation, si besoin était, de la valeur des recherches et du travail de synthèse de ce Maitre également de haut niveau .

Mais il m’a été donné ce jour là, aussi donné de me rendre compte que personne n’avait trien inventé,

Christian Ribert, fort caustique, ajoutant  même, lors du repas du soir, qu’en matière d’arts martiaux internes,

 « … des chercheurs ou en trouve à la pelle, mais des gens qui trouvent, on en cherche à l’appel  ».

Je me sens donc rassuré d’avoir engagé ma vie dans un pratique proche de la source, et d’avoir ainsi accumulé des sensations et des compétences, qui  toutes insuffisantes quelles soient, me confortent sur le choix  du chemin, et ce quelque soit mon guide,  pour les derniers tronçons du parcours.

J’éprouve une joie intenncse à m’exprimer, sur cette place perdue du sud est de la chine méridionale ,malgré cette musique stupide et déplacée,  devant un parterre d’autochtones intrigués par notre groupe et sa pratique ; je fais et refais, sans discontinuer, plusieurs enchainements libres, se terminant tous par un série d’explosions sur coup de poing, m’efforçant de ne pas perdre le fil conducteur, qui m’interdit de laisser quelque vide que ce soit entre les diverses techniques composites de  mon travail ,  conservant une liaison entre la colonne vertébrale et les mains,  soit en essayant de garder la tenségrité nécessaire à ce type d’expression .

.Lorsque je reprend mon souffle, je me surprends à culpabiliser sur l’emploi du temps de Françoise , mon épouse, à qui le voyage ne profite pas autant, peut ’être…,  ; elle est occupée à une consultation par le médecin de  famille  que Xia, a bien voulu déplacer, afin de se faire  soigner ,la chaleur ayant  occasionné un gonflement spectaculaires des tissus musculaires de chevilles

Le diagnostic est établi à croupetons, sur le bitume de la place,  pendant que nous nous escrimons à enchainer ; des plantes  médicinales lui sont prescrites, quelle devra prendre les trois prochains  jours.

Nous retournons ensuite nous rafraichir et nous changer chez les parents de XI, qui insistent  pour nous servir à nouveau à boire et à manger, et nous font savoir, par l’intermédiaire de Manu, que nous sommes tous invités le soir même dans un restaurant à proximité.

Là encore, deux tables sont séparées, l’une pour les chinois, l’autre avec les français

Le repas , délicieux comme à l’accoutumé est gai, mais je regrette de ne pas avoir pu davantage communiquer et échanger avec nos hôtes  du jour, ainsi qu’avec les autres ; à la fin du repas, nous allons tous remercier les parents de Xia qui ont pris en charge les quelques 25 personnes présentes à ce repas  ;  une situation cocasse s’établit alors selon laquelle Manu nous explique, au vu de leur surprise, qu’ils ne savaient pas qu’il leur incombait de payer ; il ne m’a finalement pas été possible, en rentrant le soir tard à l’hôtel, de savoir qui avait réglé cette note ; en tout cas, nous avons encore été invités !!

 

Jeudi 20 aout ; dernier entrainement dans un entrepôt

 

Ce matin là, je fais l’effort de me lever encore plus tôt que d’habitude ; mon objectif est de me rendre dans le petit parc qui jouxte notre hôtel, dans la petite ville de Jinhua.

Il suffit pour cela de ne pas se faire écraser en traversant la rue, ou voitures, scooters vélos électriques, pousses  pousse se roulent dessus pour gagner quelques mètres ne se souciant que  peu du karma d’un vieil occidental barbu égaré dans un chemin… de traverse, ….

Le parc est ainsi conçu de telle façon qu’il offre une surface centrale circulaire ou s’ébattent plusieurs groupes de femmes déjà âgées, les unes occupées à répéter un ballet de danse à l’épée, les autres, un enchainement de tai chi.

Les quatre angles supérieurs sont constitués de bosquets et de pelouses ombragées, sur lesquelles s’ébattent ça et là, des personnes isolées ; j’en repère quelques unes pratiquant la posture de l’arbre, ce qui me semble cocasse  car en plein milieu de la  circulation et du trafic urbain ; un homme distingué, d’une petite cinquantaine exécute avec une lenteur et une pénétration extrême un enchainement de l’école Yang ; il est installée au beau milieu de l’allée, les passants le contournent, sans prendre garde à lui ; au fond, à droite, près de la rue, une soixantaine caquetante  de musiciens du troisième âge démarre en fanfare un morceau, chanté au micro  à tour de rôle par toutes les femmes de l’assistance , Aurélien et Sarah, postés  à l’abri d’un bosquet, tentent d’effectuer sérieusement leur séance de posture, ou de tai-chi, mais je les plains, car le tintamarre est effroyable, entre le trafic et l’orchestre, sans compter tous les passants qui ne savent pas s’exprimer autrement qu’en hurlant..

Je me rapproche du fond de la place, car dépasse des arbres le toit rouge  tuile attirant  d’un ou deux petits temples typiques .Beaucoup de personnes, surtout des femmes, même très jeunes, viennent acheter leur bouquet d’encens, pour  le consumer devant celles  des nombreuses  divinités qu’elles ont choisi ; le temple n’a rien de plus ni de moins que ceux déjà vus .Il est seulement plus fréquenté et plus urbain.

Mais l’ambiance typique de ce petit matin, entre les acteurs du parc, et les croyantes du temple, m’amène à observer  qu’il existe un vrai décalage avec l’intense circulation et les panneaux  publicitaires, les supermarchés qui encombrent la ville, la modernité tente d’écraser la tradition : combien de  temps celle-ci se  maintiendra t’elle ?

Après le petit déjeuner, le bus nous emmène, sur l’initiative de celui des disciples du Maitre qui porte un ongle très long à l’auriculaire, dans ce qui sera le lieu de notre  dernier entrainement

Surprise !! Il s’agit d’un immense entrepôt, auquel nous accédons par un escalier de service, jusqu’au troisième ou quatrième étage ; il s’agit en fait d’une des salles de conférences, aux grandes baies vitrées réfléchissant la chaleur déjà bien engagée ; un nouveau disciple, sorti d’on ne sait ou, jeune et chevelu, nous est présenté

Un autre se tient près d’une table ou sont  disposés un distributeur d’eau fraiche et de thé chaud ; il nous sert à la demande,, sans sourire une  seule fois, le plus souvent dans la tasse ou le verre qui vient d’être reposé vide par un autre …. Les autres disciples ou élèves se sont disséminés autour de la pièce, cette fois ci, ils ont du recevoir des consignes de Wsw, car ils s’investissent tous dans la participation à nos exercices,  corrigeant et nos postures, et nos shi li, qui nous sont cette fois demandés en déplacement glissés, avant ou arrière.

WSw  lui-même se multiplie pour corriger les uns , les unes ou les autres, nous demandant de reconduire l’exercice de la veille,  laissant sortir le son, sur chaque explosion, ce que les trois principaux assistants démontrent avec brio ; le son ainsi émis n’a rien à voir avec un » kiai « tonitruant et forcé ; il s’agit , en quelque sorte d’un lâché de pression venu de très bas, affectant les cordes vocales par vibration,  s’exprimant par une sorte de « toot, tût, » guttural,  comme un petit klaxon. Wsw explique qu’il peut être nocif, lors d’un fa li (explosion d’énergie) de garder en soi de la pression, qu’il est donc préférable de l’évacuer avec le geste.

Les assistants  nous aident de leur mieux en exécutant, à nos côtés, les shi li en déplacement, puis les fa li en explosion ; l’entrainement se termine,  comme à l’accoutumé en queue de poisson d’eau douce,  car nous sommes attendus dans un salon de thé à proximité, pour une dégustation.

La salle est typique, avec de magnifiques meubles d’une extrême lourdeur ; des friandises sucrées  et des fruits nous sont  servis, que nous croyons être le repas de midi ; erreur !! Une  fois bien gavés de ces mets, nous sommes invités à aller nous servir au buffet traditionnel, composé de presque tous les plats habituels que nous connaissons,  plus quelques autres !!  Des thés variés nous sont proposés tout au long du repas, auxquels je ne trouve pas de saveur particulière, outre leur ineffable gout d’eau de vaisselle diplômée !!

L’après midi sera consacré au shopping ou au repos,  les chinois étant restés entre eux à l’hôtel.

La soirée est particulière, puisqu’il s’agit du diner d’adieu, nos routes devant dès le lendemain diverger avec celle des chinois

Le repas a lieu à nouveau dans le gigantesque restaurant –serre, dans le même salon privatif, avec le même apparat et le même déploiement de nourriture et de bière

IL ne se passe rien de particulier lors de ce repas ; il me semble toutefois qu’une atmosphère de nostalgie et de fraternité  s’instille progressivement, nous ré-envisageons la possibilité de faire venir Wsw en France ; il semble de plus en plus favorable à cette perspective, mais sans proférer de « oui » massif.

Nous évoquons également la possibilité de faire venir Xia ; les adresses courriel et postales ont échangées, non sans difficultés ; nous nous promettons les uns les autres de demeurer en contact, ; un prochain stage est envisagé , mais non plus en été à cause de la chaleur, mais peut être au Printemps ;  de nombreuses photos sont prises, une calligraphie est offerte par Michèle à chacun de nos amis chinois, nous avons , pour notre part, réservé un petit cadeau à Jian, notre chauffeur, au dialecte inaccessible, pour le remercier de sa gentillesse, je ne sais pas s’il pourra bien apprécier le choix du cadeau, dans la mesure ou une grande boite de thé a été choisie ; j’aurais ,  pour ma part opté pour un tonnelet de bière fraiche, mais la majorité ayant opté pour le thé, je me suis plié !

 

Vendredi 21 aout, séparation d’avec les chinois

Retour sur Shanghai.

 

Levés très tôt, nous avons rendez vous avec nos hôtes chinois devant l’hôtel, afin de procéder aux adieux !!

Ceux-ci sont émouvants ; même Huang pu, le quintal impassible semble avoir la larme à l’œil ; il  étreint successivement tous les participants, manquant au passage de compresser quelques participantes.

Xia nous promet avec émotion et enthousiasme  d’envisager de venir en France ; WSw nous remercie, ce qui me semble être le monde à l’envers…Linpiao est dans un coin, qui essuie une larmette ; LI Jun, comme à l’accoutumé, ne se fend pas de la moindre risette,  seule sa poignée de main, plus pudique que les étreintes des autres, me semble avoir un peu plus de vigueur que sa capacité à sourire. Manu doit se multiplier encore un peu plus pour traduire les dernières pensées des uns aux autres…..Qu’avons-nous donc  fait pour générer une telle émotion ? Ce moment constituera un des temps fort du séjour, car nous avons vraiment  eu l’impression de quitter des gens que nous connaissions depuis fort longtemps.

Nos taxis nous déposent à la gare ; le train pour Shanghai est à l’heure, les quais sont bondés, de nombreuses personnes, craignant d’être en retard, nous marchent pratiquement dessus, rendant le port de nos bagages  alourdis par le shopping de la veille, encore un peu plus pénibles à assumer.

L’accès au train est émaillé de disputes violentes entre chinois ; nous finissons par accéder à nos places réservées après de longues minutes d’attente dans l’allée, de nombreux voyageurs eux aussi lourdement chargés rebroussant parfois chemin au  beau milieu de l’allée   pour se rendre là d’où ils venaient,  créent  des embouteillages inextricables, d’autres profitent de l’aubaine pour occuper les places réservées ; ils convient alors de les en déloger avec diplomatie, , ce dont Manu, encore lui, se charge avec brio et succès ; la famille incriminée est composée de jeunes parents  et d’une adorable petite fille qui passe son temps à dévorer le goûter préparé par ses géniteurs, mais aussi par pratiquement de tout ce que nous avions acheté à la gare , en prévision de voyage de trois heures .Le paysage n’attire depuis depuis longtemps plus notre attention.

Nous arrivons à Shangai en milieu de journée;

Là , un autre choc doit être assumé, celui de la séparation avec nos amis Ribert  qui continuent leur voyage sur la Thaïlande, pour y visiter un de leur fils installé là bas ; nous nous promettons de nous revoir ; pour nous cela ne sera pas une vaine promesse, car Françoise et moi avons trouvé chez ces gens bouddhistes pratiquants , la dose de compassion et d’écoute  qui manque à la plupart d’entre nous ; le parcours «  art martiaux » de ces gens étant encore plus riche et plus long que le mien, pour parvenir en fin de compte au même type de désillusion, et déboucher sur un entité indépendante, nous estimons tous, qu’il est de notre intérêt, culturel et personnel de nous revoir et de nous re fréquenter.  Une fois séparés,  nous nous rendons immédiatement à l’hôtel pour y déposer nos bagages ; l’hôtel Métropole est un établissement haut de gamme, qui nous propose des chambres de luxe, spacieuses, climatisées, ergonomiques, silencieuses, et confortables, dont le prix en occident doit avoisiner les 500 € la nuit, alors que le forfait de notre séjour les ramène à un prix dérisoire, favorisé par la faiblesse du Yuan par rapport aux devises occidentales, j’ignore qui s’est chargé d’organiser ce voyage, mais Françoise et moi tirons un grand coup de chapeau au coordinateur, qui nous permis de rester tout au long du voyage, dans un confort plus qu’affirmé. Sous la direction de Manu qui connait bien cette immense ville, nous nous mettons en quête d’un restaurant en centre ville, ou nous déjeunons rapidement

L’après midi est libre ; chacun est invité soit à se reposer à l’hôtel, soit à faire du tourisme et du shopping ; Françoise et  moi choisissons de faire les deux ; après une  sieste réparatrice, nous entreprenons de chercher une nappe brodée,  de plus de trois mètres de long avec des serviettes assorties….joyeuse quête …. !!!

Nous nous retrouvons tous le soir pour un apéritif dans le hall de l’hôtel, puis  autour d’un repas taïwanais, qui ne diffère des repas chinois continentaux que par la forme des tables, redevenues pour la circonstance rectangulaires ; nous finissons la soirée dans un bar de luxe,  proche du Bund, ou bord de mer, ainsi appelée par les ex- colonisateurs britanniques, car le fleuve qui se jetait là dans la  baie de Shanghai  (en chinois « entre dans la mer », est composé d’eaux boueuses ; Shanghai est une  ville immense, inhumaine, qui a gardé une âme occidentale de par le type de constructions et de bâtiments qui composent le Bund ;  d’immenses travaux de rénovation et de réfection des quais, de la jetée, et de certains immeubles ajoutent au concert de désordre et de fourmillement qui caractérise cette ville et la Chine en général ;

Nous nous couchons tôt, car une excursion est prévue le lendemain matin tôt, dans une veille ou nous devrons nous rendre en mini bus.

 

Samedi 22 aout, excursion à Nanxun, province du Zhejuan

 

Levés très tôt, nous nous retrouvons, pour la première fois entre français, pour une excursion sans les chinois.

Il n’y a ce jour là, aucune perspective d’entrainement, même si Aurélien et Matthieu ont envisagé, mais envisagé seulement, d’aller travailler leur posture dans un square voisin, au milieu des milliers de voitures et de bus hurlants qui infestent le coin. J’avoue pour ma part que l’aspect  touristique confère un attrait moindre que celui de l’entrainement, surtout avec les chinois

De plus, la fatigue du voyage s’étant accumulée, je râle un peu de devoir me lever encore si tôt pour aller voir des temples …Mais un programme de groupe  est instauré, qu’il ne me  viendrait pas  à l’idée de perturber, surtout quand je vois la manière dont Manu se démène pour le bien être de tous et de toutes.

Nous reprenons un mini bus pour deux ou trois heures de route,  toujours la même ; il me semble même que nous repassons par des endroits déjà aperçus d’un autre minibus ou du train, tant la reconstruction du territoire chinois confère à ce pays un air de travaux publics perpétuels

Une bonne partie du trajet consiste à quitter » Shangai la gigantesque »

Nous arrivons en fin de matinée à Nanxun, dans ce qui est appelé la Venise de Chine, car Nanxun est célèbre pour ses canaux et ses promenades. De charmantes jonques fluviales à propulsion à bras sillonnent les nombreux canaux, emmenant les touristes le long des berges plantées de hauts bambous, au pied desquels d’énormes cormorans noirs viennent audacieusement  se gaver de tout  ce que leurs jettent les visiteurs.

Un restaurant chic nous accueille pour le repas de midi ,  au cours duquel ma manie de prendre les enfants en photos m’amène à être moi-même sollicité par leur famille,  pour être  pris en compagnie de tas de chinois , que je ne  connais ni d’Eve ni d’Adam, mais qui souhaitent sans doute ne pas périr sans avoir été photographiés avec un fa Guo (français) barbu …les enfants , familiers, rient et me tirent la barbiche,  désireux de jouer et de faire plus ample connaissance .Nous nous installons dans un adorable hôtel fait d’une  succession de patios, avec des chambres en coursive, simples mais fonctionnelles .La chaleur est toujours étouffante, et la climatisation des chambres marche à fond !!  Le patio principal est occupé par des  jardins remplis de bonzaïs, dont beaucoup s’avèrent être  multi centenaires ;  j’apprends ainsi, qu’à l’origine, ce type de  plantation horticole n’émane pas de la culture japonaise, mais bel et bien de la culture chinoise ; le principe consiste à tailler artistement les branches d’un arbre pour qu’il ne pousse pas ou pas trop...ou plus !!! . L’après midi se passe en visite diverses, notamment des immenses jardins de Nanxun , amoureusement entretenus par des cohortes jardiniers ; des pagodes anciennes sont construites au bord de charmants étangs couverts de fleurs de lotus et  de nénuphars, peuplés de cygnes, de poissons rouges, d’énormes carpes paisibles , ne semblant pas se douter qu’elles seront un beau jour,  inexorablement péchées, cuites, cuisinées, farcies et  servies dans un grand plat, avec leurs arêtes et de la  sauce saté ;  des  papillons multicolores complètent ce paysage enchanteur .

Mais la visite est me semble  monocorde et trop longue ; Heureusement, des rochers creux offrent des abris pour s’asseoir et se protéger du soleil ; j’y fais de nombreuses haltes, tant le piétinement dû à la foule est pénible ;

La visite suivante est celle de la bibliothèque  municipale, conservant des parchemins  antiques, à la magnifique calligraphie ; stockés avec soin dans  des meubles somptueux. Il n’est pas possible d’accéder à ces trésors, qui ne peuvent qu’être aperçus depuis des coursives  équipée de larges fenêtres ouvertes ; il ne nous  a pas été possible de savoir si les documents conservés avaient  trait à des textes littéraires, administratifs, ou  des traité commerciaux, ou autre. L’entrée  de la bibliothèque est payante, bien que située dans le parc des jardins, lui-même déjà payant !!  Les chinois, peuplade de l’est, ne perdent jamais  le nord.

La soirée est réservée à un restaurant local ou nous sommes attendus pour y déguster un fondue chinoise,  soit un bain d’huile  en ébullition ou chacun trempe , avec ses baguettes,  son poisson, son porc, ses légumes, son bœuf,  tout ce qui est servi en profusion ;  de petits raviers remplis de milles sauces multicolores diverses peuvent être remplis à volonté à un buffet  spécialement réservé à cet effet ; certains accompagnements  sont beaucoup trop forts pour mon piètre système digestif ; d’autre membres du groupe semblent assimiler tout cela avec un aisance impressionnante ; il est vrai qu’ils sont beaucoup plus jeunes !!

Nous terminons la soirée dans le patio de l’hôtel, à côté d’un des canaux et des bonzaïs, pour y déguster ensemble une bouteille en bois de bambou  d’osmenthe, épouvantable tord boyau local sensé nous aider à digérer le trop plein de fondue chinoise. J’observe que les rapports entre les membres du groupe sont cordiaux ; chacun évoque sa propre pratique, tout en respectant le récit de celle des autres ; Quelques bonnes histoires ponctuent la soirée.

 

Dimanche  23 aout  -Retour sur Shanghai

 

Levés  tôt  le matin ; le petit déjeuner est pris en vitesse,

La journée est,  encore une fois, prévue sans entrainement ; elle sera donc exclusivement réservée au tourisme

Au programme du jour, nous visitons  la maison du « maitre des filets », personnage célèbre semble t’il haut fonctionnaire qui a conçu, avec ses architectes, la construction de sa maison de telle façon que la partie frontale avec ses jardins soit d’obédience culturelle chinoise, alors que l’arrière et ses parcs, plutôt de style occidental et colonial ; le contraste est frappant, d’autant plus que l’intérieur recèle , parfois dans la meme pièce, ces mêmes oppositions de style . Les meubles d’origine y ont été maintenus, mais mal entretenus, chacun pouvant les toucher, ou s’asseoir sur les sièges !! Quel gâchis !!

Après un repas traditionnel,  encore très copieux, nous visitons un fabrique de soie.

Il nous est possible d’assister successivement ,au tirage,  à l’allongement  des fils de soie sur les vers à soie, puis, leur mise en bobine, puis en réseaux, de façon à produire une pièce  textile, puis  à l’étirage,  par quatre ouvrières, dont la coordination et l’adresse nous laissent pantois ; elles accumulent ainsi des monceaux de toiles brutes de soie, ressemblant, oh horreur, à d’immenses toiles d’araignée,  qui serviront ultérieurement à la confection. Nous apprenons que les chinois, entre autres chiens et araignées ou serpents, mangent aussi les vers à soies ; après tout, cela ne peut être plus répugnant que les escargots ; mais fort de cette remarque conciliante, je laisserai le soin aux autres de goûter cela eux mêmes dans notre prochain  restaurant.

 Nous terminons la visite dans un immense  show room  ou sont exposés, pour la vente, tous les produits fabriqués dans cette usine :  de charmants jeunes gens, hommes ou femmes nous déploient le catalogue infini de  tous les trésors maisons, avec la ferme volonté de nous  faire acheter quelques chose ; j’observe que les prix sont bas, par rapport à chez nous pour la même marchandise, mais non négociables comme ils le sont sur les marchés, ou dans les boutiques…..Couvre lits, taies d’oreiller décorés avec des personnages de Walt Disney,  tentures, vêtements de touts sortes, couvre chefs, et surtout des couettes de plus de dix mètres carrés spécialement comprimés dans des valisettes, afin de convaincre  les touristes devant prendre  l’avion .

Les vendeurs vont jusqu’à nous pousser dans nos derniers retranchements, en nous expliquant que si nous craignons de dépasser notre quota autorisé de bagages, ils peuvent se charger de l’expédier chez nous par navire,  selon une somme acceptable, un bureau d’expédition étant même installé dans l’usine ; beaucoup ont dû se laisser convaincre, si j’en juge la queue de touristes qui attendent leur tour

Nous réussissons à ne pas nous laisser séduire, compte tenu du poids des bagages, déjà  bien  alourdis par nos diverses trouvailles. Nous  repartons ensuite visiter les jardins de l’humble administrateur, dans un entrelacs de canaux sis dans la vieille ville, ou la courbe antique  des ponts en pierre enjambe gracieusement l’eau verte et stagnante  des canaux, dans lesquels les indigènes n’hésitent pas à déverser leur poubelles, leur eaux usagées, mais ou des vétérans semblent tout de même  trouver quelque agrément à faire trempette !! Nos civilisations occidentales aseptisées nous ont sans doute rendues trop regardant …les chinois semblent être mithridatisés, et ne plus se poser de questions.

Nous reprenons en fin d’après midi notre mini bus pour Shangani, ou nous retrouvons, à l’hôtel métropole, nos bagages laissés en consigne

Nous terminons la soirée dans un restaurant Zhejaunais, précisément de la province d’où nous venons, province réputée pour sa cuisine ultra épicé

Sous la houlette de notre super guide, nous testons le divers degré » d’assaisonnement ; force est de constater que notre niveau d’acceptation est plutôt bas, lors de l’ingestion de  certains mets, avec certaines sauces, les larmes me viennent aux yeux,  les gout des aliments me semblent occultés par la sensation d’avoir bu de la lave en ébullition à même le cratère. La bière fraiche à un degré, avalée en grande quantité, n’y change rien ; nous nous couchons avec la crainte latente de subir des brulures d’estomac…mais l’ingestion de gélules à base de plantes, pharmacopée chinoise, nous permet  de faire passer tout cela comme une lettre à la poste

Lors de cette journée, j’ai profondément ressenti le besoin de remettre en application, de déployer les acquis accumulés lors des séances d’entrainement avec Wang shan wen…j’ai hâte de rassembler mes souvenirs, mes sensations, mes notes, souvent griffonnées à la hâte lors de petits déjeuners, que j’aime à aller prendre tôt, afin de bien préparer les journées.

 

Lundi 24 Aout, visites et shopping à Shanghai

 

Cette journée  sera entièrement dédiée au tourisme et au shopping.

L’entrainement me manque… !!

Quelques visites communes sont prévues, d’autres plages horaires sont laissées à la discrétion de chacun, notamment pour le shopping, activité plutôt attractive pour ces dames, la parité Yuan –Euro étant à notre avantage, et Shanghai étant réputée pour sa confection faite main sur mesure.

Nous commençons par la visite de la tour Jin mao, haute de 88 étages, qui est un des grattes- ciel géant qui domine , à une hauteur impressionnante, des buildings qui seraient considérés comme très haut chez nous, et même chez les américains ; l’entrée » est bien évidement payante, et à 88 yuan par personne, s’il vous plait, soit un yuan par étage , soit environ 9 € par personne ; je grogne un peu de devoir débourser une telle somme pour un visite touristique, mais le jeu en vaut finalement chandelle ; le sommet de la tour , ou sont installées des sociétés  commerciales, est occupé par un plateau en forme de circuit , qui offre des perspectives panoramiques  saisissantes de la ville et de la baie de Shangani , de ma mer de Chine et de l’arrière pays.

L’impression majeure est celle qui consiste à se croire dans un avion ; tout autour, de minuscules grattes ciel  semblant être écrasés par la majesté et l’élan vers le ciel de buildings voisins à celui dans lequel nous nous trouvons, certains sont même encore plus hauts !! C’est absolument vertigineux !! J’évite, à cet effet, de trop m’appuyer sur les baies vitrées, de crainte de  faire basculer l’édifice ; la plus saisissante est cette colonne centrale, fermée  par d’épaisses baies vitrées, qui permet  de voir 88 étages plus bas, le hall d’entrée  par lequel nous sommes arrivés, avec la queue de nouveaux arrivants, pas plus gros que des micros fourmis

Je suis heureux de cette visite, mais en fin de compte, soulagé de quitter cet endroit semble t-il en équilibre instable !! Nous nous rendons ensuite à pied vers l’embarcadère du ferry qui traverse la baie, et nous emmène vers la vielle ville ; d’innombrables cyclistes, motorisés ou pas, ou en vélo- électriques, se massent inconsidérément  devant l’entrée , en attendant l’arrivée du ferry ; une fois le navire accosté, une fois les chaines enlevées , une double ruée s’effectue, dans un désordre incompréhensible, car les sortants roulent ou marchent sur les rentrant, qui essaient de trouver une bonne place assise pas trop loin de leur véhicule ; sur le bateau, toute la gamme de la population se côtoie, dans une indifférence pénétrée ; à ma gauche , un  jeune géant  au teint mat ,  à la barbiche en pointe ,pieds nus,   affublé d’un bermuda plus que  crasseux, d’un blouson en cuir sans manche en lambeaux , d’une casquette de paille tressée, semblant   sorti d’un film de propagande de la révolution culturelle de 1956,  tient un vélo préhistorique, chargé de trop nombreux  paquets d’une main ,et un cageot de poulets caquetants  de l’autre… là, quelques hommes d’affaires costumés  et cravatés à l’occidentale,  imperturbables lisent un journal chinois ou le Times, preuve de l’encore indélébile trace qu’ont bien voulu laisser nos «  amis » d’outre manche dans cette ville…là, un  motocycliste fait sans la moindre gêne,  hurler son moteur, comme s’il se trouvait au départ du tour cycliste de Chine, dont il briguerait….le maillot jaune !!

Là, deux superbes femmes, la trentaine distinguée, soigneusement vêtues,  belles à mourir, mais peu souriantes, hautaines,  semblent pincer avec regret mais stoïcisme leur adorables  narines, en attendant la fin de ce qui leur semblent vivre  un moment inconvenant, dans une promiscuité qui ne serait pas de leur rang.

Nous débarquons dans la vieille ville ; ayant une petite faim, nous achetons, auprès d’un commerçant  itinérant motocycliste-triporteur, des brochettes, dites de porc….  très épicées ; l’hygiène de notre pitance ne me semble pas de tout  premier choix…Manu explique que le feu du brasero a purifié l’éventuelle présence de  microbes, que la baguette de  bambou qui les contient est sans danger par rapport à une tige  en métal utilisée et réutilisée ;  Le personnage est pittoresque, je sollicite l’autorisation de le prendre en photos, ce qu’il accepte, mais contre rémunération, selon un rictus   croquignol,  laissant, tel les pieds nickelés, entrevoir une dentition aussi clairsemée que mal entretenue.

Nous déjeunons dans la vielle ville, composée de rues étroites, ou se succèdent échoppes de marché et restaurant de plein eir, ou tout s’achète à même le cycle- pousse ou le brasero…..l’hygiène se semble pas régner sur l’amoncellement de boustifaille proposée…des monceaux de linge  pendent des fenêtres; des chiens sans maitres, promis à une «  faim »  certaine viennent mendier auprès des échoppes à friture, ne récoltant que quelques coups de pieds bien placés. Des antennes ou relais de télé s’entrelacent sur les murs  et les toits de maisons ; la foule est dense et active ; les commerçants vont jusqu’à nous attraper par le bras afin de nous convaincre de venir déjeuner dans leur établissement.

Les rues sont sales, encombrées de détritus divers, notamment de trop nombreuses cannettes, chiffons gras, papiers  et sacs plastiques abandonnés ; nous déjeunons dans un restaurant de la province du Zhanjiang, soit chez les Ouigours, peuplade de l’ouest de là Chine, connexe au Tibet, là ou se déroulent actuellement  de graves incidents ethniques, opposants les Han, chinois de souche et les immigrés Ouigours, arrivés de Turquie au moyen âge, pratiquant le culte musulman, parlant leur propre  langue, et vivant en communauté fermée avec des traditions heurtant souvent celles des Han , qui rêvent de les flanquer à la porte.

Le repas a ceci de typique que ces gens se nourrissent chichement avec des bouillons clairs et des pates, qui sont fabriquées devant nous, un employé exclusivement affecté à cette tâche, placé à l’entré du caboulot, battant la pate de blé à la main,  la frappant violemment sur un comptoir, avant qu’elle ne soit servie dans un fait- tout.

Les serveuses  voilées  semblent, effectivement s’exprimer dans une langue qui n’est plus du chinois, mais qui nous laissent deviner l’étendue des difficultés à se faire comprendre dans ce pays !!

Nous visitons ensuite les jardins connexes au musée de Shanghai, ou il nous est possible ce converser en anglais, avec une famille  chinoise dont j’ai mitraillé l’enfant en bas âge en train de jouer avec les pigeons, à la plus grande joie de Françoise qui déteste les volatiles de toute sorte ; puis, nous investissons le  musée lui-même, récemment bâti , selon une forme d’immense marmite en béton ; la famine des années soixante en Chine, qui a tué des millions de personnes, semble avoir laissé un souvenir indélébile dans les esprits ; c’est ainsi que la langue officielle,  le mandarin, comporte des idéogrammes et pictogrammes basés sur les champs, les blés, la nature, pour signifier beaucoup de mots  ou d’expression du langage courant, connotés par la nourriture, premier souci du Chinois moyen.

Le musée est divisé par étages, avec celui des poteries, puis celui de la  calligraphie, puis  des statues,  des pierres, et des sceaux.  De véritables merveilles y sont artistement présentées  dans des vitrines, avec, assez curieusement toute latitude pour photographier tout ce que  l’on veut.

J’avoue toutefois que cette visite me fût  très pénible, de par la chaleur extérieure, des nombreux pas faits sur le béton, de la fatigue accumulée ces derniers jours, du décalage horaire probablement pas encore tout à fait résorbé ; je dois m’asseoir, à chaque étage, sur  les  bancs des coursives pour récupérer.

La fin de la journée est consacrée au shopping, tout d’abord dans ce que nous croyions être le marché des antiquités, mais qui n’est en fait qu’un immense bâtiment ou de minuscules  échoppes, remplies à ras bord de   vulgaires copies  se bousculent sur quatre étages, dont quelques unes  vendent de l’ancien, parfois sans le savoir !! quelques copies en terre cuite de statuettes Ming attirent notre attention, un groupe de cinq vierges , magnifiquement imitées, nous tentent ; mais leur fragilité, et leur taille nous contraignent à n’en choisir qu’une seule,, qui trône maintenant sur notre cheminée ; la vendeuse, faisant consicieusement son métier, nous propose 700 yuan pour commencer , nous affirmant qu’il s’agit là d’une pièce unique retrouvée dans des fouilles, datant de plusieurs siècles ; face à nos protestations, elle va même jusqu’à nous reprocher de discuter pour rien, dans la mesure où elle affirme que nous ne connaissons pas assez leur culture pour nous permettre de marchander … je finis par emporter le morceau pour 200 yuan, après avoir maintes fois fait mine de m’en aller , et être chaque fois rattrapé par la vendeuse me demandant de donner mon meilleur prix ; je n’ai en fait pas varié d’un iota sur mon offre, et demeure persuadé que j’ai sans doute encore payé trop cher cette pièce !!!  Nous passons un grand moment à chercher de jouets anciens, mais ne trouvons strictement rien d’intéressant, à croire que les petits chinois de la révolution ne s’amusaient pas ;  il s’avère que le marché des antiquités est localisé dans un autre endroit de Shanghai, ce que nous nous promettons  de visiter le lendemain, dernier jour de notre séjour.

Nous visitions ensuite, mais cette fois individuellement, le groupe s’étant éclaté au gré des recherches des uns, des unes ou des autres , le marché textile de Shanghai, ou il est possible de se constituer un garde robe, pour pratiquement rien ; Françoise, frénétique des fringues et des chaussures, ne semble pas attirer par ces dernières, elle jette toutefois  son dévolu sur un ensemble  réversible assorti- trois pièces veste –pantalon –jupe longue à la chinoise, sur mesure, pour quelques centaines de yuan, soit quelques dizaines de euros (37 exactement), ce qui constitue une excellente affaire, puisqu’il s’agit de soie. ; je choisi pour ma part ,  une veste noire en cachemire, pour laquelle la vendeuse se montre au début quelque peu gourmande, mais que je finis par confirmer pour 450 yuan soit 45 euros, le prix de départ ayant été fixé à près de 800 ; je reconnais la grande compétence de ces couturières, qui sont capables du jour au lendemain, de tailler un costume sur mesure, selon une conscience professionnelle aigue, aussi, une satisfaction évidente du travail bien fait si elle se rende compte que le  client  est lui aussi content. Nous finissons notre shopping à proximité, dans une boutique chic, spécialisée en nappes brodées, certaines pièces pouvant couvrir des tables de 12 mètres de long ; Françoise en retient une rectangulaire, qu’elle  cherchera  à échanger, le lendemain, contre une ovale, mais elle trouvera boutique fermée, et Manu, encore lui, se chargera de nous la renvoyer par courrier postal.

La journée a été épuisante, nous nous déambulons dans les rues autour de l’hôtel, pleins de boutiques de toutes sortes, prenons un dernier verre, au lobby de notre hôtel, avant d’affronter la toutes dernière journée, destinée au ….shopping.

 

Mardi 25 aout, dernier jour - shopping à Shanghai

 

Nous retournons au centre textile pour y récupérer notre confection respective, commandée la veille.

Nous sommes attendus par les vendeuses ; celle de Françoise semble s’être trompée sur les mesures d’un des vêtements, taillés un peu juste ; elle propose de nous faire livrer la retouche 3 heures plus tard à l’hôtel, puisque nous repartons le lendemain matin très tôt.

Ma vendeuse s’empresse  en me déballant ma veste en cachemire ; elle est superbe ; elle semble fière de son travail, et me donne sa carte, me suggérant de lui envoyer des clients occidentaux, une fois de retour en France .Nous passons la journée de boutique en boutiques, pour y acquérir, au prix de marchandages interminables mais plaisants,  des sceaux en onyx, un jeu de mah-jong, un set de calligraphie, des chaussures d’entrainement, des vêtements  légers typiques et bariolés,  avant de nous retrouver le soir , en ville, pour un diner d’adieu, auquel se sont joint de nouveaux arrivants, en l’occurrence la sœur de Manu, fraichement arrivée de l’aéroport  avec son ami ; ils sont là avec un couple de chinois, dont l’homme a semble t-il collaboré avec Manu pour l’élaboration de ce voyage .La femme est jeune et très belle ; elle ne parle ni français , ni anglais, et encore une fois, je souffre de ne pouvoir suffisamment maitriser  le mandarin pour échanger

Manu a voulu que ce diner d’adieu soit encore plus opulent que les autres, ce qui constitue un exploit. !!!

Il commande les plats traditionnels, et quelques autres en plus, dont une platée de scorpions frits, que seules Sarah et Françoise oseront goûter ; mon amour immodéré pour les espèces arachnoïdes ne me pousse pas à en croquer un sous mes dents, bien que Françoise m’ait affirmé que cela avait la même consistance qu’une chips frite ; je préfère les chips bien de chez nous, sans pattes velues ni dard arrogant.

La bière coule à flot, le meilleur moment et les souvenirs du voyage sont agréablement évoqués par chacun, mais toujours avec l’impression de laisser pour compte les chinois qui ne nous comprennent pas

Nous ne nous couchons pas trop tard, en vue d’un réveil aux aurores, le lendemain matin, et les des bagages à boucler. ….je crains même que tout ne rentre pas , du fait de nos nombreuses acquisitions ; nous avons même dû acheter un sac supplémentaire , pour 80 yuan, après avoir vu précédemment les mêmes à 800 !! ; Il me semble que lors d’un prochain voyage, il sera bien préférable de partir avec un seul sac cabine léger, puis  de revenir, avec un ou deux sacs achetés à bas prix sur place, rempli au retour,  avec les vêtements, également achetés sur place,

Nous laissons Cécile à l’hôtel, qui continue son propre périple en Chine, jusqu’en fin septembre .

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Mercredi 26 aout 2009-retour en France-Bilan du voyage

 

Nous laissons Cécile à l’hôtel, qui continue son propre périple en Chine, jusqu’en fin septembre, elle a tenu très chaleureusement a se lever aux aurores pour nous dire au revoir.

Manu et Isabelle nous quittent, à leur tour,  avant d’embarquer dans notre navette pour l’aéroport ; je sais que nous allons nous revoir….Eux aussi vont continuer leur périple en Chine, avec leurs amis arrivés la veille ;  Un grand merci à toi, petit Manu, si jeune, et déjà si plein de connaissances et de ressources  de toutes sortes ; je suis content de te connaitre !! Merci pour tout ce que tu as fait, toi aussi, pour nous assurer bien être et loisir, entrainement et explications grâce à ton excellent niveau en chinois, que j’admire, et que j’envie !! Merci aussi pour l’organisation sans faille de ce voyage, pour les  nombreuses prestations dont  nous avons pu bénéficier, auxquelles il n nous aurait probablement pas été possible d’accéder si nous étions passé par un voyagiste forfaitiste  et probablement forfaiteur … !

Le retour se déroulera sans encombres, de Shanghai à Helsinki, puis d Helsinki,- ou nous devrons patenter quatre heures en jouent aux dominos chinois,   dans cet aéroport du bout du  monde-, à Paris, puis vers Lyon en Tgv,  en ce qui nous concerne, ou d’autres destinations pour le reste du groupe, dont nous nous séparons avec cordialité et regret, non sans échanger nos adresses courriel, et des promesses de retrouvailles mutuelles ;

Il me semble que là encore, une certaine émotion empreint le groupe en se quittant à Paris,

Nous quittons la Chine….avec un pincement au cœur …celui occasionné par un séjour trop court, à la fois  trop fatiguant…celui généré par le regret de n’avoir pas visité les guerriers de Xiang, comme le programme initial le prévoyait ; celui de n’avoir  pas même vu un morceau de la  grande muraille…nous quittons l’empire du milieu , sans en avoir visité la moindre parcelle du centre, avec toutefois,  en ce qui me concerne, la satisfaction d’avoir pu me faire un idée sociétale  de cet immense pays en pleine  mutation, aussi celui d’avoir pu approcher à la source, la pratique martiale  interne propre à sa culture,  même si la dite source ne nous a sans doute pas livré toute la pureté de son eau, et surtout son plus gros débit.

Je ne veux pas non plus oublier l’excellent accueil réservé par les chinois du groupe de Wang shan Wen, celui  du maitre lui même, de son souci permanent de notre confort et de notre bien être, mais aussi de sa volonté affichée de nous expliquer au mieux tout ce qu’il  a pu aborder, sans jamais hésiter, avec qui que cela soit, à répéter, verbalement et gestuellement.

Je pars aussi avec la sensation d’avoir enrichi mon potentiel  relationnel  de par  le contact avec Manu, Michèle et Christian, avec qui j’ai décidé  que mon dojo collaborerait dorénavant, notamment en matière de Dachen chuan et de Qi- gong  thérapeutique notamment.  

La somme d’informations accumulées va me permettre d’enrichir tous les cours, qu’ils soient de combat, ou d’énergétique, de par la richesse des explications et des sensations accumulées.

Le contact et les discussions avec Matthieu et Aurélien m’ a aussi semble t-il ouvert  certaines perspectives,, dans la mesure ou ces jeunes gens , qui pourraient être mes fils, m’ont permis de comprendre, tout du moins d’avoir confirmation que leur capacité à s’informer, en utilisant internet et toutes ses applications connexes, du genre You-tube ,en ayant  le reflexe d’accès à tous sites et tous blogs, aux vidéos, à face book  aux forums, leur avaient permis , à eux et à tous ceux de leur génération, de se faire un idée très précise du potentiel offert sur le « marché »  en matière  de transmission des art martiaux internes, ou même  externes en France,

Ils sont ainsi capables de parler avec passion , en détail et , qui plus est , d’une  manière documentée, de toutes les écoles de karaté, de Kung Fu, ,  de Tai chi, de qi gong ; de Yi chuan, en somme,  de tous ce qui est proposé ; ils connaissaient  ainsi en détail la spécificité de chaque art martial, de chaque dojo, de chacun de leur maitre ou instructeurs, chez qui ils ont parfois t suivi des stages ou des cours, dont ils ont un idée plus précise qu’une  rumeur ou une réputation  ne peut le conférer,  ce qui leur a  permis d’évaluer, de soupeser, et de choisir en toute connaissance de cause ; ils connaissent ainsi les caractéristiques détaillées  de mon école de référence, selon ses avantage et ses inconvénients, ce qui ne manque pas de me surprendre ; selon eux, leur principale critique  est formulée de par notre façon de nipponiser systématiquement des exercices ou enchainements d’obédience culturelle purement chinoise, même si ceux-ci  se rapprochent de ce qu’auraient pu en être la forme originale , avant déformation par la systématisation et médiatisation du karaté par Funakoshi Sensei.

Même si j’ai pris beaucoup de plaisir à pratiquer ces formes au près de Sensei Tokitsu pendant 22 ans, je dois admettre, dans une certaine mesure,  le bien fondé de cette remarque, après avoir vécu ce séjour et avoir vécu ce que j’ai vécu.

Je comprends , à leur contact, que de nombreuses personnes de ma génération sont dépassées par l’élargissement et la médiatisation du marché de l’interne, car confinés , de par leur manque de maitrise de l’outil informatique, dans leur style de  référence , ce qui nous  fait  passer à coté de beaucoup d’informations et d’évolutions  dont nous n’avons  pas même idée. Ceci me convainc de bâtir un nouveau site, mieux référencé, et mieux documenté, ce à quoi je m’emploierai des la rentrée.

Ces jeunes gens , à l’esprit critique objectif aigu, m’ont également permis de comprendre  qu’il était possible de progresser tout en restant libre, exempt de toute  appartenance à quelque courant officiel et déclaré, que le fait de naviguer d’un expert à l’autre , peut également permettre un construction interne harmonieuse , pour peu, bien entendu qu’une pratique quotidienne  soit orientée vers des objectifs qualifiés, quantifiés, et à la base, bien, orientés ; leur opinion rejoint par là même celle de  mon ami Jean Pierre Charbonneau, ex député du Québec, actuellement reconverti en enseignant libre de tai Ji quan, qui pense, après avoir suivi Maitre Tokitsu pendant plusieurs années, qu’il est préférable d’avoir un guide , plutôt qu’un maitre, quitte à ne le voir qu’une fois de temps en temps, mais   en s’efforçant d’ entretenir avec lui une relation basée sur une profonde connaissance du niveau de l’initié, selon un suivi détaillé,  qui ne soit  pas  basée sur un rapport de subordination hiérarchique

Je  souscris à cette opinion, après quarante et un ans de pratique du karaté, au travers de la fréquentation assidue de quatre maitres japonais, que je remercie néanmoins de m’avoir accepté comme élève

Cette expérience sera d’ailleurs prochainement consignée sur ce même site, elle pourra peut être contribuer à guider ceux des futurs adeptes désireux de s’engager, sans savoir exactement ou ils mettent les pieds, et à quoi ils s’engagent,… et avec qui.

Mon  bilan en matière de pratique est  également positif, dans la mesure où  il contribue à me remotiver pleinement pour l’entrainement et la pratique, mais aussi pour l’enseignement.

C’est ainsi qu’il m’a été possible de dresser  une proposition  méthodologique et progressive,  pour la pratique du da Cheng chuan, pour des gens venant pratiquer un à deux fois par semaine

Cette présentation n’est pas exhaustive, et n’engage que moi,  elle permet en tout cas de faire progresser les membres d’un groupe, ce à quoi je me suis employé dès mon retour, les premiers résultats se faisant d’ors et déjà ressentir chez plusieurs de mes fidèles élèves.